Jour 7 Dimanche 11 Août
Excursion sur le Jotunheim
Aujourd'hui, les lunettes d'Elric décident de la direction de notre excursion. Nous retournerons à l'
hôtel de Turtagroe pour les récupérer. La suite vient naturellement, nous poursuivrons la route 55 vers le haut plateau du Jotunheim que le "Sognefjellsveg" traverse depuis les années 1930. Une route panoramique recommandée par tous les guides (3 étoiles au Michelin).
Il fait beau en matinée, mais il est très difficile de déplacer un grand groupe, surtout avec des gens qui se couchent très tard après des soirées de vidéo et de jeux.
je sors donc prendre quelques clichés de la modeste, mais pittoresque stavkirke de Kaupanger qui est juste à côté de notre ferme.
Nous partons vers 10h20 et faisons quelques photos sur le fjord chemin faisant.
Je fais un détour par Solvorn, un village ravissant situé sur la rive ouest du Lustrafjord. Un ferry conduit les touristes sur l'autre rive à Urnes, mais nous renonçons à l'emprunter, car nous arrivons trop tard et je ne veux pas arriver trop tardivement à Turtagroe, sachant que nous n'avons pas préparé de sandwichs car j'ai prévu un déjeuner à l'
hôtel pour les remercier de leur gentillesse.
Solvorn est un superbe village de maisons de bois peintes en blanc ou en rouge, avec un vieil
hôtel, le Walaker, en activité depuis 1640. l'endroit est magnifique.
Nous arrivons finalement à Turtagroe vers 13h. Comme prévu par la météo, le temps se couvre, mais on aperçoit les sommets des montagnes du Jotunheim, ce qui est un bon présage. Après un lunch revigorant dans le lobby de l'
hôtel, nous reprenons la route qui monte sur le haut plateau du Jotunheim à 1400 m d'altitude. C'est la plus haute route de Scandinavie, elle n'est ouverte à la circulation que de Juin à Octobre et relie le fond du Sognefjord à Lom dans l'Ottadal dans l'est.
Les versants de la montagne sont striés de tant de cascades qu'on finirait presque par le plus y prêter attention. Entre la fonde des derniers lambeaux de névé sur les hauteurs et les pluies incessantes, l'ouest de la Norvège ne manque pas d'eau. Cet été, on aurait aimer partager un peu entre la France, parcheminée sous un soleil quasi-saharien et frappée par une sécheresse impitoyable et la Norvège, où le soleil se fait désirer.
Le Jotunheim, "patrie des géants" est le plus haut massif de Norvège, mais relativement enclavé dans l'intérieur, il compte moins de glaciers que les montagnes plus arrosée situées près de l'océan. C'est plus un haut plateau granitique constitué de roches très anciennes (bouclier scandinave) qu'un massif montagneux, et les sommets sont des cornes érodées par les glaciers durant l'ère quaternaire. Le climat inhospitalier de ces montagnes ne permet guère plus qu'une maigre toundra arctique, des mousses, des lichens et des herbes rases dont se contentent rennes et bœufs musqués.
Dans cet univers froid et minéral, la route panoramique est une ligne de vie dont le tracé est ponctué de parkings, de monuments et de refuges. La tradition norvégienne peuple la montagne de créatures inhospitalières, trolls et géants, qui peuvent faire un sort au pauvre voyageur. D'anciens cairns témoignent de la terreur que les voyageurs éprouvaient à traverser ce désert quand ils devaient aller des fjords vers l'intérieur. Évidemment, tout ceci a été aboli avec notre civilisation des machines, et ce qui était un désert redoutable est devenu un atout touristique. On se rit des superstitions et de la mythologie, mais la Norvège est bien constituée de mondes emboîtés comme le mentionnait la mythologie nordique, Midgard, le monde des hommes, voisinait avec le Jotunheim, le Niflheim, l'univers souterrain des nains, et Asgard dominait tout cela de haut. Lorsque l'on visite la Norvège des fjords, le contraste entre les paysages riants des rives du fjord et les paysages sauvages des hauteurs est saisissant, si le premier est bien le monde des hommes, le second leur est hostile.
Solvorn
Jotunheim
Nous avançons ainsi jusqu'au Sognefjellhytta, à peu près à mi-chemin entre Skjoelden (sur les rives du Sognefjord) et Lom.
Mais il est déjà près de 14:30 et le petit-fils aimerait retourner à ses jeux en ligne, son père aussi d'ailleurs...
Le temps est de plus en plus couvert, je décide donc de rebrousser chemin, nous avons 2h30 de route pour revenir à la ferme, donc nous disons adieu à la toundra et redescendons vers les rives du fjord.
En redescendant vers les rives du Lustrafjord, nous passons à proximité d'un lac où le philosophe Wittgenstein avait acheté une cabane, sans doute pour réfléchir au calme (la cabane est sur la photo).