J03 : lundi 16 juin - Tucson – Chiricahua
"Quand la bise soufflera trois fois"
Visites réalisées :
Tombstone,
Massai point nature trail
Visite abandonnée : The big loop reportée en partie au lendemain
Le roadbook prévoit une journée chargée avec pour point d'orgue la première nuit de
camping tant attendue. Dernier check up des affaires de
camping pour voir si rien ne manque dans l'organisation.
Nous quittons l'
hôtel direction le Safeway de Beson afin d'être autonome la journée et celle du lendemain.
Alors que nous ne devions faire qu'une courte pause au village western
Tombstone, nous avons été pris au piège et retenus plus de temps avant de pouvoir s'en échapper.
Tout semblait commencer bien, en trouvant une place de parking gratuite sur le terrain au bout de la rue Est Toughnut street super bien exposé au soleil.
Attirés par l'odeur de poudre noire, nous remontâmes la South 6th street, afin d'arriver à la rue principale.
Sur la gauche la surprise ne se fît pas attendre. Un complice du traquenard nous attendait là devant The Bird Cage Theater.
C'était une femme vétue d'époque qui nous faisait du charme, robe remontée sur sa jambe appuyée sur une chaise, décoleté généreux laissant dépasser quelques billets d'un dollar. Je pense très fort pour que Phil m'entende "t'excite pas Phil c'est une technique d'hameçonnage, le dérobeur ne doit pas être loin".
"- Hello guys, Can I do something for you?". Et Phil tout sourire commença à raconter nos plans de roadtrip, d'où on vient, etc ...
D'un regard assassin je tente de lui faire comprendre "Phil tu as perdu la raison mon brave, tu ne vois pas que c'est une complice et qu'elle te tire les vers du nez ?". Et vas y que je te sors la roadmap, "alors vous voyez on va là, puis là..." ça interesse l'aguicheuse immanquablement, tu m'étonnes. Puis elle semble faire mine d'un intérêt particulier pour
Chiricahua, tiens, tiens, dans cette zone perdue du sud-est de l'
Arizona, assurément un lieu où elle et son complice cachent leurs victimes une fois dépouillées. Elle nous demande si on part à la recherche de la tombe du chef Apache Cochise, cachée quelque part parmi les innonbrables colonnes de
Rhyolite ou dans la plaine. Elle commence à me faire peur cette belle.
Moi : "Eh bien merci beaucoup Madame pour tous ces renseignements, il est temps pour nous de poursuivre notre visite".
Phil : "Mais ça va pas ? On était sur le point d'avoir un scoop ! Je sens qu'elle savait quelque chose de cette cachette". C'est vrai que ça en avait tout l'air à son expression.
Moi : "de toute façon aucune envie de prophaner la tombe de Cochise vu les tortures en représaille qu'il a fait subir aux blancs, mieux vaut rester tranquille, on sait jamais".
Elle : "il y a parfois beaucoup de vent, c'est un s..." nous lance t'elle en s'éloignant.
C'est un quoi ? Un ... sacrilège ? Un ... signe ? Mais de quoi ? Oh non, j'aurais bien aimé savoir ...
Bon on verra bien.
Phil : "tu vois elle était bien et accueillante cette femme. On aurait du rentrer dans cette cage à oiseaux, on aurait été averti au moins".
Tant pis, chemin repris, je sentais bien que le dérobeur rodait par là encore.
Phil : "Tiens, attends, ya une belle boutique souvenirs, oh tiens là aussi," et ainsi de suite remontant la rue poussiéreuse.
Chouette T-shirt qui rétablit la vérité.
Une boutique nous intéressa pour ses articles made in USA. J'y achèterai une belle ceinture de cuir noir avec des gravures et Phil un beau Tshirt.
Pour essayer de nous tirer de cette mauvaise passe mercantile, je lui propose d'aller prendre un verre au Big Nose Kate's Saloon, je dois y mener mon enquête.
Magnifiquement décoré à l'intérieur on nous propose de s'installer au comptoir, plus sympa. C'est qu'il est bien fréquenté avec des familles entières venues s'y encanailler.
Ah, la maison ne fait pas crédit.
Je demandais donc au serveur si Kate avait un aussi gros nez que ça ? Il me répondit que "naan c'était une stratégie commerciale pour attirer les hommes à venir constater par eux-mêmes et consommer", liquide et solide.
Soudain trois hommes armés firent irruption dans le saloon, prenant une famille en hotage et exigeant une photo pour leur libération.
"Planque toi sous le comptoir Phil, c'est une attaque !" Pan, Pan, firent les portes battantes lorsque les serveurs apportèrent à bout de bras les piles d'assiettes chargées d'hamburgers. Syndrome de Stockolm, une autre famille se jetta dans les bras des assaillants en vociférant "nous aussi on veut une photo!".
Voilà les trois gus maintenant passés derrière le comptoir, tout sourire, ils ont sans doute piqué la caisse au passage.
Après le moment du règlement de compte (on s'en tire sans le tip) on file à OK Corral. Je ne suis pas le seul à entendre une musique western dans la chaleur du tout début d'après-midi sans âmes, ils doivent faire la sieste, leur Stetson sur le visage, bottes l'une sur l'autre.
On poursuit ensuite jusqu'au Rose Tree Museum, sous la fraîcheur toute relative de l'immense rosier sans roses à cette époque. On y verra notre premier hummingbird attiré par la réserve d'eau à son attention. C'est que c'est pas facile à attraper en photo ces tout petits oiseaux.
Quelle drôle d'idée pour faire taire ces dames trop bavardes. Je me demande si ça marchait vraiment.
Je cherche mon portable : sacrilège ! le dérobeur que je pressentais avait bien agi !
Il m'indique que nous avons passé plus de 2h à
Tombstone ! J'aurais du me méfier de ce dérobeur de temps.
On reprend la
voiture dans la chaleur invivable de l'habitacle, et clim en marche, on s'élance au galop vers
Chiricahua. Nous traçons sur la route isolée, longuement droite, parcourant les plaines où, à notre surprise, des petites tornades de sable s'élevaient soudainement ça et là. Y aurait il du vent ?
Nous arrivâmes à 15h au visitor center, lové sous un bois au pied de la montagne, armés de notre porte-monaies, prêts à descendre tout ce qui nous plait dans les rayons.
Mais une ranger aux yeux bleu se tiend derrière le comptoir à l'entrée. Cette américaine en âge semble nous attendre, comme si nous avions rendez-vous avec elle dans le temps.
- " How are you ? Vous allez faire quoi dans le parc ?"
- "nous avions l'intention de faire The big loop trail"
- "ahhh vous connaissez déjà votre intention, c'est bien. Mais ce n'est pas possible"
- "ah bon et pourquoi ?"
- "nous ne pourrez vous aventurer sur ce trail que demain matin en partant à 6h et en rentrant à 10h. Sinon la chaleur serait un danger pour vous".
- "uniquemet la chaleur ?"
Elle me fixa de ses yeux bleux envoûtant avec un léger sourire.
Je repense à la patte vue hier en photo au Visitor Center ainsi qu'à cette vidéo d'un homme qui tombe direct sur un lion des montagnes sur le chemin de
Chiricahua.
Curieusement, moi qui avait la ferme intention de faire cette ballade cet après-midi quoiqu'on en dise, je me sens irresistiblement convaincu par ce qu'elle me dit et son pouvoir de conviction singulier.
"Phil, Je pense qu'elle ne me dit pas tout des raisons". Je relève la tête et je repense à ce qu'évoquait la belle de
Tombstone. L'esprit de Cochise doit sûrement roder cet après-midi entre les pinacles. Le film d'une tragédie défile dans ma tête. Faisons confiance à la seule âme qui vient de nous accueillir ici.
Un Tshirt noir exposé nous éclaire sur la situation : y est représenté le balanced rock sur fond étoilée phophoréscent dans la nuit. "C'est ça, il faut le porter cette nuit pour être accepté à entrer dans ce territoire Apaches". On en prend un chacun, ce sera notre tshirt de nuit.
Il ne nous reste plus qu'à aller monter notre tente sur le beau site 04 que j'avais repéré grâce au site web
https://www.campsitephotos.com. Personne dans le
camping, le rituel d'intronisation dans ce royaume sera donc rien que pour nous. Personne, d'accord, mais la boîte à ours est bien présente elle. On décide de ne pas faire les repas à l'emplacement, trop risqué d'attirer l'attention de l'animal à notre égard.
Nous choisissons donc de revenir au visitor center à côté duquel j'avais repéré une table de picnic pour ce déjeuner tardif.
L'idée me trotte d'aller jusqu'au Massai point pour d'une part faire la belle route scénique, et d'autre part prendre nos repères sur ce territoire qui nous attend demain matin. Alors que les conditions étaient clémentes dans la vallée, nous fûmes accueillis par un vent à décorner les boeufs au Massai Point au point de ne pouvoir garder ni casquette ni chapeau. "Ben ça alors ! C'était donc ça le message de la belle de ce matin qui nous avait mis en garde s'il y avait du vent. Est-ce que c'est parce que nous n'avons pas encore appliqué le rituel ?". Cette conclusion tout personnelle en tête, une bourasque au sommet du MassaI Point nature Trail me fît détourner la tête. Et soudain "c'est Cochise ! C'est Cochise !'" m'écriais-je. De pierre, il dormait là, allongé en face de moi, profilant la montagne, sans doute le meilleur point de vue pour surveiller toute la vallée, gardien pour l'éternité de son térritoire et de son peuple Apaches.
Le soleil est dur, le vent aussi, nous sommes entièrement seuls et je me dis que je ne ressens ni l'envie et ni l'entêtement de m'aventurer plus avant dans ce territoire accidenté, ce qui est rare de moi. Nous reverrons les conditions demain matin, si Cochise nous autorise à entrer.
Nous redescendons une nouvelle fois au ralenti la route scénique afin d'en apprécier chaque recoin, et regagnons directement le Visitor Center pour remplir nos 2 poches à eau de 3L pour demain et grignotter un bout car il est déjà 19h30.
Entre temps, alors que Phil est allé observé un petit chemin, je vois stupéfait une femme aux vêtements de troisième fraîcheur descendre la route, traverser vaguement le parking et remonter à flan de la petite colline derrière le visitor center. Elle s'y arrêta 20 mètres plus haut et s'allongea à demi, sans aucun sac avec elle ni gourde. Phil revenu, je lui raconte et il apperçoit cet être qui semble s'être assoupi. Elle m'avait pourtant vu et avait remarqué l'existance des Restroom. Va t'elle y passer la nuit ? Pourquoi est elle seule ? Et que fait elle ? Ça c'était quand même réellement étrange.
Puisqu'elle ne fait pas mine d'avoir besoin de secours, on décide de rejoindre le
camping avant qu'il ne fasse trop nuit.
L'émerveillement me saisit à l'idée de passer une première nuit de
camping dans un aussi bel endroit et calme. Tout est prêt pour demain. Une sensation d'existence privilégié me saisit dans la toile de tente, alors que Phil s'est endormi, je resterai encore éveillé à repenser aux préparatifs depuis un an, et à l'imagination de tout ce périple et de ce lieu en particulier qui déjà me paraissait étrange.
De l'ouverture supérieure de la toile de tente utilisée uniquement aux USA, je passais, au creux de cette nuit douce et étoilée, un yeux puis une oreille et enfin mon nez afin de sentir pleinement l'atmoshpère de
Chiricahua. Pas d'animaux en vue, les arbres semblent s'abaisser sous le vent pour nous caresser, j'aime observer en cachette la nature dans son intimité nocturne.
Voilà, ça y est, je dors réellement sur le sol américain en territoire Apaches, seuls. L'idée est puissante mais je m'endors sagement.
-> Nuit au Bonita Canyon Campground, site 04, 25$ (le moins cher des
campings que l'ont fera).
Ce
camping est assez sommaire au niveau sanitaire. Disposant pourtant d'eau, le wc est dans une petite salle d'eau avec un lavabos mais qui ne ferme pas de sorte qu'on s'est tenu la porte à tour de rôle pour y faire un brin de toilette. Aux dernières nouvelles, le
camping a fermé le mois d'août 2025 pour la reconstruction des sanitaires.
Points + : les sensations diverses de la journée, entre
Tombstone et
Chiricahua même sans balade, et la nuit.
Points - : l'impossibilité de faire la rando dans
Chiricahua avec la chaleur.