Jour 40 - Samedi 25 mai (partie 2)
Je me dirige vers la sortie du parc, mais décide de faire un petit arrêt à Chapel of Transfiguration ; le ciel s'est un peu dégagé, il ne pleut plus et le soleil point même le bout de son nez !
Maud Noble a fait don du terrain à l'église épiscopale St John's en 1925. La chapelle servait aux employés et aux invités des ranchs voisins. Cette chapelle rustique a tenu son premier office le 26 juillet 1925. Avant sa construction, les fidèles parcouraient 12 miles sur des routes accidentées jusqu'à la ville de Jackson. Une fois entièrement construite, la chapelle servait à offrir un moment spirituel aux ranchers et aux touristes qui affluaient à la chapelle tous les dimanches pour prier et se rassembler en communauté. Aujourd'hui, la chapelle continue d'attirer les gens et des services sont organisés tous les dimanches pendant l'été.
Croix de bois, croix de fer, gardons les tétés en l'air

"Alors que j'étais assis tranquillement... j'ai réalisé la puissance de la transfiguration - de la transformation de Dieu - dans notre monde. Le principe de la transfiguration est à l'œuvre lorsque quelque chose d'aussi improbable que l'herbe brune qui couvre notre veld en hiver redevient vert vif. Ou lorsque l'arbre aux branches noueuses et sans feuilles éclate avec la sève qui coule, de sorte que les oiseaux s'assoient en gazouillant dans les branches feuillues. Ou lorsque les ruisseaux autrefois secs gargouillent d'eau vive. Quand l'hiver cède la place au printemps et que la nature semble connaître sa propre résurrection."
Si on traverse le petit parking, on accède au district de Menors Ferry.
Cette propriété a appartenu à William D. (Bill) Menor. Il a déménagé du Montana dans la vallée en 1894 et a repris cette propriété sur les rives de la Snake River. Son ferry est devenu un point de passage essentiel pour les premiers pionniers de Jackson Hole. En plus de la cabane blanchie à la chaux, du general store, du hangar de stockage et du fumoir, la propriété de Menor comprenait autrefois des granges, une forge, un jardin, des champs de foin et des pâturages irrigués.

Le General Store est une aile de la cabane d'origine de la propriété de Bill Menor. La cabane a été construite en trois phases distinctes. Menor a construit l'aile Ouest en 1894 et vers 1895, il a ajouté la section centrale. L'aile Est, plus grande, a été construite vers 1905. L'aile Ouest servait de chambre et de salon tandis que la section centrale abritait la cuisine et le garde-manger. Menor a ouvert un magasin dans l'aile Est où les pionniers et les voyageurs pouvaient acheter du tabac, du café, du thé, du sucre, de la farine, des conserves et quelques vêtements. Le magasin, le ferry et la forge permettaient de générer de l'argent pour compléter le salaire de l'agriculture de Menor. À l'exception de quelques articles comme le verre et les clous, les pionniers utilisaient des matériaux locaux pour construire des abris. D'abondants peuplements de pins à proximité constituaient une source de bois de construction pratique. Les planches brutes de la section centrale indiquent la présence d'une scierie dans la vallée vers 1894. Menor a peint sa cabane avec du lait de chaux qu'il a obtenu de son frère, Holiday Menor, qui a habité de l'autre côté de la rivière. Holiday Menor a extrait de la chaux de Backtail Butte et l'a préparée dans un four près du débarcadère est du ferry.


La cave : les pionniers coupaient la glace formée sur le lac Jackson en hiver, et la stockaient sous de la sciure de bois pour qu'elle reste gelée pendant les mois d'été et continuer ainsi à conserver les aliments.

Fumoir : on fumait du bétail lorsqu'il y en avait, mais on trouvait surtout des cerfs et des Elks, parfois même des bisons ou des élans.
The smoke house, espace non fumeur

Le Menors Ferry est une simple plate-forme installée sur deux pontons, connue sous le nom de "ferry à réaction". Un système de câbles empêche le ferry de dériver avec le courant, mais le laisse se déplacer latéralement. En tournant la roue pilote, le câble se tend d'un côté de la poulie et se relâche de l'autre en faisant tourner le ferry. Lorsque le capitaine oriente le ferry vers la rive opposée, la pression du courant contre les pontons pousse le ferry à travers la rivière. Ce type de ferry existait déjà dans l'Antiquité et était utilisé partout aux États-Unis. Ils ont été conçus à l'époque égyptienne et il en existe encore quelques dizaines en Amérique du Nord.

Prix du ferry. Menor demandait 50c (l'équivalent de 7 ou 10 dollars actuels : un peu cher mais en même temps, c'était ça ou traverser à la nage) pour un attelage de chariots et 25c pour un cavalier et un cheval. Les piétons pouvaient embarquer gratuitement si un ferry traversait. Lorsque l'eau était trop basse pour le ferry, Menor suspendait une plate-forme au câble et trois ou quatre passagers pouvaient prendre un téléphérique primitif pour traverser la rivière. Plus tard, Menor et ses voisins ont construit un pont pour l'hiver, qu'ils démontaient chaque printemps. Menor a revendu à Maude Noble en 1918. Elle doubla les tarifs, espérant ainsi gagner sa vie grâce au nombre croissant de touristes dans la vallée. Maude Noble faisait payer 1 $ pour les voitures avec des plaques d'immatriculation locales, ou 2 $ pour les plaques d'immatriculation hors de l'État. En 1927, un pont à poutrelles d'acier fut construit juste au sud du ferry, le rendant ainsi obsolète. Maude Noble a vendu la propriété à la Snake River Land Company en 1929.
J'ai pas trouvé Jules

C'est f(é)erry(que)

La grange abrite une collection de wagons et d'autocars représentant le transport frontalier. La colonisation de Jackson Hole s'est faite avant l'apparition des routes pavées et des véhicules modernes. Les chariots couverts ont apporté aux familles un plein espoir dans une nouvelle maison à Jackson Hole. D'autres chariots transportaient des fournitures et du courrier. Imaginez un couple qui rentre à la maison sur le buggy Peter Hansen après une nuit de danse. Ou imaginez les premiers visiteurs dans les cars jaunes qui se cognent entre eux sur les routes poussiéreuses et pleines d'ornières pour rejoindre les premiers ranchs de la vallée, le JY et le Bar BC. Pensez à déplacer des troncs d'arbres avec des essieux primitifs ou à rouler pendant des heures dans le buggy.
Malheureusement, je n’ai pas pu voir tous ces anciens modes de locomotion, car la grange était fermée lors de mon passage.


La visite se termine par la cabine de Maud Noble. Maud Noble est venue dans la vallée en tant qu'éleveuse au Ranch Bar BC pendant l'été 1915. Elle s'installa définitivement dans la vallée en 1916 et construisit une cabane sur le côté Est du ruisseau Cottonwood. Elle acheta la ferme Menor en 1918 et fit déplacer sa cabane sur la ferme. Avec son partenaire Frederick Sandell, elle transporta un nombre croissant de visiteurs de l'autre côté de la rivière et dirigea le magasin du ranch.


Le 26 juillet 1923, un groupe de résidents locaux et Horace Albright, surintendant de Yellowstone, se rencontrèrent à la cabane de Noble pour discuter de leurs préoccupations concernant le développement commercial le long de la base du massif du Teton. Les participants à la réunion, alarmés, ont discuté des moyens de sauver la vallée de l'exploitation. Ils ont convenu qu'une sorte de préservation serait nécessaire pour protéger le caractère "Old west" de la vallée, bien que leur concept de préservation soit différent de celui d'un parc national. Le groupe a décidé de chercher un individu riche qui serait prêt à acheter des terres privées pour en faire don à la réserve : cette personne était John D. Rockefeller Jr. en 1927.
La vallée ne faisait pas partie du parc national tel qu'il a été créé au départ, seule la chaîne du Teton était protégée. C'est grâce à Maud Noble et à cette rencontre que nous pouvons aujourd'hui profiter de la beauté du parc.
Merci Maud, c'est très Noble de ta part de contribuer à la préservation du parc, même si ce n'est pas encore à la mode.
Après cette rapide visite très enrichissante, je reprends la
voiture pour me rendre à
Jackson Hole… en ayant un peu plus conscience de la chance que j’ai de rouler sur une route goudronnée, dans une
voiture avec de bons pneus et une toiture. Forcément, la météo refait des siennes et une énorme averse s’abat à nouveau sur la ville. Je décide de m’arrêter au Visitor Center, mais celui-ci n’est pas des plus incroyables, ou tout du moins, je ne m’y intéresse pas des masses. C’est sans doute l’humeur de la journée qui veut ça aussi.
Même pas de poussière sur les bois, pourtant ça fait des lustres qu'ils sont là
Je déambule un peu dans la ville de
Jackson Hole, qui est mignonne avec ses devantures de magasin boisées, mais le cœur n’y est pas vraiment.
Ici sont cervidés bières
Je traîne un peu en me disant qu’il serait dommage de rater le ‘’gun show’’ qui a lieu bientôt. Celui-ci démarre, les acteurs chauffent la foule qui se prend au jeu. L’animation est assez rapide, plutôt bien faite ; c’est sympa, mais sans plus, je n’arrive décidément pas à prendre beaucoup de plaisir en cette fin de journée.
Ayant encore une heure de route, je me décide à quitter les lieux pour de bon afin de rejoindre mon
hôtel pour les deux prochaines nuits. Avec les tarifs pratiqués à proximité immédiate du parc, je me suis très rapidement faite à l’idée de m’éloigner un peu pour la nuit. J’ai donc opté pour un petit
hôtel à Driggs, qui va me faire tremper les orteils dans un nouvel état puisque cette petite ville se situe en Idaho.
Vues de la route :
J’arrive à l’
hôtel peu avant 19 h, nous sans avoir pris de l’altitude et perdu quelques degrés. La gérante, une dame d’une cinquantaine d’années, m’accueille chaleureusement et m’emmène à ma chambre. Les sanitaires et douche sont communs à l’étage (3 chambres), et j’ai accès à un jacuzzi sur une terrasse fermée. Vu les températures extérieures, je doute fortement que je vais l’utiliser. Elle me remet les clés et me dit qu’en cas de souci, je peux soit descendre directement à la réception si elle y est, ou alors téléphoner depuis le téléphone de la chambre qui a une ligne directe vers la partie privée de l’
hôtel où elle réside. Je donne cette précision puisque cela ne loupera pas, à peine quelques minutes après mon arrivée… je m’enferme en dehors de ma chambre. En fait, c’est une vieille porte donc je ne pensais pas qu’il y avait un système de fermeture automatique dessus. Sauf que le loquet s’enclenche automatiquement quand on ferme la porte et qu’il faut donc la clé pour rouvrir la porte. Clé que j’ai bien entendu laissée à l’intérieur de la chambre lorsque je suis allée utiliser la salle de bain. Je me vois donc toquer à mes voisins de chambre pour leur expliquer la situation et leur demander d’appeler la réception pour moi (ben oui, le téléphone est dans la chambre). Je me confonds en excuses devant la gérante, qui elle n’est pas du tout embêtée par la situation et en rigole, ouf ! Je passerai une soirée tranquille à l’
hôtel, en profitant d’une bonne douche chaude. Je m’endors en espérant retrouver ma motivation pour le lendemain ! Il serait dommage de ne pas profiter de ce parc qui semble tout de même prometteur.