Jour 42 - Lundi 27 mai 2019 (suite et fin)
Dernière partie de cette journée d'exploration de
Yellowstone, avec le
Grand Canyon.
(Pour précision, les deux dernières photos du post précédent correspondent à un point de vue sur la Hayden Valley le long de la route qui rallie
Grand Canyon of the
Yellowstone).
J’arrive au premier arrêt une dizaine de minutes avant 14 heures et trouve facilement une place où me garer. La pluie est présente, bien que largement gérable. Je commence donc ma découverte par Upper Falls view, qui comme son nom l’indique, permet de voir la partie haute de la cascade. De là, les couleurs sont encore majoritairement vertes, avec une vue sur les arbres qui bordent la cascade.
Il faut continuer un peu plus loin, en direction d’Uncle Tom’s trail pour découvrir le canyon et ses couleurs jaunes-orangé.
Le canyon mesure près de 40 km de long pour une profondeur variant de 240 à 370 m. Ce canyon résulte de l’érosion qui s’est déroulée de manière accélérée à cause des mouvements et éruptions de la Caldeira. La cascade est quant à elle haute de plus de 33 m pour sa première chute, 93 m pour sa seconde, et alimente la rivière
Yellowstone. Le départ du trail se fait dans la forêt, où des plaques de neige sont encore présentes çà et là, le soleil n’ayant pas encore réussi à transpercer suffisamment longtemps l’épaisse couverture ombragée procurée par les arbres. Le petit sentier se sépare en deux : à gauche, on peut descendre le fameux escalier, à droite, on emprunte le south rim trail. Mon objectif est de pouvoir emprunter l’escalier, mais un panneau indique que le trail est fermé à cause de la neige et de la glace

. De nombreuses personnes passent outre le panneau et continuent leur chemin, ou sont déjà en train de remonter le sentier. J’hésite… d’un côté je ne veux pas braver l’interdit, de l’autre, je sais que le verglas a disparu puisque les marcheurs qui remontent nous disent que c’est sans danger et que tout a fondu. Je décide de tenter et de voir par moi-même.
Uncle Tom’s trail permet de rejoindre une plateforme donnant sur la partie basse des lower falls. Ce trail porte ce nom grâce à HF. Richardson, surnommé Uncle Tom, qui avait obtenu l’autorisation d’emmener des visiteurs jusqu’à la rivière et aux bas des chutes. A savoir qu’à l’époque, la descente comprenait 528 marches et des échelles de corde. Aujourd’hui, la descente est bien plus sécurisée, avec un escalier dur et des barrières tout le long des 328 marches.
D’ici, je découvre les premières vues sur le canyon à travers les arbres qui se raréfient le long de la paroi rocheuse. Par endroits, d’énormes blocs de glace sont encore présents, rappelant que l’hiver dans ce parc est rude et empiète très largement sur le printemps. Non loin de là, on entend la cascade, encore invisible, gronder, symbole de la puissance des flots de la rivière, alimentés par la fonte des glaces. Je ne peux d’ailleurs qu’imaginer à quel point il doit être impressionnant de voir les massifs blocs de glace se détacher des parois du canyon pour plonger des centaines de mètres plus bas.
Alors que je suis totalement happée par l’incroyable force de
Yellowstone, je ne peux m’empêcher de noter le contraste entre cette zone et la partie de Mud Volcano. En moins d’une heure de route, je suis passée de bains de boue bouillonnants, de fumerolles et de vapeur, à de la roche et de la rivière.
Néanmoins, l’activité géothermique du parc n’est pas si loin qu’on le pense. En effet, le
Grand Canyon de
Yellowstone traverse un ancien bassin hydrothermal. Ce bassin s'est développé à partir de lave et de cendres rhyolitiques qui se sont écoulées dans la caldeira de
Yellowstone il y a environ 500 000 ans. La rivière a sculpté ce canyon spectaculaire à travers la lave durcie (roche rhyolitique) et les cendres qui se sont soudées (tuf). Des zones chaudes et des cheminées de vapeur existent encore dans le canyon. Elles permettent à la chaleur, aux gaz et à l'eau de s'échapper du volcan souterrain
Yellowstone. Par temps frais, on peut d’ailleurs observer des bouffées de vapeur s'échappant des évents situés près du fond du canyon. On peut aussi voir des taches de couleur cannelle sur les parois du canyon. Les taches de rouille se forment lorsque le fer de la
Rhyolite est exposé à l'humidité et à l'oxygène.
Malgré le temps que je définirais définitivement comme étant ‘’frais’’, je ne verrai pas les bouffées de vapeur (ou alors n’ai-je pas su les différencier de la brume soulevée par la puissance de la cascade)

.
L'eau dans tous ses états

Je ne traînerai pas pour remonter, car une fois n’est pas coutume, de grosses gouttes commencent à tomber. D’ici à ce que j’arrive au parking, c’est un véritable déluge qui s’abat sur la zone, et alors que j’étais un temps soit peu protégée par les arbres à la sortie des marches, les quelques mètres à faire pour rejoindre la
voiture garée à l’autre bout du parking auront raison de l’étanchéité de mon k-way. A l’abri dans la
voiture, j’attends que la pluie se calme pour continuer, car la visibilité est quasi nulle. Après une quinzaine de minutes, je profite d’une accalmie pour reprendre la route, direction Artist point. Il est possible de rejoindre le point de vue à pied, via le south rim trail, mais sous cette pluie, je préfère éviter l’hypothermie (ou la noyade) et faire le trajet à quatre roues

.
Artist point est l’un des deux points de vue (avec Inspiration point) le plus connu du canyon. Il offre une vue imprenable sur les rapides de la rivière, les parois du canyon et les lower falls (j’avais noté qu’il fallait éviter d’y arriver en fin de journée pour éviter un soleil en pleine face… aujourd’hui aucun problème pour ça !

). Ce point de vue porte ce nom parce que pendant longtemps, on y attribuait la peinture « The
Grand Canyon of The
Yellowstone » de Thomas Moran. En réalité, cette toile a été peinte depuis Moran overlook.
La vue est quelque peu obstruée par la pluie, rendant sans doute l’expérience plus terne. J’apprécie le point de vue, mais je dois dire que je ne suis pas sous le charme. De toute façon, le ‘’vrai’’
Grand Canyon prend toute la place dans mon cœur

.
Deux troupeaux de visiteurs émanant de bus touristiques arrivent sur le lieu, c’est le moment idéal pour reprendre la route et changer de bord.
J’arrive de l’autre côté du canyon quelques minutes plus tard, en ayant prévu de faire le trail de Brink of the Lower Falls qui descend jusqu’au bord de la rivière. Malheureusement, le trail est lui bel et bien fermé, je me contenterai donc uniquement du point de vue. On peut d’ailleurs voir l’escalier emprunté quelques minutes plus tôt sur la paroi opposée. Je surprendrai également un glacier en plein moment d’intimité, oops

.
Ok ça marche, on descend bien bas.
Tous les chuts ne sont pas silencieux
Je continue la route et décide de me rabattre sur la petite marche de Lower Lookout point, permettant elle aussi de descendre dans le canyon et de voir de plus près les lower falls. Malheureusement, elle est elle aussi fermée

. En fait, la majorité des chemins pédestres sont encore inaccessibles le long de la North Rim drive, et les visiteurs doivent se contenter de faire des arrêts sur les parkings dédiés aux points de vue. De toute façon, avec la pluie qui continue de tomber à plus ou moins grande intensité ce n’est peut-être pas plus mal

.
J’enchaîne donc dans l’ordre Lookout Point :
Ici pas d'introspection, le regard n'est pas porté vers l'intérieur
Et Grand View point :
Inspiration point, le point de vue d’où a été découvert le canyon en 1869 par Charles W. Cook est quant à lui inaccessible.
Bien qu’il ne soit que 15 h 30, ma première journée d’exploration à
Yellowstone touche à sa fin. De toute façon, la pluie me fatigue et me donne froid, et j’ai encore plus de 2 heures de route pour rejoindre mon AirBnb. Sur la route, je bifurque pour m’arrêter au Visitor Center et ça tombe bien, car il y a un programme de Junior Ranger qui commence à 16 heures, je décide d’attendre pour écouter

. Le thème est sur la vie sauvage, c’est top !
Quelques petits fun facts appris lors de cette présentation :
- Les pygargues à tête blanche ne plongent pas, ils ne font que frôler l'eau pour pêcher.
- Les ours bruns sont des omnivores opportunistes. Au régime herbivore, ils vont fouiller les poubelles ou manger un peu tout ce qu’ils trouvent, mais vont très rarement attaquer pour se nourrir. Les grizzlis sont plus carnivores, même s’ils sont partisans du moindre effort. Ils vont donc manger des animaux déjà morts ou blessés, mais il est difficile pour eux de chasser des animaux qui sont déjà capables de s’enfuir. A savoir que si les ours bruns sont considérés comme communs dans le parc, les grizzlis sont recensés à une 150 aine d’individus seulement. Les ours bruns restent souvent dans la forêt ou à l’orée des bois, tandis que les Grizzly vont arpenter les plaines et les flancs de collines. Les griffes des ours bruns mesurent environ 3,8 cm qui les aident à grimper aux arbres et à se défendre ; celles des grizzlys atteignent 7,6 cm et ils ont les épaules beaucoup plus larges pour les aider à creuser.
- J’apprends que les Moose ne sont pas très nombreux non ici, moins de 100 sont présents à
Yellowstone, j’ai donc eu beaucoup de chance d’en voir un ce matin à West Thumb !
- Au cas où l’on rencontre un ours, il ne faut surtout pas courir, car cela déclenchera leur instinct de prédation. L’année dernière, une famille se promenait dans les bois, quand un ours est sorti sur le sentier. Le petit garçon s’est effrayé et est parti en courant, la mère l’a suivi pour le plaquer au sol, et le père est arrivé juste derrière avec du spray. Cela montre l’importance d’avoir du spray en sécurité si on va se promener dans les bois (ou un enfant pour servir d’appât…

)
- Les Elks sont dangereux à cette période de l’année, car ils ont des petits. Ils peuvent nous poursuivre sur plusieurs centaines de mètres pour nous éloigner. Ils vont renifler et piétiner, voire légèrement sauter pour nous montrer qu’ils ne sont pas contents.
- Les bisons lèvent leur queue pour signifier qu’ils sont en colère, c'est un signe à repérer, car même s'ils semblent paisibles, ils peuvent aisément détruire une
voiture.
- Chez les animaux à cornes on retrouve souvent le mot ‘’corne’’ dans leur nom (pronghorn, bighorn, etc.). A savoir que les mâles et les femelles sont tous deux cornés, seule leur taille diffère. A la différence des animaux ayant des bois, les cornes restent sur la tête de l’animal tout au long de sa vie et ne tombent pas (c’est d’ailleurs très mauvais pour l’animal de perdre une corne), mais continuent de grandir. En décembre/janvier les animaux perdent leurs bois. Ceux-ci recommencent à pousser durant le printemps, et vers le mois de septembre les animaux vont frotter leurs bois sur les arbres, les roches ou tout ce qu'ils trouvent, pour en détacher la peau et les aiguiser. Ensuite, ils vont s’en servir pour se battre et montrer leur dominance. Les bois tombent durant l’hiver, car ils sont extrêmement lourds à porter.
- Différences entre Coyote et Loup :
o Le coyote a une taille qui arrive à hauteur de genou, le loup va aller jusqu’à hauteur de la taille.
o La couleur varie : le coyote va avoir des teintes brunes, rougeâtres, les loups du parc n’ont pas ces couleurs dans leur génétique (blanc, gris et noir seulement). Néanmoins, certains coyotes n’ont pas les couleurs brunes non plus.
o La manière la plus simple de les différencier est de regarder leurs fesses et leurs queues. La queue du coyote va toujours être tombante, même lorsqu’ils chassent. Pour les loups, la queue va bouger, être en l’air dès qu’ils sont en interaction ou en chasse.
o La tête du coyote est plus angulaire, les oreilles sont très pointues ; les loups ont des têtes un peu plus arrondies.
o Il y a une dizaine de meutes de loup présents dans le parc, pour environ 80 individus. Les coyotes sont toujours solitaires.
- Les bisons peuvent sauter jusqu’à presque 2 mètres de haut !! Il est difficile de maintenir les 4 à 5 000 bisons dans le parc, et il existe des lois qui empêchent les bisons de quitter légalement les limites du parc à cause d'une maladie qui provoque l'avortement ou l’accouchement prématuré chez de nombreuses espèces animales (dont les vaches d’élevage). Il y a des pièges à la frontière nord et les mouvements des hordes sont surveillés. Les natifs sont autorisés à chasser certains d'entre eux pour en utiliser les carcasses. A savoir que la quasi-totalité du bison est utile :
o Muscle et viande : alimentation
o Corne : louche, contenant à poudre pour les armes, tasse, cuillère
o Peau : toile de tipi, carquois, vêtements, couverture
o Vessie : récipient d'eau, sac de médicaments, poche de nourriture
o Les os : crécelles, colle
o Queue : fouet, tapette à mouches
o Tendons : tendons à coudre, colle, cordes d'arc
o Sabot : outils tels que grattoirs, couteaux, alênes, pelles
Certains bisons tombent à travers les fines couches terrestres et dans les piscines souterraines de
Yellowstone, mais ce sont généralement les plus jeunes. Nous ne savons pas s'ils peuvent ressentir si la zone est chaude ou trop mince pour qu'ils puissent marcher dessus, ou si c’est juste un coup de chance.
Une fois le programme terminé, je regagne la
voiture. Sur le parking, des blocs de neige laissés par les chasse-neiges sont encore présents et montrent encore une fois que même fin mai, l’hiver n’est pas très loin à
Yellowstone.
Je suis très étonnée également de voir que les
campings ont encore de nombreuses places disponibles, sans doute est-ce dû à la météo capricieuse de cette année. Je ne sais pas si ce sont des
campings à réservations ou des first-come first-served, il n’empêche qu’à quasi 17 heures, c’est étonnant

. En même temps, je dois dire que vu les températures et les averses constantes, je ne voudrais pas dormir sous la tente cette nuit ! Et ça tombe bien, mon AirBnb m’attend à une centaine de kilomètres de là. Avec la grisaille, je n’ai pas de grands souvenirs de la route, où il n’y avait malheureusement pas beaucoup de visibilité. Je ne sais plus du tout si je suis passée par la route du Mt Washburn ou si j’ai pris par l’ouest du parc… Je pense avoir opté pour la première option si la route était ouverte, car c’est ce qui était noté dans le roadbook et planifié sur le
GPS, mais sans certitude.
Alors que j’avale les kilomètres, je vois un bouchon se former sur la route. Illico, je m’arrête et je sors de la
voiture, je commence à avoir les réflexes de
Yellowstone 
. Je ne fais pas une pause pour rien, puisqu’un ours brun est en train de traverser la route au pas de course

; il dépasse les quelques places de parking et continue sur le sentier… qui mène droit sur un groupe de visiteurs

. Ceux-ci ont dû avoir la peur de leur vie en voyant un ours brun débarquer comme ça face à eux. Heureusement, l’effet de groupe et le bruit de personnes qui ont tapé des mains ont dû effrayer l’ursidé qui a bifurqué vers la forêt

. Je n’ai pas eu le temps de prendre de photos cette fois-ci, mais ça a encore été une rencontre très proche !
Je précise tout de même que je suis restée assise sagement dans la
voiture au départ, ayant conscience d’être bien plus proche que la centaine de mètres réglementaire. Je ne suis sortie qu’une fois qu’il avait dépassé le parking, espérant pouvoir l’observer de loin et sans savoir que c’était une zone aménagée pour l’homme (et qu’il allait donc sans doute partir rapidement se mettre à l’abri dans la tranquillité de la forêt).
Le bilan du jour est plutôt pas mal sur le plan des rencontres animalières, ce qui fait monter le quota à 8 ours vus jusqu’ici

. J’ai perdu le compte du nombre de gouttes d’eau que je me suis prises dessus, mais le compteur doit être explosé également

.
En fin d’après-midi, j’arrive à mon AirBnb prévu pour 2 nuits. C’est une petite maison dans laquelle on rentre par l’arrière (avec un système de code pour récupérer la clé). Je me retrouve dans un couloir avec des portes de part et d’autre, celle de ma chambre est la première sur la gauche. La clé de ma chambre m’attend sur la porte, mais lorsque j’essaye d’ouvrir, je n’y arrive pas. Je joue un peu avec la poignée, la clé, mais toujours rien…

J’envoie un message à mon hôte, mais celui-ci arrive de lui-même au bout de couloir. En fait, l’avant de la maison constitue leur habitation et ils louent 3 ou 4 autres chambres. Il me souhaite la bienvenue, et je lui expose mon petit problème ; il essaye d’ouvrir, mais n’y arrive pas non plus, jusqu’à ce que je remarque que le numéro sur le porte-clé ne correspond pas à celui de la chambre. En fait, c’était simplement le mauvais trousseau, on pouvait essayer encore longtemps à ce rythme là

. Il me cherche la bonne clé puis me montre la chambre. Celle-ci est très sympathique et bien aménagée, avec le lit bien sûr, mais aussi une petite table/bar avec des tabourets, et une salle de bain privée. Dans le couloir, il y a un frigo, un micro-onde et une cafetière à disposition, ainsi que quelques snacks que l’on peut prendre à notre guise. Je le remercie de son hospitalité et il me laisse m’installer tranquillement. La journée a encore une fois été riche en visites et en pluie, ma soirée consistera donc en un combo : douche extra-chaude, infusion bouillante et ramen noodles ultra chauffées, avant de finir sous la couette avec un peu de lecture.
Demain, le programme de la journée sera centré sur la vie animale avec une exploration de la Lamar Valley, ainsi que la visite des Mammoth Hot Springs.