06/08/2025 - Jour 11 - Bayou & Lafayette, LA
Nous quittons l’
hôtel à 9h30, direction l’Ouest. J’avais repéré de longue date un établissement qui propose des Swamp Tours (the Atchafalaya Experience) mais je n’étais parvenu à établir aucun contact avec eux. Le
GPS nous emmène à une adresse qui n’est visiblement pas un départ de bateau. Nous rebroussons chemin de quelques miles pour demander conseil au Welcome Center de l’Atchafalayan basin. La dame qui nous reçoit avoue ne pas savoir non plus s’ils travaillent encore mais se propose d’appeler quelqu’un qui offre la prestation en français. Elle laisse un message et, en attendant de savoir s’il va rappeler, nous (Val et moi) regardons un film de quatre minutes qui présente le bassin. Sans nouvelles du gugusse, elle nous donne un plan avec plusieurs options que nous décidons de tenter au petit bonheur la chance.
On refait quelques miles vers l’ouest et on arrive à 11h30 chez
McGee’s. La petite dame, dont la meilleure amie porte notre nom de famille, m’indique un créneau à 13h. On est les seuls clients de la journée à ce stade. Je calcule rapidement les horaires avec 1h30 à tuer, sans possibilité d’aller à Lafayette entre-temps, et le village de Vermillionville qui ferme à 16h. Décision est prise de tenter le coup et on refait donc quelques miles dans l’autre sens, vers Henderson où nous déjeunons dans notre cantine Subway. S'ensuit une mini-séance de lèche-vitrine dans la boutique d’une station-service. Bref, on passe le temps comme on peut, afin d’être de retour chez McGee’s à 12h30 pour départ du tour à 13h.
On roule, doucement, à nouveau dans l’autre sens et on arrive à 12h28. On se déleste de 140$ hors-tips, 161$ en tout, et on explore le mini-gift-shop puis nous attendons sous le porche arrière. En arrivant, nous avions croisé une famille de français, mais ils quittent le parking. Notre capitaine vient finalement nous chercher et nous guide jusqu’à un grand bateau à fond plat, couvert, qui peut accueillir de 30 à 40 personnes environ. Mais on est 4 et c’est donc un tour “privé” qui commence. Le capitaine branche son micro et nous met à l’aise: permission de filmer, photographier, marcher, bouger les chaises… Alors que le bateau met le cap sur l’Atchafalayan basin bridge, le capitaine commence à nous distiller quelques infos: les alligators se trouvent plutôt vers ce pont dont je
reparlerai plus tard, et, dans les eaux peu profondes où nous nous trouvons, des poissons ont tendance à sauter autour du bateau. Ce sont des carpes asiatiques qui peuvent peser une quinzaine de kg. Aussitôt annoncé, les premiers individus se signalent spectaculairement, voire violemment quand ils heurtent la coque du bateau à quelques centimètres de Val. Ça commence bien! Les explications continuent, que je traduis à la troupe, appellent des questions, que je traduis au capitaine, et ainsi de suite. Comme il nous y a autorisé, nous bougeons librement à l'intérieur du bateau, qui navigue à présent au milieu des cyprès entiers ou coupés. Coupés dans le passé car ce bois résiste à l’humidité, est solide et ne plaît pas aux termites, donc idéal pour la construction. Le paysage aurait été bien différent, d’autant plus que depuis la grande crue de 1923, le niveau du Mississippi et régulé, ainsi que le niveau du bassin, ce qui fait qu’il y a de l’eau en permanence, même lors des périodes de
basses eaux (low waters) comme en ce moment. En conséquence, les arbres ne repoussent pas.
Le bassin Atchafalaya est le troisième plus grand bassin d’eau douce au monde, après l’Amazone et le Congo. Il est alimenté par le Mississippi et ses nombreux affluents de plus d’une vingtaine d’états, y compris canadiens. Il recouvre 5700km² et abrite toutes sortes de poissons, dont des perches et les fameuses carpes sauteuses, mais aussi des ratons, renards, loutres (mais pas précisément à l’endroit où nous sommes

), des ours et des alligators, en plus de nombreuses espèces d’oiseaux comme les hérons et les aigrettes.
Un pont enjambe le bassin pour relier Baton Rouge à Lafayette: l’Atchafalayan Basin Bridge. C’est le 18ème pont le plus long du monde et le troisième des Etats-Unis. Achevé en 1973, il fait un peu plus de 29 km de long. Il s’agit même de deux ponts parallèles. Sur ce, nous arrivons dans une zone plus profonde et le capitaine appelle les alligators qui ne tardent pas à pointer le bout de leur nez à la surface. Puis, pour assurer le spectacle, il distribue des morceaux de gras de viande à ceux qui répondent à ses appels (vocaux, sifflement…) Mission accomplie: les bestioles sont à quelques centimètres du bateau, et certaines sortent gaillardement la tête hors de l’eau pour attraper les lambeaux de viande. C’est fascinant et impressionnant. Encore un animal dont la force et la grâce ne sont pas contradictoires (comme l’ours polaire bien que jamais observé en milieu naturel).
Il y a 2 millions d’alligators en
Louisiane dont 60% dans le bassin, soit plus d’un million d’individus… On ne se lasse pas de les observer, au son des informations du capitaine: les gros, les petits, les couverts de boue, les qui nagent
debout… On guette au loin la naissance du sillage caractéristique, créé par la tête de l’animal lors de sa nage des plus discrètes. Évidemment, le paysage est également magnifique, ainsi que les oiseaux qui se joignent à la fête. Sur le retour, Tonin puis Janelle auront la possibilité de conduire le bateau, jusqu’à des zones peu profondes où le capitaine reprend le contrôle. En saison de “grandes eaux” (high waters, au printemps), le niveau moyen du bassin est de plus de 2m40 (on voit la trace sur les troncs et les piles du pont). En ce moment, on est autour de 90 cm. Il y a également quelques résidences permanentes en plein dans le bassin, dont l’une occupée par un homme de 74 ans! A peine l’information passée, c’est le retour des carpes, dont nous capturons quelques spécimens… en photo. Au loin, on voit le grain se former et le capitaine accélère pour éviter l’orage. On débarque, enchantés par l’expérience et le côté privatif de l’expédition. Je donne 10$ de pourboire à notre guide que nous remercions chaleureusement. Il nous glisse au passage qu’il ne faut pas croire tout ce qu’on voit à la télévision et qu’ils sont très contents que les étrangers visitent les Etats-Unis (on lui a dit notre programme, qui impressionne toujours les américains). Le temps d’arriver à la
voiture, les premières gouttes touchent le sol, jusqu’à des proportions de déluge avec visibilité très réduite.
Nous sommes à présent en direction de Lafayette où la visite du village acadien de Vermillionville commence vers 15h. Il s’agit d’une reconstitution historique d’un village acadien (ou cajun) vers la fin du 18ème et le milieu du 19ème siècle. Les acadiens sont des français, installés au Canada, mais chassés par les britanniques, alors colons américains, lors de la guerre de 7 ans avec la France. C’est ce qu’on appelle le “grand dérangement”. Ces acadiens ont erré et finalement trouvé refuge dans les Caraïbes et en
Louisiane, où ils ont appris beaucoup des tribus indiennes natives. Ils parlaient français (ils ont choisi la
Louisiane pour cette raison, entre autres) et la culture
cajun/acadienne a donc mélangé les influences françaises, créoles des Antilles et espagnoles, qui étaient fort présentes dans la région. Jusque vers 1910, les acadiens parlaient librement français. Après, les Etats-Unis ont décidé de pousser pour l’anglais unique et ont réprimé l’usage du français. Captain McGee nous avait d’ailleurs expliqué que ses parents se faisaient taper sur les doigts quand ils parlaient français. Au village, constitué de vraies maisons d'époque, certains bâtiments sont occupés par une personne qui retrace un morceau d’histoire ou de vie quotidienne. Ils parlent plus ou moins bien français mais on sent qu’ils sont contents de le faire. L’un deux nous dit être un descendant de William Clark, de l’expédition “Lewis & Clark”, sur les pas desquels nous
marcherons un peu plus tard dans le voyage. Notre visite se fait au pas de charge car le site ferme à 16h. C’est bien dommage car il y avait là quantité d’informations historiques et culturelles extrêmement intéressantes (par exemple: plantation tenue par des acadiens, utilisant des esclaves, alors qu’eux-même avaient été chassés et spoliés…) Il nous reste cinq minutes à consacrer au gift shop: 2 stickers et 1 carte postale pour moi, 1 bracelet pour Janelle. Dehors, il fait à nouveau très lourd après le passage de la pluie: 91°F (environ 33°C).
Au programme, il est censé rester une visite de Lafayette mais un accord est passé* avec les occupants du deuxième rang du Suburban: le retour vers l’
hôtel se fera à partir de 17h, ce qui laisse 45 mn, puis finalement 30 mn une fois garés. (* toujours The Art of the Deal, cher à Donald…) On se gare en échange de 25 cts et on fait quelques photos au parc de Sans Souci. Au passage, on note de nombreuses inscriptions en français, comme par exemple “parc auto du centre ville”. Pas de connexion internet + fatigue + chaleur = on regagne la
voiture et on essaie de tourner dans le centre pour apercevoir quelque chose. L’impression n’est pas folichonne mais il faut reconnaître qu’on ne laisse pas vraiment sa chance au produit.
Nous repartons vers Bâton-Rouge et re-traversons donc le fameux pont sur l’I10. (le Pontchartrain Causeway emprunté lors de notre visite de
La Nouvelle-Orléans est le 2ème pont le plus long des Etats-Unis, le plus long se situant dans les Keys, en
Floride). Arrivés à l’
hôtel vers 18h, on saute dans les maillots de bain, puis dans la piscine (dans cet ordre, pour ne pas risquer une inculpation pour attentat à la pudeur!). On remonte ensuite pour préparer les valises en vue de notre grand transfert vers le nord-ouest demain, puis nous nous rendons au Court Street Café à 2 miles de là pour un restau qui clôturera notre aventure louisianaise: burgers pour les enfants (pas des aventuriers du palais), crevettes jumbo avec frites pour Val et Catfish frit (poisson-chat) + “crawfish étouffée” (chair d’écrevisse, en français dans le texte) pour moi. Ces deux derniers sont typiques (et assez relevés mais raisonnablement) et concluent parfaitement cet épisode. Le cadre est quant à lui charmant et tout en simplicité. Les portes de la
voiture se referment sur une nouvelle averse diluvienne. La soirée se déroule autour de la rédaction quotidienne pour moi, mots fléchés et autres jeux d’esprits dans mon dos. Val, assistée de l’IA, nous concocte un quizz sur la
Louisiane qui s’achève temporairement sur une égalité entre Janelle et moi (8/10). Je remporte l’épreuve sur la question subsidiaire avec une réponse parfaite: la
Louisiane qui fut cédée en 1803 représentait à l’époque tout ou partie de 13 états actuels.
Demain, on finit les valises…
=> la vidéo du jour: