Ne détournez pas la conversation Jean-Luc. Je vous répète ma question. Que cherchez vous ? Cherchez vous vous ous…
Scrchhhhhh…
« France infoooo… Toute l’info qu’il vous fauuuut.
France info, il est 6h00, bon réveil.
L’information de la nuit nous vient des États Unis. Les restes du corps d’un homme ont été remontés à la surface par des pêcheurs au large de
Monterey en
Californie. Il pourrait s’agir du corps de Paul Reucaffe, un Français qui se serait suicidé en jetant sa
voiture du haut d’un pont entre
Monterey et
Los Angeles. Plus connu sous le nom de l’Effaceur, celui ci a sévi à la fin des années 2000, en extorquant de grosses sommes via un stratagème sur internet. La police française ne s’explique pas comment cet individu a pu sortir du territoire, alors même qu’il était sous surveillance.
Le rapatriement de sa dépouille…
Broup- broup… Broup- broup…
-Mouais, allo.
-Salut, c’est moi.
-Bonjour.
-T’as entendu les infos ce matin ?
-Ouais, affaire classée pour de bon.
-Quand même, après 4 mois, le corps de Paul doit être dans un sale état.
-Tu te mets à l’appeler Paul maintenant ?
-Ho ça va, tu m’emmerdes… T’as une drôle de voix.
-Cauchemar...
-Toujours le même ?
-Ouais, toujours. Enfin, un épisode différent par nuit. Cauchemar en noir et blanc.
-Et c’est encore les souvenirs de notre premier voyage aux USA.
-Ouais. Je cherche un rapport avec quoi que ce soit, mais je trouve rien.
-Tu vas à ton bureau aujourd’hui ?
-Faut bien que je gagne ma croûte.
-Je t’appelle ce soir.
-OK, à plus.
« Huit heure du mat j’ai des frissons,
Je claque des dents et je monte le son,
Seul sur le lit dans mes draps... »
Frcrrrrr, scrrrrriii, crchhhh.
Enfoiré d’auto radio… Si toi aussi tu me laisses tomber...
Hé, hé, aujourd’hui c’est moi le premier, la place de parking, elle est pour moi. Toi, tu tournes…
Il gravit les deux étages, et s’arrêta quelques secondes devant la porte de son bureau. Sur la vitre opaque, on pouvait lire « Jean-Luc – Private Investigations »
Les clients qui osaient entrer et payer le service rendu, lui suffisaient juste à acquitter son loyer, à acheter de quoi manger et le whisky qu’il ingurgitait.
L’ameublement de son bureau était minimaliste. Dans l’angle derrière la porte, un porte manteau avec son vieux cuir pendu, et une casquette. Dans le coin opposé, un bureau métallique qui taisait son âge, et trois chaises. A côté du bureau, un vieux classeur servait à ranger papiers et autres fournitures.
Il posa son laptop, et s’assit sur la chaise à roulettes derrière son bureau.
Sa main glissa vers le holster qu’il portait sur le cœur, et empoigna le Beretta 45 que le Boss lui avait donné à
Las Vegas. Il engagea le cran de sûreté, ouvrit le tiroir à sa droite et le rangea à côté de la bouteille de Jack.
Une des phrases de son dernier cauchemar lui revint en tête « Alors, que préfères tu, le gun ou l’acide ? »
Hummm, pour ce matin, ce sera l’acide, pensa-t-il.
Du tiroir, il sortit un verre, et se servit une dose.
Il attrapa aussi la clé USB qui traînait là depuis plusieurs mois, et la fourra dans une poche de son pantalon.
« Qu’est ce que tu attends pour t’en servir ? »
Lorsqu’il porta le verre à sa bouche, il se souvint qu’il n’avait rien mangé depuis la veille.
« Tant pis, peut être que ça m’aidera à dormir un peu »
L’alcool lui fit tourner la tête. Il bailla à plusieurs reprises, se cala au fond de la chaise, et finit par s’assoupir.
Je reprends la route ce matin. Retour à LV.
Je charge la bagnole, et pars de bonne heure pour éviter les fameux bouchons qui encombrent les routes de Los Angeles. Tout compte fait, il ne me faut pas longtemps pour me défaire des spaghettis composés de bitume ou de béton. La fameuse dalle Californienne, au confort de roulage approximatif, dirons nous.
Un peu plus loin, j’enquille la 15, mets le régulateur, et roule petit bolide.
I’ll be back LA, mais je ne sais pas quand.
Petit arrêt ravitaillement à Barstow, et quelques miles plus loin, je laisse la 15 pour aller « visiter » Calico Ghost Town.
Un petit parc d’attraction qui essaye de te faire croire que le «Far West » existe encore.
Mouais, pas convaincu.
[
C’est blindé de Chinois habillés de la tête aux pieds et engoncés dans leur Kway fluo, alors qu’il fait une chaleur d’enfer dehors.
Autant dire que je garderais pas un souvenir impérissable de cette ville fantôme.
Je finis par arriver à Las Vegas.
La fatigue de la semaine passée prend le dessus, et ce soir là, je resterai à la maison.
Le lendemain, dans l’après midi, c’est sous un soleil de plomb que je me dirige vers le lake Mead pour une ballade sur l’eau.
Le ponton de Callville bay est interminable.Il mène à toutes sortes de bateaux. Quelques uns sont privés, mais la majorité sert à la location.
Du jet ski au bateau à 2 niveaux avec toboggan et tout le toutim, tu peux tout louer, du moment que t’as les moyens de tes ambitions.
Humm, pour moi ce sera une petite coque avec un moteur tout de même. Pas vraiment un foudre de guerre l’engin, mais pour rejoindre le Hoover Dam, c’est bien suffisant.
Bon, il me faudra environ 1h00 pour y arriver, et profiter d’une vue différente sur ce monstre de béton.
Mais cet immense réservoir s’épuise, les différences de teintes des roches qui m’entourent me laisse perplexe.
15, 20 mètres, je ne sais pas, mais le niveau du Mead baisse, inexorablement.
Je m’en vais le goutter ce Colorado. Un petit plongeon, quelques brasses, et 3h00 plus tard, je suis de retour au ponton.
La remontée jusqu’à la voiture sera rude.
Un four, je marche dans un four...