Jour 5 – Lundi 08/04 – Jour de l’Éclipse
Le grand jour est là !
Mais... les prévisions de la veille ne se sont hélas pas trompées : à 7h du matin, le ciel est obscured by the clouds, comme l'auraient chanté les Pink Floyd.
Il a beaucoup plu cette nuit, c’est très mal engagé…
La petite refuse même de nous parler en visio : « Bon, eh bien une journée de m#### commence », me dis-je.
On suit malgré tout notre plan : checkout et route vers Bardwell Lake, retrouver les magnifiques fleurs bleues et rouges, les bluebonnets, nous restons à ENNIS.
Sur place, il y a déjà du monde. On réussit malgré tout à s’installer à une table, avec un gars sympa nommé Troy, américain venant de l'Est du pays.
Il est 11h, la glacière est posée, les bières sont servies... et on se prend à y croire : quelques éclaircies percent timidement le plafond nuageux.
L’éclipse partielle débute à 12h30. Il fait chaud malgré les nuages, encore plus lorsque le soleil tente de les transpercer.
On pique-nique on a le temps, sereins, on prend des photos alentours, tout en observant l’avancée de la Lune sur le Soleil toutes les deux ou trois minutes.
Kiki assiste au spectacle, tranquille.
Et je fais aussi participer ma fille en quelque sorte...
Vers 13h, les nuages se font moins denses.
Je me prends à espérer : on verra au moins un bout de cette éclipse !
La luminosité baisse, les couleurs s’argentent, l'ambiance devient spéciale.
Cette ambiance si particulière des éclipses s’installe.
Il reste dix minutes avant la totalité, et le suspense devient insoutenable.
Cinq minutes… ça sent très bon !
Mais là… bazar, un énorme nuage déboule.
Je le vois arriver, lentement, sournoisement.
Une minute avant la totalité, il recouvre complètement le fin croissant de Soleil.
Non mais — nom d’un kiki — c’est trop moche !
La totalité débute. Et nous ne voyons… rien. Une frustration énorme.
Mais, le miracle texan se produit à Ennis : une minute plus tard, le nuage dégage enfin,
TOTALITY !!
Et là… quelle pure beauté. La couronne solaire apparaît parfaitement, avec deux immenses jets coronaux vers l’est et trois plus petits vers l’ouest. C’est somptueux. Heureusement que la totalité dure 4 minutes 20 ici : on profite à fond, malgré la première minute manquée.
C'est tout simplement grandiose, nous voyons sans difficultés les planètes Jupiter et Venus, et cette éclipse au-dessus de ce lac.
Image de la totalité issue de mon voyage en 2017 en Idaho où j'avais apporté du vrai matos pour la photographier, mais je n'avais que l'Iphone ici.
Nous sommes aux anges. Puis arrive la fin… et le moment que je préfère entre tous : le diamant (qui peut arriver aussi au début de l'éclipse totale).
Ce premier rayon solaire qui jaillit soudain, donnant au disque noir entouré de sa couronne l’apparence d’une bague ornée d’un diamant éclatant. C’est incroyable.
Image Idaho 2017
On explose de joie. Je vois ma femme les larmes aux yeux, moi aussi.
C’est irrationnel de pleurer devant un phénomène naturel, et pourtant totalement incontrôlable.
C'est sa première éclipse totale.
Ma septième transformation sur huit essais tentés.
Ce sentiment béatifiant, je le ressens toujours comme à la première fois.
J’ai eu la chance d’assister à ces éclipses :
1999 – France (essai non transformé)
2006 – Libye (plein Sahara)
2008 – Altaï Sud Sibérie (Russie)
2009 – Tibet (Chine)
2012 – Queensland (Australie)
2015 – Spitzberg (Norvège)
2017 – Idaho (USA)
2024 – Texas (USA)
Et, à part celle de 1999 où il tombait des cordes sous un énorme orage, j’ai pu voir toutes les autres impeccablement — avec un léger bémol sur celle de cette année.
Après l’émotion, place à la pause.
Je sors une petite fiole de cognac récupérée sur le vol Paris–Dallas : il faut bien fêter ça !
Puis… petit incident : ma femme Gaya m'envoie une grosse baffe sur l'épaule et m’arrache une horreur...
Après quelques recherches sur internet il me semble que c'est une Black Spider.
Gaya n’est plus du tout en confiance dans le coin.
On plie bagage et on prend la route pour Dallas, dernière nuit au Texas.
Bye bye ENNIS
Je m’attendais à des embouteillages comme en attestent ces panneaux que nous voyons tout au long de la route, mais rien finalement, j'avais eu 2h - 2h30 d'embouteillages en Idaho en 2017.
Fin d’une journée d’ascenseur émotionnel.
Une journée d’éclipse, comme on les aime : pleine de doutes, de peur, de beauté, de larmes et de magie.
