Qu’on la nomme Pétra ou la Roche, Reqem ou la Bariolée, Al-Butra, Sela voire autrement, depuis plus de deux millénaires, cette cité fait rêver les humains. Pour beaucoup de voyageuses ou de voyageurs, comme moi, elle est la raison première à un voyage en cette région. Elle fait partie de nos imaginaires graphiques ou ciné: Indi y croisa, Tintin y retrouva un émir, des transformers y passèrent en revanchant… C’est d’ailleurs toujours le même monument qui est mis en avant: le Trésor ou Khazneh.
Ce sont donc, des images qui m’ont donné envie. Je confesse bien volontiers qu’il y a quelques mois encore, j’étais quasi totalement ignorante de l’histoire tant de ses bâtisseurs que de la ville. Sans nous noyer dans les détails (il y a divers sites Internet en la Page prépa du voyage), avant d’y partir en visite, commençons par quelques bases.
Tout d’abord le peuple primo-constructeur: les nabatéens. Entre -600 et -500, ces commerçants nomades en provenance de la péninsule arabique s’installent dans la vallée du Jourdain. L’époque est faite de guerres et d’alternances de domination. Les édomites, les grecs d’Alexandre, les séleucides… prennent, perdent, passent le pouvoir et pendant ce temps les nabatéens se sédentarisent. Vers -300 Pétra est leur capitale. Nabata, devint royaume, s’agrandit et alla même de Damas au delta du Nil. De siècle en siècle, les guerres continuent avec les juifs, les séleucides…
Les rois se succèdent, parmi ceux dont l’histoire a gardé trace, il y a Arétas I (roi entre -168/-144), Arétas II (roi entre -110/-96), Obodas (roi entre -96/-85), Malichos II, l’ami des romains d’abord puis l’assiégé par Hérode et Cléopâtre VII, la célèbre (roi entre-60/-30), Rabel II le dernier roi (70/106). Le 22 Mars 106, Nabata est intégrée à la nouvelle province romaine d'Arabie, Pétra en devient la métropole. Petit à petit, la culture nabatéenne s’efface. Leur écriture disparaît au IIIème siècle, le christianisme s’installe dans la zone au IVème quand la zone devient byzantine.
En 363, un important tremblement de terre détruit une grande partie de Pétra. Petit à petit la ville perd ses activités même si elle est encore connue. Les croisés y firent un fort… En 1187, l’islamisation de la région commence après la victoire de Saladin sur les croisés à Hattin. Au XIIIème, siècle un monument est bâti sur la tombe d’Aaron, au plus haut sommet du secteur, le mont Haroun ou Hor. Aaron était le frère de Moïse. Ce dernier, passant par là, frappa sur un rocher et l’eau jaillit. D’où le nom de Rocher pour la ville.
Pendant des siècles la zone s’endort, la ville est en partie oubliée. Toutefois, les bédouins la protègent en la considérant comme sacrée et en interdisent l’accès. Seulement des occidentaux savent qu’elle existe et la cherchent.
En 1812, le suisse Jean Louis Burckhardt est le premier à y pénétrer depuis des siècles (du moins de ce qui est connu). Il use d’un déguisement en se faisant passer pour un musulman. C’est la fin de la période au désert dormant et le début d’un retour dans le monde des vivants. Les expéditions vont se succéder. Au cours d’une d’entre elles, en 1839, l’anglais David Roberts en fit des lithographies dont vous retrouverez reproduction avec les images du site. Le 6 décembre 1985, le site entre au patrimoine mondial de l’Unesco.
Pétra est donc principalement œuvre des nabatéens, même si les nombreuses influences des voisins ou occupants de ses années d’existence (égyptienne, grecque, romaine…) s’y voient.
Aujourd’hui encore il y a peu de certitudes sur eux et beaucoup d’interrogations. Ils honoraient des dieux arabes come Dushara et sa trinité féminine Usha, ils créaient de belles porcelaines, ils savaient bâtir en partant du haut et en terminant par le bas dans une roche tendre et colorée. Les morts étaient honorés, parfois jusqu’à devenir divinité et bénéficiaient d’imposants tombeaux…
Pétra c’est plus de 3 000 monuments dont au moins 600 tombeaux (aucun corps n'a été trouvé) sur une surface de 260 km2, seuls 5% ont été fouillés. C’est de quoi faire vivre jusqu’à 30 000 personnes donc des canalisations d’eau, des citernes, des greniers. C’est un carrefour commercial et culturel pendant des siècles qui finalement l’est toujours au vingt-et-unième…
Visiter Pétra en une seule journée, c’est faire des choix, c’est éliminer, privilégier, passer à côté... C’est se dire impossible, impossible, impossible en fonction de ses possibles physiques, de sa résistance au chaud, au sec et au plomb du soleil, de sa capacité à escalader le pentu, le rocheux… C’est ce que j’ai fait tout au long de la journée. Je n’ai vu qu’une infime partie du site sur la base d’envies pré-germées et surtout de feeling du moment. J’ai laissé le minéral, les formes, les couleurs, les mouvements, les bruits, les vues au loin… décider de mon chemin et ai très peu regardé le plan.
Reqem m’a conduite là où elle le souhaitait et du coup pas forcément là où tout le monde estime devoir impérativement aller… Elle a choisi de me montrer certains de ses angles, de ses détails, de ses habitants comme certaines de ses volutes, de ses bigarrures, de ses fractures. Elle m’a surprise par sa taille, par l’incroyable labeur nécessaire à sa création, par son tendre ocre rose infiniment nuancé. Même si ce ne fut qu’un jour, ce fut au moins un jour…

Page du carnet:
https://madikeravoyages.fr/crbst_958.html








