Rock the Blues Away
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Re: Rock the Blues Away
Merci Anaïs pour ce carnet de voyage exceptionnel ! 
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- stseiya
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Re: Rock the Blues Away
Pour la ranger si s'est vraiment un regret envoie un message aux rangers de canyonland. Tu pourras peut être entamer une correspondance
- Siana
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Re: Rock the Blues Away
Lorax a écrit : ↑31 oct. 2021, 16:30 Wow! Ca c'est de la conclusion!!! Le résumé via photos est vraiment magnifique !!! Quel voyage tu as fait![]()
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Je note quand même qu'en voyant la vue d'ensemble, le temps t'a joué de mauvais tourMais tu as malgré tout su tirer profit du temps passé sur place
De ce que je ne connais pas, tu m'as donné encore plus envie d'aller voir Great Sands Dune (pas facile à caser maintenant qu'on a déjà vu une bonne partie du Colorado). Pareil pr White Sands
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Pr Yellowstone tu marques un point. J'y retournerais aussi c'est sur! Ms il est vrai qu'une fois la zone géothermique vue, la question peut se poser pour le reste: et si pas d'animaux? Et si sans l'effet surprise? Par chance, le parc peut aussi s'intégrer dans une boucle dans le Nord avec le Montana, donc il y aura tjrs un effet nouveauté![]()
Tu confirmes aussi que les plus petits parcs valent le détour![]()
Hâte de lire la 2eme partie de la conclusion !!!
(et encore une fois: quelle voyage tu as fait !!!)
Pas facile de sélectionner 2 photos par lieu visité ! J'ai pris plaisir à rédiger cette partie de conclusion, ça m'a permis de me replonger dans l'intégralité du voyage et de faire un peu le point.
C'est clair que la météo a été un gros point noir du voyage : entre les lieux que j'ai été obligée de totalement zapper, ou les autres dont je n'ai pas pu profiter en intégralité, heureusement que la durée du voyage a permis de compenser, et de me donner quand même l'impression d'avoir bien visité !
C'est vrai que Great Sand Dunes & White Sands ne sont pas faciles à caser dans un voyage. Surtout que contrairement à Yellowstone par exemple, ils ne justifient pas un détour de 1 jour de route uniquement pour eux, vu qu'ils ne prennent pas si longtemps que ça à visiter. Un peu plus facile à caser je pense, il y a Coral Pnk Sand dunes, mais je ne l'ai pas fait donc je ne peux pas dire s'il vaut le coup ou non.
Pour Yellowstone, je pense l'inclure si je fais un passage dans le nord US/ sud Canadien (Glacier, Banff, Jasper peut faire une boucle pas mal), par contre si m'en tient à un voyage plus au sud (Arizona/Utah), je ne suis pas sûre d'y refaire un crochet dans l'immédiat. Cela dépend aussi de la durée du voyage, sur 50j c'est plus envisageable que sur 20j par exemple. A voir !
Les State Parks valent très largement qu'on y consacre du temps. Ils ont de nombreux avantages : plus intimes, possibilité de les visiter "à fond" sans devoir y consacrer des jours et des jours, infrastructures au top... Bref, pour moi c'est une valeur sûre !
La deuxième partie de la conclusion prend un peu plus de temps à rédiger... J'essaye de la finir avant la fin du mois !
Forcément, sur un voyage aussi long, la conclusion est longue
La deuxième partie sera idéalement postée avant la fin du mois (j'essaye!!!)
Coucou,
J'ai repris quasi le même format de conclusion que sur le premier carnet, je pense que ça permet de se faire une idée pour planifier son propre voyage. J'espère que ça sera utile pour certain.e.s.
Hello Gilles,Glll2015 a écrit : ↑01 nov. 2021, 10:44 Hello Anaïs
De moins en moins présent sur le site, trop d'envies que je ne pourrais pas réaliser !
Merci pour cette synthèse (remarquable de précision et d'informations) que je partage quand a son contenu et ressenti (à part le concert qui n'est ni mon style de musique, ni pour mon âge ! )
Cette synthèse est quand même contaminée par le temps (plus que médiocre) et les températures que nous avons eu pendant cette période.
Ne te précipite pas pour la suite, cela m'oblige à revenir ici !
Figures toi que pour le concert, il n'y avait pas de tranche d'âge spécifique (le fait que ce soit un piano jazz a peut être attiré un public un peu plus âgé que les concerts habituels qu'elle fait... encore que pour avoir vu qqs vidéos, elle attire quand même un vaste public).
C'est vrai que la météo a été une belle épine dans le pied cette année là. Globalement, je trouve que j'ai quand même bien pu profiter et su optimiser au maximum les visites malgré les températures et l'humidité.
Spoiler
Je rigole, mais c'était trop tentant, j'ai été bien surprise de voir une phrase complète de la part de notre chef ours
Merci pour ton commentaire Domm
La saison, et la météo franchement en vrac en 2019 - même les rangers sur place disaient que c'était rare que le temps soit aussi pourri sur la durée à cette période. J'ai fait avec, pas le choix. Devoir m'excentrer un peu pour les logements m'a permis de découvrir aussi un peu la "vraie vie" américaine, hors des hauts lieux touristiques, ce qui était sympa aussi.stseiya a écrit : ↑07 nov. 2021, 21:23ouah superbe conclusion
et je partage tes avis sur les lieux que j'ai visité. La saison à laquelle tu es partie n'a pas aidé pour pouvoir camper dans les parcs, c'est vrai que les hôtels sont eux hors de prix.
Pour la ranger si s'est vraiment un regret envoie un message aux rangers de canyonland. Tu pourras peut être entamer une correspondance
Haha, pour la ranger je n'oserais pas demander, et puis ça remonte un peu maintenant. J'imagine le mail "oui bonjour en 2019 je suis passée dans votre parc et une ranger super mignonne a remarqué que j'avais des bierres dans le porte boisson de ma voiture. J'aurais besoin de la recontacter parce que je la laisserais bien me passer les menottes
Anaïs
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Les classiques de l'Ouest en 3 semaines pour un premier road trip entre amies : 3 semaines dans l'Ouest - L'aventure en camping - Septembre 2017
51 jours en solo dans l'Ouest : Rock the Blues Away
Around the world :
Dolomites septembre 2022 : Au pays de la Fiat Panda et du poker routier
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isadesmontagnes
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Re: Rock the Blues Away
Hello.
J'ai mis du temps à répondre car .... ben cette conclusion me laisse sans voix .....
; je trouve pas les mots .... c'est une encyclopédie, une bible, une référence à garder.
Et tout comme l'ensemble du carnet, le travail colossal.
Les photos encore une fois sublimes.
Bref les mots me manquent donc juste merci et bravo Anais.
Je reste en haleine pour la seconde partie

J'ai mis du temps à répondre car .... ben cette conclusion me laisse sans voix .....
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Les photos encore une fois sublimes.
Bref les mots me manquent donc juste merci et bravo Anais.
Je reste en haleine pour la seconde partie
- Siana
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Re: Rock the Blues Away
Merci beaucoup Isa pour ce très gentil commentaire.isadesmontagnes a écrit : ↑13 nov. 2021, 07:18 Hello.
J'ai mis du temps à répondre car .... ben cette conclusion me laisse sans voix .....; je trouve pas les mots .... c'est une encyclopédie, une bible, une référence à garder.
Et tout comme l'ensemble du carnet, le travail colossal.
Les photos encore une fois sublimes.
Bref les mots me manquent donc juste merci et bravo Anais.![]()
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Je reste en haleine pour la seconde partie![]()
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La dernière conclusion arrive dans quelques minutes (je voulais mettre un smiley, mais j'hésite entre
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Re: Rock the Blues Away
Conclusion - partie 2
Ce voyage a été pensé pendant de nombreux mois, qui ont été ponctués de doutes, de réflexions, de travail sur soi, avec tout ce que cela implique émotionnellement parlant.
Petit retour en 2017, où je vivais une des plus belles années de ma vie, avec énormément d’accomplissements. Je cite notamment ma dernière année de master avec un stage en grande autonomie professionnelle, dans un autre pays (coucou la Belgique), donc avec un aspect d’expatriation et d’aventure (bon ok, ce n’est ‘’que’’ la Belgique, mais quand même) ; mais aussi un premier voyage an avion pour rendre visite à une amie à Londres, un voyage à Paris, la projection d’un voyage aux US avec Julia…
En juillet, l’obtention de mon diplôme et la fin de tout un chapitre de vie – finalement le seul que j’ai connu jusqu’ici – celui d’élève/étudiante. La pression aussi, de trouver un boulot dans un secteur bouché et pour la première fois un avenir totalement incertain (où vais-je trouver du boulot ? dans quelle structure ? quel sera mon lieu de vie ? vais-je m’y plaire ?). Les sentiments mêlés, entre excitation et crainte, joie, et nostalgie déjà présente (j’ai adoré ma vie étudiante en master)… Pas le temps de trop réfléchir puisque l’été se passera entre les lettres de motivations/CV à envoyer et les derniers préparatifs de voyage.
Je me revois encore dans mon petit ‘’kot’’ étudiant en Belgique, en dehors de mes horaires de stage, à arpenter roadtrippin et le net pour peaufiner le voyage. En septembre 2017, la concrétisation du projet, en touchant le sol américain pour la première fois de ma vie, avec ma partenaire de voyage Julia. Une vingtaine de jours d’aventures, de rires, de partage et de coup de cœurs pour ce magnifique pays.
Le retour en France, la tête encore dans les étoiles, mais rapidement la réalité de la recherche d’emploi qui revient. Après des semaines infructueuses, des dizaines de refus, et plus encore de non-réponses, je commence à décrocher des entretiens d’embauche, pour finalement obtenir mon premier contrat. Un peu plus de certitude dans ma vie : ce sera le Jura, en CDD certes, mais renouvelable sur le long terme (les joies des entourloupes pour éviter de signer des CDI). Je démarre donc ce premier poste, dans lequel je m’épanouis et prends mes marques en tant que psychologue. L’équipe est chouette, même si je découvre aussi la pression de travailler dans le secteur public (ratio demandes/moyens tout ça tout ça). Sur le plan perso, les choses se passent moins bien ; je n’aime pas mon lieu de vie, je n’arrive pas à me créer un réseau d’ami.e.s en dehors de mes collègues qui sont tou.te.s plus âgé.es que moi, et mis à part les randonnées topissimes, ma vie perso n’est pas très riche. J’apprécie quand même grandement d’avoir mon indépendance et d’avoir mon « chez moi », qui aide beaucoup.
Néanmoins, ce changement d’étape de vie soulève aussi beaucoup de questionnements et de prises de conscience par rapport à certains événements survenus au cours des dernières années. N’ayant plus la tête dans le guidon pour progresser dans les études, et n’ayant plus de projet concret à long terme, je me sens rapidement submergée par les difficultés irrésolues du passé. Je décide alors d’entreprendre une thérapie, qui, au fil des mois, me fera me confronter de plein fouet à mes démons.
La vie avance, et moi avec. Je prends mes marques, commence à déterminer ce qui me plaît ou non, et mes envies pour le futur. Progressivement, l’idée d’un retour aux US se dessine de plus en plus. Envie de revoir certains lieux, d’en découvrir de nouveaux. Je sais que j’ai envie de partir plus longtemps cette fois-ci. De prendre le temps, justement, celui de me poser, d’explorer, d’arrêter d’être dans cette dynamique de toujours courir ; que ce soit vers le prochain objectif, ou pour s’éloigner. Ce voyage, je l’imagine d’abord, puis le programme hypothétiquement autour d’un gros changement de vie : celui de quitter par la même occasion mon travail. Les difficultés du métier, le lourd travail sur soi, font qu’il est difficile de rester dans un lieu où je n’ai pas réussi à me créer un réseau social fort. J’ai besoin de tisser des liens relationnels profonds pour me sentir bien dans un endroit, ce qui n’est pas le cas dans le Jura.
En enlevant la contrainte d’un retour au travail, il reste uniquement la contrainte financière pour déterminer la durée du voyage. L’avantage étant qu’en quittant la région, je vais rendre mon logement et n’aurai donc plus de loyer à payer. L’inconvénient étant que je n’aurai plus de salaire non plus. Heureusement, en ayant vécu 1 an et demi sans faire de sorties entre amies, j’ai pu économiser un maximum. J’ai aussi reçu un cadeau inattendu : un compte en banque de la part de mes grands-parents, qu’ils ont fourni tout au long de leur vie pour nous aider ma sœur et moi dans notre début de vie adulte. Ce compte m’a été dévoilé de manière plus tardive que ce qu’ils avaient prévu, mais je prends ça comme un signe. Si c’est maintenant qu’il arrive, c’est que je peux m’autoriser à utiliser cet argent pour ce voyage. J’ai hésité, me demandant s’ils auraient approuvé ce choix – sans doute qu’ils ne l’auraient pas compris – mais, cet argent c’est pour moi qu’ils l’ont épargné, pas pour eux, et je sais qu’au final l’important pour eux aurait été que cet argent me fasse plaisir. C’est donc grâce à eux que j’ai pu financer la majeure partie du voyage, et que j’ai pu partir aussi longtemps.
Est ensuite venue la question de la forme du voyage. Sur un tel projet, difficile de demander à quelqu’un de partir avec moi. L’idée germe toutefois de faire un mix solo/accompagnée, avec la possibilité de faire la première partie en solo, puis que Julia rejoigne pour la seconde partie (notamment Yellowstone). On en parle, mais cela reste très hypothétique, avec nos contraintes respectives : pour elle, ses dates de congés principalement, et pour moi de devoir ajuster le roadtrip pour potentiellement la chercher à l’aéroport, et la contrainte de mes dates que je lui impose. Dans tous les cas, je continue à tracer le schéma du roadtrip, je sais à ce moment-là que je partirai peu importe sa réponse.
50 jours de voyage permettent pas mal de latitude, je peux lister une multitude d’endroits à explorer sans trop me contraindre. Mon approche ? J’ai dans un premier temps arpenté roadtrippin de fond en comble, notant les lieux qui suscitaient mon intérêt, sans filtres. J’ai complété par des lectures de sites divers et variés sur l’Ouest américain, puis j’ai placé tous les points d’intérêts sur Google Map. Ceux qui étaient trop excentrés ont été virés s’ils ne représentaient pas un intérêt majeur. Pour les autres, j’ai gardé une option dessus en cas de temps disponible pour faire le détour (je pense notamment à White Sand Dunes & Great Sand Dunes).
J’ai ensuite catégorisé mes visites en ‘’impératifs’’ ‘’envie forte’’ ‘’bonus’’. Pour ce qui était des impératifs, il y avait la descente du Grand Canyon et un temps plus long à Zion. J’avais idéalement en tête de terminer par le Grand Canyon pour finir le séjour en apothéose, mais cela posait 2 problèmes : le premier sur le plan de la cohérence du parcours, le second cela m’obligeait à décaler mes dates pour ne pas arriver trop tôt dans l’année à Yellowstone. Le facteur ‘’fatigue de fin de voyage’’ aurait aussi pu poser un problème, mais ça, on ne le saura jamais puisque j’ai finalement opté pour le sens logique du voyage. Les Carlsbad Cavern ont sauté assez rapidement du programme, ainsi que la majorité du Colorado, ainsi qu’Havasupai. Le sens du trajet a été retravaillé plusieurs fois grâce à vos précieux conseils. En octobre 2018, le parcours est quasi finalisé, je lance les premières réservations et prends les billets d’avion.
J’informe dans la foulée ma direction que c’est le dernier CDD que je signe. Mes collègues sont au courant depuis un petit moment déjà et sont super contents pour moi et pour ce projet. Les semaines avancent, les préparatifs se font de plus en plus sérieux (demandes de permis pour certains sites, stress de ne pas en obtenir certains, etc.). La probabilité que je ferai ce voyage seule dans sa totalité se confirme. Plutôt que de me rajouter un stress, j’en suis presque soulagée, je peux penser à mes envies, sans prévoir pour quelqu’un d’autre.
Début avril, je termine mon contrat de travail. En quelques jours, j’organise le déménagement pour entasser mes affaires chez mon père, je ne défais même pas mes cartons et je prépare quasi directement ma valise pour les US. Le 15 avril, c’est le départ pour Francfort, et ce n’est qu’une fois sur place, la veille du ‘’vrai’’ départ, que je remets tout en question. Mes angoisses reprennent le dessus, je m’auto flagelle en me disant à quel point j’ai été stupide de m’imposer un tel truc alors que mon anxiété sociale me bouffe au quotidien, que je serai obligée de toujours prendre les devants toute seule, que j’en suis incapable, etc. Rien que l’idée de commander un Uber pour la première fois le lendemain matin pour aller à l’aéroport me paralyse. Je suis vraiment en train de tout remettre en question, de me dire que je ne monterai pas dans l’avion, que ça ne vaut pas le coup, etc. ‘’Heureusement’’, les nouvelles nationales vont capter mon attention et me faire sortir de ma spirale anxieuse, puisque Notre Dame se met à brûler. Je ne dormirai que très peu dans la nuit, entre stress, angoisse, tristesse, et un peu d’excitation aussi.
Le lendemain matin, réveil très tôt, je commande mon Uber, me rends à l’aéroport, monte dans le premier avion pour Chicago. L’escale me stresse un peu avec le passage à la douane (en 2017, ça ne s’était pas très bien passé) et la peur d’avoir un temps trop court pour choper le prochain vol. Finalement, tout se passe très bien. Le douanier est même très sympa et me souhaite de bien profiter de mon voyage. J’atterris en un morceau à Las Vegas dans l’après-midi, avec mes bagages. Le dernier gros stress du jour pour moi va être de récupérer la voiture, même si tout est booké et payé. Heureusement, l’organisation à l’américaine est top, tout est très bien indiqué, le monsieur qui prend ma réservation en charge est super sympa. Je retrouve avec plaisir l’amabilité américaine et la facilité de discussion. En quelques minutes, je récupère la voiture. Le temps d’y installer le GPS, de montrer une dernière fois mon permis, et c’est parti, le roadtrip peut commencer !

Les premiers kilomètres sont un peu laborieux. Entre la pédale de frein ultra réactive, les autoroutes aux voies multiples, les sorties qui s’enchaînent, le GPS qui rame un peu, le trafic, etc. La fatigue commence aussi à peser et je prends sur moi pour aller faire les premières courses afin de pouvoir débuter véritablement l’aventure dans des conditions optimales dès le lendemain matin. Je retrouve donc Walmart (qui n’était franchement pas dingue à Vegas, surtout pour le rayon camping), et me dirige vers mon premier Airbnb du séjour. Une bonne douche, préparation des affaires pour le lendemain, organisation de la voiture et au lit ! Le stress retombe, je suis sur place, je peux enfin me mettre en mode ‘’profitage’’.
Dès le lendemain matin, je vais découvrir l’un des gros avantages d’être en solo : choisir mes horaires. Pas besoin de se caler sur le rythme de quelqu’un d’autre, je peux commencer la journée aussi tôt (ou tard) que je le souhaite. J’expérimente la conduite en pleine nuit aux US et je suis surprise du nombre de voitures présentes sur la route si tôt le matin. Il est vrai que je suis dans une grande ville, mais j’ai été étonnée quand même. Au fil des miles, j’apprivoise la voiture qui est finalement très confortable à conduire et qui me permettra d’avaler les nombreuses centaines de miles pour les 50 prochains jours.
Ma première visite a été pour Valley of Fire, un petit state park, mais non des moindres. D’ailleurs, ceux-ci seront une très bonne pioche tout au long du voyage. Moins fréquentés que les National Parks, ils n’en sont pas moins magnifiques et les visites y sont souvent plus libres. En effet, dans la majorité de ceux visités, j’ai pu vagabonder sans devoir rester sur des sentiers préétablis. Non pas que cela me pose problème dans les NP, je suis même totalement pour ces aménagements qui permettent de préserver la faune et la flore du passage touristique. Il n’en reste pas moins appréciable de pouvoir découvrir avec plus d’autonomie des lieux qui ne nécessitent pas ces régulations. Par ailleurs, j’ai globalement préféré les campings dans les SP, où les infrastructures sont très bien tenues et où les douches sont souvent présentes et inclues dans le tarif de la nuitée.
Les premiers jours du voyage ont été un peu particuliers, entre la joie d’être de retour aux US après des mois d’anticipation, et l’impression de ne pas en profiter comme il se doit. Je me suis mise énormément de pression au début : ‘’profiter à fond de chaque journée’’, ‘’suivre le programme établi’’, ‘’rester dans les lignes du roadbook pour ne pas se confronter à des stress inutiles’’, etc. Dès le premier jour par exemple, je m’en suis voulu de faire une pause dans l’après-midi et donc de ne pas profiter du parc à fond, alors que je venais de faire un long voyage, de me lever à 4 heures du matin et de faire une randonnée toute la matinée.
J’ai également rencontré très rapidement les premiers imprévus du voyage, et la nécessité d’y faire face toute seule, sans personne à qui demander l’avis ou l’approbation. Je pense notamment aux campings de Joshua Tree qui étaient complets lorsque j’y suis arrivée et la nécessité de trouver un logement de dernière minute. Dans les faits, rien de bien compliqué avec la magie d’Internet, mais je me suis mis énormément de pression quant au fait dépenser de l’argent ‘’non prévu’’, au point de me faire rater une demi-journée de visite à cause de la contrariété que cela a entraîné pour moi. Dans mon quotidien j’aime prévoir, me renseigner au maximum avant de m’engager en terrain inconnu. La routine me rassure et me permet de garder une ligne de base à laquelle me raccrocher lorsque je perds pieds émotionnellement. Ce voyage m’aura appris à lâcher du lest, et bien que cela ait été très dur au début, j’en tire la leçon que de belles choses peuvent survenir dans la spontanéité.
Durant les premiers jours du voyage, les matinées étaient souvent bien vécues, avec des randonnées, des visites, de l’énergie, l’envie d’explorer et de découvrir, etc. A l’opposé, la fatigue survenant en début d’après-midi entraînait la nécessité de faire une pause et je m’en suis voulu de ne pas profiter à fond de chaque instant, de ne pas exploiter chaque minute de ce voyage.
Pourtant, qu’est-ce que le temps perdu ? Qui suis-je pour le définir ainsi ? Quelle arrogance, de croire que l’on peut perdre quelque chose qui ne nous appartient pas. Le temps ne se gagne, ni ne se perd, il se vit. Il est rempli de paradoxes, s’étirant à l’infini lorsque chaque seconde nous paraît durer une éternité, ou filant à la vitesse de l’éclair, les heures disparaissant en l’espace d’un instant. Pourquoi seuls les moments extraordinaires mériteraient qu’on leur porte toute notre attention ? Ne peut-on pas s’extasier dans chaque seconde ? Aimer l’ordinaire ?

Ici, à l’autre bout du monde, sans aucune attache, libre de mes mouvements et mes choix, je me suis sentie prisonnière de moi-même, de mes doutes, mes injonctions, mes règles, mes limites. Les sentiments contradictoires de savoir que je pouvais tout affronter seule, et la lassitude de le faire. Peut-être que ces premiers jours étaient la prémisse de tout ce qui allait se jouer durant ce voyage. L’angoisse ressentie sur cette longue route solitaire en ligne droite, l’horizon s’étendant de manière rectiligne à l’infini, une métaphore de ma peur de vivre une vie qui serait déjà toute tracée. Je me suis sentie claustrophobe dans l’immensité, et j’ai aussi détesté retrouver la civilisation, ne parvenant à me connecter au train-train quotidien. J’ai ressenti le sentiment de ne pas être à ma place, et d’être perdue face à ce qu’elle devrait, ou pourrait être.
Ce voyage allait être l’opportunité pour moi d’aller par-delà les limites que je m’étais fixées. Lever le voile sur des peines précieusement sellées. Me confronter à moi-même, me remettre en question et plonger au plus profond de mon être. Je ne sais pas si je crois au karma, à la destinée, ou même si les choses arrivent au bon moment. Peut-être que les choses arrivent, tout simplement, et que nous en créons l’impact souhaité. Toujours est-il, que c’est durant cette période de questionnements, à plusieurs milliers de kilomètres de chez moi, emplie d’un sentiment de solitude profonde, que j’ai rencontré Anna. Quand je me suis fixé l’objectif d’aller à la rencontre des gens lors de ce roadtrip, loin étais-je de m’imaginer à quel point celui-ci allait être atteint.
Anna, c’était d’abord une simple réservation d’un Airbnb tout autre, mais dont la réservation a été annulée par l’hôte deux jours avant ma venue, m’obligeant à trouver un plan B. Quand j’ai reçu un message d’Anna le jour de mon arrivée, me demandant si je souhaitais dîner avec eux le soir venu, mon premier réflexe a été de dire ‘’non merci’’. Prenant encore mes marques avec les US, parler aux locaux restait un challenge de chaque instant, ma timidité me demandant des efforts décuplés pour aller à la rencontre des gens. Heureusement, l’avantage de devoir écrire une réponse plutôt que de la dire en quelques secondes est que cela nécessite une réflexion et n’est ainsi plus un automatisme. Le temps pour mon cerveau de se remémorer mon défi social, et ainsi de répondre ‘’oui, merci beaucoup, à bientôt’’. L’organisation de ce voyage aura voulu que je passe deux nuits sur place, un des rares Airbnb où ça aura été le cas. Ce timing m’a donné l’opportunité de passer plus de temps auprès de toute la famille, où j’ai été accueillie à bras ouverts.
Opter pour des Airbnb plutôt que des hôtels a été une incroyable opportunité de faire des rencontres. Bien que celle avec Anna ait été un véritable coup de cœur, j’ai pu rencontrer d’autres personnes sympathiques et intéressantes au cours du séjour. Bien sûr, en étant une femme seule à l’autre bout du monde, je suis restée vigilante sur les réservations : bonne notation, réservations multiples déjà faites, prendre idéalement des hôtesses féminines ou en famille (même si ça n’empêche rien). Pour moi, le bénéfice/risque de loger en Airbnb penche largement en faveur du Airbnb.
Au-delà de la rencontre humaine avec Anna et sa famille, ces deux nuits un peu plus posées en mode ‘’vie familiale du quotidien’’, m’ont aussi permis de me recentrer un peu sur moi et de me rendre compte à quel point je perdais de l’énergie en ne mangeant pas correctement. En effet, entre le décalage horaire, l’excitation et le stress, le fait d’être accaparée par la découverte, la faim se faisait rarement ressentir et sur le début du voyage, j’ai grignoté plus que je n’ai mangé. Avec du recul, ce sera un point de vigilance à avoir pour un prochain voyage, car il est nécessaire de reprendre de l’énergie en ingérant de la nourriture correcte – d’autant plus que de manière générale, j’ai un régime alimentaire globalement sain. Entre l’esprit camping/repas tiré du sac et la malbouffe USienne, j’étais bien loin de mon alimentation normale et je pense que cela a grandement contribué à ma fatigue des premiers jours.
Entreprendre cette aventure en solo a également soulevé un autre point clé : celui de la motivation lorsqu’on voyage seul.e. En effet, pas toujours facile de continuer à se pousser à aller plus loin, à continuer les visites, à explorer encore un peu plus lorsque la flemme s’installe et qu’il n’y a personne à côté pour nous pousser. Ceci a encore une fois été particulièrement vrai en début du voyage, où je n’ai clairement pas exploité chaque journée pleinement. Néanmoins, l’inverse est vrai également : les jours où je souhaitais continuer au-delà du programme imaginé, ou modifier l’ordre de certaines visites, etc. je n’avais que mes envies à prendre en compte, ce qui était très appréciable.
Avec le recul, je pense que la plus grosse difficulté du voyage en solo pour moi a été le temps qu’il m’a fallu pour réellement me ‘’mettre dedans’’ et profiter pleinement des visites. Le temps de lâcher prise sur les aléas, mais aussi de retrouver des lieux qui ont été beaucoup plus attractifs à mes yeux et m’ont fait renouer avec mon amour pour les paysages nord-américains. Le déclic est survenu au bout d’une quinzaine de jours, lorsque j’ai retrouvé les roches rouges du Canyon De Chelly, puis de Canyonlands. Attention, cela ne veut pas dire que je n’ai pas apprécié les visites précédentes, il y en a d’ailleurs certaines que j’ai vraiment adoré, mais le stress et l’adaptation était encore prédominants dans mes journées.

Voyager en solo, aller à la rencontre de lieux déserts (comme De-Na-Zin par exemple), a provoqué des émotions très fortes. Le sentiment accru d’être insignifiante face à l’immensité du monde. Les questions qui s’enchaînent : Quelle est ma place sur terre ? Mon rôle ? Mon impact ? Le sens de ma vie ? L’emprise que j’ai dessus, ce que j’ai envie d’en faire ?
Se perdre, errer, vagabonder dans de tels lieux m’a confrontée de plein fouet à l’éphémérité de la vie. Ici, il suffirait d’un faux pas, littéralement, pour se retrouver bloquée et potentiellement se mettre en grand danger. Cela force à respecter la vie et pousse à la remise en question : si tout s’arrêtait ici et maintenant, quel serait mon sentiment ? Pourrais-je dire que j’ai profité de mon temps sur Terre ? Que je suis fière de qui je suis devenue ? Aurais-je des regrets ? Serais-je en paix ? Que laisserais-je derrière moi ?
La vie est si longue et si courte à la fois. Nous sommes immenses et insignifiants, dans un paradoxe éternel. Immense par les millénaires d’évolution génétique qui se sont enchaînés pour parvenir à nous créer tels que nous sommes aujourd’hui. Insignifiants par notre taille face à la grandeur infinie de l’univers et de l’espace-temps dans lequel nous existons. Durant ce périple, j’ai traversé les Etats, avalé des milliers kilomètres, contemplé des paysages qui s’étendaient à perte de vue sur 360° sans y apercevoir une seule trace humaine. Pourtant, je n’ai été témoin que d’une part infinitésimale de monde.
Quelle importance donne-t-on aux choses ? Cette question m’a poussée à un nouveau paradoxe, celui de me recentrer sur moi-même, dans une profonde introspection, tout en m’ouvrant au monde, m’imprégnant de tout ce qu’il avait à m’offrir. J’ai pris le temps de vivre les moments de ce voyage. De m’arrêter pour exister dans l’instant. Ouvrir mes sens à ce qui m’entoure, et les laisser inscrire ces moments en moi pour m’en souvenir, viscéralement.

Durant ce voyage, j’ai appris à danser sous la pluie – littéralement et figurativement. A accepter de ne pas toujours tout contrôler et à trouver du plaisir dans les aléas. A miser sur la spontanéité et la surprise des plans B, C ou D.
J’ai aussi perdu la notion du temps. En 50 jours de voyage, rares étaient les jours où je savais exactement au combientième j’en étais, ou combien il m’en restait. J’ai aimé pouvoir barouder de la sorte, sans mettre la pression des « déjà X jours écoulés » ou « plus que Y jours restants ».
J’ai aimé allier des moments physiques de randonnées, et des moments plus posés. Prendre le temps de participer aux présentations proposées par les rangers, de regarder les vidéos des visitor centers, de lire les panneaux explicatifs. Bien qu’ayant déjà bien préparé les visites en amont en termes de recherches historiques, on trouve toujours des informations complémentaires sur place, ou encore des anecdotes des personnes vivants sur place, ajoutant ainsi une richesse aux lieux devant lesquels nous pourrions autrement passer en en ignorant totalement la mémoire.
Alors que j’ai été envoûtée par de nombreux parcs et paysages, j’ai eu beaucoup de mal à apprécier les visites de villes, ou même de petits villages plus intimes. J’ai par exemple aimé l’architecture du Nouveau-Mexique, mais seuls quelques endroits m’ont plu, la plupart restant de simples points de passage pour moi, ne me laissant pas de souvenirs impérissables. J’ai détesté Las Vegas, j’ai tiré un trait sur des visites de villes initialement prévues. Globalement j’ai trouvé que malgré le nombre plus important de personnes présentes, les échanges humains y ont été beaucoup plus rares. C’est en effet dans les parcs, au détour d’une randonnée, ou dans les points de chute où j’ai passé la nuit, que j’ai fait les plus belles rencontres. Dès les premiers jours sur le pas de la porte au motel de Joshua Tree, ou au détour d’un sentier où il n’y avait pas foule, à chaque fois, j’ai eu l’opportunité de discuter pendant plusieurs minutes avec les personnes croisées. J’impute cela à deux facteurs. Le premier étant celui d’être seule qui attise la curiosité des gens, et qui m’a sans doute rendue plus accostable comparativement à un groupe. Le second étant celui d’aller dans des lieux moins courus. Encore une fois, on entame bien plus facilement la discussion en croisant une seule personne, que lorsqu’on en croise à la queue-leu-leu. Il y a aussi eu certains facilitateurs de conversations, comme lorsque les gens avaient des chiens qui venaient à ma rencontre, que je rencontrais quelqu’un d’autre qui prenait des photos sans déclencher à l’aveugle, mon K-way TWOLHA, ou encore des passages difficiles de randonnée où l’entraide était toujours très présente. J’ai été très facilement inclue dans des conversations – ou plus. Je pense notamment à l’invitation au restaurant lorsque j’ai rebroussé chemin à White Domes, qui s’est même transformée en invitation à dormir chez Patty quelques jours plus tard. J’ai partagé des petits-déjeuners lors de nuits en camping privé, passé toute une randonnée à trois plutôt que seule, retrouvé une randonneuse dans un bar en fin de journée. On m’a offert des repas partagés, cuisiné des scones (merci Hans), proposé des joints (merci mais, non merci), offert un petit chien en ballon pour me tenir compagnie sur la route, rendu mon téléphone laissé dans les espaces communs d’un camping…
Et bien entendu, la connexion bouleversante avec Anna (et sa famille). Outre la première rencontre des deux premières nuitées qui a créé la première étincelle de notre amitié, nous avons poursuivi les échanges par des discussions très profondes par messages durant les jours suivants mon départ de leur maison. Pour en avoir reparlé plusieurs mois plus tard, nous avons le sentiment réciproque de s’être rencontrées au bon moment. Grâce à cette relation hors normes, j’ai eu la confiance nécessaire pour me tourner vers elle lorsque je me suis retrouvée en difficulté durant le voyage.

Avant d’entamer la rédaction de cette conclusion, j’ai relu le carnet, mais j’ai sauté les étapes du Grand Canyon. A la fois, parce que les souvenirs sont encore tellement vifs que je n’ai pas besoin de me reposer sur des traces écrites, mais aussi parce que j’ai besoin de me tenir un peu à distance des mots que j’ai écrits pour ne pas m’y perdre. Les journées vécues dans ce parc ont été intenses en émotions. Entre l’anticipation et l’excitation immenses qui se sont progressivement amplifiées avant de retrouver ce parc qui compte tant pour moi, le projet fou de faire la randonnée au fond de ses entrailles, l’assurance quelques jours plus tard de pouvoir me confronter à ce challenge lorsque j’ai obtenu le précieux sésame pour le camping de Bright Angel… Puis la redécouverte puissante de ce paysage après avoir fait durer pendant plusieurs heures l’approche jusqu’au bord du précipice. Le réveil après un semblant de nuit dans la voiture, les derniers préparatifs, l’électricité palpable dans la navette de bus qui emmène ses passagers jusqu’au départ de la randonnée. Le défi physique de porter pour la première fois un sac aussi lourd et de faire un dénivelé aussi important. La découverte d’un tout autre Grand Canyon que celui que l’on appréhende par ses sommets. La répétition d’un mantra pour continuer à marcher, un pas après l’autre, malgré les épaules douloureuses (pain is a dream). Le sentiment grisant d’apercevoir le pont traversant le Colorado pour la première fois après plusieurs heures de marche. L’euphorie d’arriver au camping et de choisir son emplacement, de planter la tente dans un environnement époustouflant et de s’y prélasser en profitant des sons environnants. L’ambiance partagée au fond du Grand Canyon, avec ce sentiment de faire partie d’un petit groupe privilégié pouvant passer la nuit ici. Encore une fois, les moments de partage si précieux. Le réveil en pleine nuit pour remballer ses affaires et entamer la remontée appréhendée. Les premiers kilomètres à la lampe frontale, vivant le Grand Canyon dans une tout autre ambiance, les sens étant décuplés dans la nuit. Entendre plus qu’apercevoir le Colorado qui s’écoule inlassablement à quelques mètres. Deviner l’empreinte d’un animal sauvage dont on pourrait être la proie. Voir les premiers rayons du soleil éclairer le sommet des falaises rocheuses qu’il faudra lentement remonter durant les prochaines heures. Vivre ces instants pour soi toute seule pendant toute la première partie de la randonnée. Profiter de chaque son, chaque relief, chaque odeur ; l’humidité de la rosée, l’air frais de la nuit. Mon âme s’est envolée et a virevolté tout autour de moi, me connectant à la vie de la nature environnante.
La fatigue physique demandant de se pousser mentalement sur les derniers kilomètres, et le sentiment d’accomplissement incroyable en atteignant le sommet sous les encouragements des visiteurs présents le long des derniers lacets. Le calme qui m’a enveloppée lorsque j’ai regagné ma voiture et continué à visiter lentement les alentours.
Puis la dégringolade. Le rêve éveillé qui a volé en éclats.
Avant de partir, je ne craignais pas les dangers de partir seule en tant que femme. Je savais statistiquement et personnellement, que le risque d’agression d’un inconnu était bien moindre comparativement à une personne proche. J’avais la croyance erronée (au mieux) ou la fierté stupide que s’il devait arriver quelque chose, je ne ‘’serais pas à ça près’’ et que je saurais gérer. La vie a parfois une manière bien curieuse de nous confronter à nos erreurs. Peut-être avais-je besoin de cette claque pour ouvrir les yeux sur ce qu’il en était vraiment de ma ‘’guérison’’. Avec le recul, je prends conscience que rien de grave ne s’est passé au Grand Canyon. Alors attention, je ne cautionne en aucun cas ce qui s’est passé et je ne cherche pas à la banaliser ; il est grand temps que les choses changent par rapport à tout ça. Cependant, j’ai en apparence bien géré les choses, et aurais pu les gérer jusqu’au bout. Je n’ai jamais été réellement en danger, étant toujours dans des lieux avec pas mal de gens autour et j’aurais aisément pour alerter n’importe qui de la situation. Le réel danger a été moi-même, et ma réaction émotionnelle. J’ai paniqué, à la fois en prenant conscience que je ne serais pas capable de gérer un nouveau trauma, n’étant encore absolument pas remise des précédents, malgré tout ce que je voulais bien me dire jusqu’ici. J’ai également eu peur de ce qu’allaient être mes réactions à postériori, n’ayant pas toujours géré ces moments de difficultés de manière très saine, privilégiant des comportements auto destructifs. C’est en après-coup que je me rends compte à quel point ce voyage, et les mois de thérapie le précédent, m’ont fait évoluer. Pour la première fois, je me suis retrouvée dans un environnement me permettant de – et où je me suis moi-même autorisée à – me tourner vers quelqu’un pour m’aider. Cela a même été une réaction quasi-immédiate, en tout cas, j’ai automatiquement pensé à la possibilité de joindre Anna. J’ai tout de même tergiversé un peu avant d’effectivement agir en ce sens, et merci encore à Cessie d’avoir fait l’intermédiaire et d’avoir transmis le message à Anna. Après avoir pris connaissance de mon message, celle-ci n’a d’ailleurs pas hésité une seule seconde à me dire de venir, me demandant simplement dans combien de temps je serai chez elle.
Passer ces quelques jours avec elle a véritablement marqué un tournant dans ma vie. J’ai pu me sentir en sécurité, prendre le temps de m’apaiser dans un environnement bienveillant, et me recentrer émotionnellement pour repartir sur de nouvelles bases. Elle m’a inclus dans son quotidien, sans jamais me mettre la pression, et nous avons partagé de très chouettes moments de discussion et de vie quotidienne. Cela m’a permis de me ressourcer et de reprendre des forces, entraînant la décision de retourner au Grand Canyon comme je l’avais prévu sur la rive nord, et de ne pas rester sur cette mésaventure.
Ce retour dans le parc a été une tornade émotionnelle, dont je suis ressortie avec de nouvelles perspectives. Là-bas, j’ai déconstruit quelques-uns de mes piliers fondateurs, me laissant entourée de débris instables. J’ai implosé, faisant voler en éclats certaines de mes certitudes, me laissant écorchée vive. J’ai éclaté en sanglots, laissant les entrailles du canyon emporter mes larmes au soleil couchant. J’ai vécu le plus beau lever de soleil de ma vie en ce lieu, avec lequel je resterai à jamais intimement liée.
Je l’ai quitté changée et ai poursuivi ce voyage de vie avec une envie encore plus forte d’exploration.

Quelques jours plus tard, je retrouvais Zion, mon autre grand coup de cœur de l’Ouest américain (d’ailleurs, pour la petite anecdote, quelques mois plus tard, je devais adopter une petite chienne que j’aurais appelée Zion, mais elle est malheureusement morte quelques semaines après sa naissance). Là aussi, j’ai redécouvert le parc, pris le temps de l’explorer au maximum malgré une météo largement défavorable. Cela ne m’a que renforcée dans l’envie d’y retourner encore une fois.
La dernière grosse partie du voyage a été consacrée aux deux géants : Grand Teton et Yellowstone. J’ai clairement hésité avant de les mettre au programme, craignant d’être déçue par ces parcs, me demandant s’ils n’étaient pas survendus. Heureusement, je me suis dit qu’en 50 jours de voyage, ce serait dommage de ne pas saisir l’opportunité de faire ce ‘’détour’’ par le Nord. L’énergie se dégageant de ces deux parcs est indescriptible. L’ambiance que j’ai retrouvée à Grand Teton, avec une météo catastrophiquement chargée, a rendu les lieux mystiques. A Yellowstone, j’ai littéralement vibré, tous les sens y étant appelé. J’ai ressenti la puissance géothermique sous mes pas, et j’ai été transportée par la proximité de la vie sauvage. Je frissonne encore au souvenir des hurlements des loups partant à la chasse, ou à l’adrénaline de se retrouver presque nez à nez avec un ours.

Le voyage s’est terminé en apothéose, avec le concert de Lady Gaga. Incapable de retenir mes émotions, j’ai (enfin) tout lâché. Je me suis laissé inonder par mes joies et mes peines. J’ai cessé la lutte contre mes émotions et les ai accueillies comme un cadeau, une opportunité de vivre pleinement.
Epilogue
Deux ans et demi après le retour en France, je continue à apprendre de cette incroyable aventure. Les premiers mois après le retour ont été parmi les plus compliqués de ma vie. J’ai traversé une longue période de dépression sévère, où malgré la thérapie, l’hygiène de vie, les médicaments, rien ne semblait me raccrocher du côté de la vie. J’ai longuement préparé mon départ de ce monde, rédigeant avec soin des lettres pour celles que je laisserais derrière. J’ai anticipé une deadline – ayant encore l’impératif d’être là pour le mariage de ma meilleure amie où j’étais témoin.
J’ai réussi à passer ce cap, et à retrouver progressivement goût à la vie. J’ai décroché un nouvel emploi où j’ai rencontré de chouettes collègues. Nous avons vécu les débuts de la pandémie ensemble, ce qui a rapidement resserré nos liens. Malheureusement, cela s’est soldé par un échec cuisant. J’ai vécu 72 heures terribles, où j’ai eu peur de ce que j’aurais pu m’infliger. Heureusement, je ne suis pas impulsive, et j’ai passé ce cap.
Aujourd’hui, j’apprends toujours à me connaître et à vivre avec moi-même. J’ai accueilli une petite chienne dans ma vie, qui a clairement changé mon quotidien et m’impose de rester du côté de la vie. Elle remplit mon cœur d’amour et de joie chaque jour.
Je continue à me lancer dans des projets et des défis, tâtonnant au rythme de mes envies. Je suis partie à l’autre bout de la France pendant plus d’un an, et revient en Alsace dans quelques jours. J’aime la routine autant que le changement, j’ai envie de me poser autant que j’ai envie de liberté. J’accepte ces polarités.
Rédiger ce carnet m’a fait prolonger le voyage. Le rythme d’écriture s’est allongé au fil des mois, avec le regret de voir le forum délaissé face à la situation mondiale. En relisant rapidement mon carnet, je me suis rendu compte à quel point les commentaires se sont fait de plus en plus rares au fil des publications, ce qui a été un peu dommage (je ne parle pas en termes de ‘’vues’’, mais par rapport à la richesse des échanges que l’on retrouve sur les carnets en temps normal).

Mes envies pour la suite ? Pour l’instant, difficile pour moi de me projeter concrètement dans un retour aux US. A la fois par rapport à ma situation de vie (ne pas imaginer laisser Asha, ne pas savoir où j’en serai professionnellement et personnellement dans quelques mois) et la situation ‘’covidienne’’ irrésolue pour l’instant.
Néanmoins, les projets sont là, même s’ils ne sont pas pour dans l’immédiat. Premièrement, je penche très clairement en faveur d’un nouveau voyage en solo. Pour ce qui est de la durée, au-delà des contraintes logistiques (possibilité de congés, etc.), je ne sais pas encore quelle durée est-ce que je privilégierai, tout dépendra du projet.
Dans tous les cas, je sais qu’il sera important de bien le réfléchir en termes de flexibilité (oui, j’ai pris goût à la spontanéité et à la magie des rencontres/opportunités au fil des jours), mais aussi de réservations de permis pour certains lieux. Il faudra aussi que je sois vigilante quant à la balance entre explorations physiques et temps plus lights. J’ai en effet quelques projets un peu plus ambitieux en termes de randonnées. Pour en citer les principaux :
J’ai clairement envie de refaire la randonnée au fond du Grand Canyon, cette fois-ci en version RIM to RIM, avec un départ sur la rive nord, et un temps plus long passé au fond pour pouvoir randonner en bas aussi.
J’aimerais bien tenter les Narrows à Zion sur 2 jours, il me semble qu’il y a la possibilité d’y bivouaquer avec un permis. Toujours à Zion, j’ai très envie de faire le west RIM trail, et de refaire le Subway (en solo). J’ai aussi une revanche à prendre avec certaines randonnées en interne.
Je veux remettre la randonnée avortée des White Domes au programme, ayant bien aimé la première partie.
J’aimerais aussi prévoir une ou deux randonnées en bivouacs dans des coins pas trop fréquentés, histoire de me mettre au défi un cran plus haut. Peut-être aux alentours de Canyonlands, Capitol Reef et Sedona ?

Pour les nuitées, la météo pourrie de 2019 m’aura servie de leçon. Pour le prochain voyage, je prendrai une voiture un peu plus grande, pour pouvoir y rabattre les sièges et y dormir confortablement si les nuits en camping sont trop fraîches pour être faites en tente (ne pas avoir pu profiter des couchers/levers de soleil dans les parcs est clairement le plus gros regret du voyage). Cependant, je souhaite clairement prévoir en amont un mix entre camping et AirBnb.
Bien entendu, rendre visite à Anna est dans le top des priorités aussi ! D’ailleurs, nous continuons à échanger régulièrement… comme quoi, toutes les rencontres aux US ne sont pas ‘’superficielles’’. J’ai aussi continué à parler pendant quelques mois à David, le fils de Patty chez qui j’avais logé à Zion, mais j’avais moins accroché avec sa personnalité. Je n’ai échangé que quelques mails avec Loren avant que la correspondance ne cesse.
Pour ce qui est de nouveaux lieux à découvrir, j’ai envie de pousser l’exploration vers le Nord, avec une incursion au Canada. Je pense notamment à Glacier, Banff, Jasper, toute cette région-là (qui me permettrait de justifier un nouveau passage par Yellowstone/Grand Teton). Cela m’imposerait une durée de voyage suffisamment longue pour pouvoir les intégrer à un passage en Utah/Arizona, parce que clairement, pour moi, il est actuellement inenvisageable de faire un voyage dans l’Ouest sans aller vers les roches rouges (et oui, au Grand Canyon).
Enfin, pour un projet beaucoup plus conséquent et sur le plus long terme, j’ai l’espoir de pouvoir un jour me sentir suffisamment en forme pour faire le fameux Pacific Crest Trail.
272 pages word plus tard et 4 comptes Flickr créés pour héberger toutes les photos pour le carnet, il est maintenant temps de le clôturer. Merci de m’avoir suivie dans mes aventures (en direct ou en différé), j’espère que ce carnet vous aura plu.
Au plaisir de pouvoir échanger quelques ultimes commentaires sur la conclusion de ce voyage.

Point final.
Ce voyage a été pensé pendant de nombreux mois, qui ont été ponctués de doutes, de réflexions, de travail sur soi, avec tout ce que cela implique émotionnellement parlant.
Petit retour en 2017, où je vivais une des plus belles années de ma vie, avec énormément d’accomplissements. Je cite notamment ma dernière année de master avec un stage en grande autonomie professionnelle, dans un autre pays (coucou la Belgique), donc avec un aspect d’expatriation et d’aventure (bon ok, ce n’est ‘’que’’ la Belgique, mais quand même) ; mais aussi un premier voyage an avion pour rendre visite à une amie à Londres, un voyage à Paris, la projection d’un voyage aux US avec Julia…
En juillet, l’obtention de mon diplôme et la fin de tout un chapitre de vie – finalement le seul que j’ai connu jusqu’ici – celui d’élève/étudiante. La pression aussi, de trouver un boulot dans un secteur bouché et pour la première fois un avenir totalement incertain (où vais-je trouver du boulot ? dans quelle structure ? quel sera mon lieu de vie ? vais-je m’y plaire ?). Les sentiments mêlés, entre excitation et crainte, joie, et nostalgie déjà présente (j’ai adoré ma vie étudiante en master)… Pas le temps de trop réfléchir puisque l’été se passera entre les lettres de motivations/CV à envoyer et les derniers préparatifs de voyage.
Je me revois encore dans mon petit ‘’kot’’ étudiant en Belgique, en dehors de mes horaires de stage, à arpenter roadtrippin et le net pour peaufiner le voyage. En septembre 2017, la concrétisation du projet, en touchant le sol américain pour la première fois de ma vie, avec ma partenaire de voyage Julia. Une vingtaine de jours d’aventures, de rires, de partage et de coup de cœurs pour ce magnifique pays.
Le retour en France, la tête encore dans les étoiles, mais rapidement la réalité de la recherche d’emploi qui revient. Après des semaines infructueuses, des dizaines de refus, et plus encore de non-réponses, je commence à décrocher des entretiens d’embauche, pour finalement obtenir mon premier contrat. Un peu plus de certitude dans ma vie : ce sera le Jura, en CDD certes, mais renouvelable sur le long terme (les joies des entourloupes pour éviter de signer des CDI). Je démarre donc ce premier poste, dans lequel je m’épanouis et prends mes marques en tant que psychologue. L’équipe est chouette, même si je découvre aussi la pression de travailler dans le secteur public (ratio demandes/moyens tout ça tout ça). Sur le plan perso, les choses se passent moins bien ; je n’aime pas mon lieu de vie, je n’arrive pas à me créer un réseau d’ami.e.s en dehors de mes collègues qui sont tou.te.s plus âgé.es que moi, et mis à part les randonnées topissimes, ma vie perso n’est pas très riche. J’apprécie quand même grandement d’avoir mon indépendance et d’avoir mon « chez moi », qui aide beaucoup.
Néanmoins, ce changement d’étape de vie soulève aussi beaucoup de questionnements et de prises de conscience par rapport à certains événements survenus au cours des dernières années. N’ayant plus la tête dans le guidon pour progresser dans les études, et n’ayant plus de projet concret à long terme, je me sens rapidement submergée par les difficultés irrésolues du passé. Je décide alors d’entreprendre une thérapie, qui, au fil des mois, me fera me confronter de plein fouet à mes démons.
La vie avance, et moi avec. Je prends mes marques, commence à déterminer ce qui me plaît ou non, et mes envies pour le futur. Progressivement, l’idée d’un retour aux US se dessine de plus en plus. Envie de revoir certains lieux, d’en découvrir de nouveaux. Je sais que j’ai envie de partir plus longtemps cette fois-ci. De prendre le temps, justement, celui de me poser, d’explorer, d’arrêter d’être dans cette dynamique de toujours courir ; que ce soit vers le prochain objectif, ou pour s’éloigner. Ce voyage, je l’imagine d’abord, puis le programme hypothétiquement autour d’un gros changement de vie : celui de quitter par la même occasion mon travail. Les difficultés du métier, le lourd travail sur soi, font qu’il est difficile de rester dans un lieu où je n’ai pas réussi à me créer un réseau social fort. J’ai besoin de tisser des liens relationnels profonds pour me sentir bien dans un endroit, ce qui n’est pas le cas dans le Jura.
En enlevant la contrainte d’un retour au travail, il reste uniquement la contrainte financière pour déterminer la durée du voyage. L’avantage étant qu’en quittant la région, je vais rendre mon logement et n’aurai donc plus de loyer à payer. L’inconvénient étant que je n’aurai plus de salaire non plus. Heureusement, en ayant vécu 1 an et demi sans faire de sorties entre amies, j’ai pu économiser un maximum. J’ai aussi reçu un cadeau inattendu : un compte en banque de la part de mes grands-parents, qu’ils ont fourni tout au long de leur vie pour nous aider ma sœur et moi dans notre début de vie adulte. Ce compte m’a été dévoilé de manière plus tardive que ce qu’ils avaient prévu, mais je prends ça comme un signe. Si c’est maintenant qu’il arrive, c’est que je peux m’autoriser à utiliser cet argent pour ce voyage. J’ai hésité, me demandant s’ils auraient approuvé ce choix – sans doute qu’ils ne l’auraient pas compris – mais, cet argent c’est pour moi qu’ils l’ont épargné, pas pour eux, et je sais qu’au final l’important pour eux aurait été que cet argent me fasse plaisir. C’est donc grâce à eux que j’ai pu financer la majeure partie du voyage, et que j’ai pu partir aussi longtemps.
Est ensuite venue la question de la forme du voyage. Sur un tel projet, difficile de demander à quelqu’un de partir avec moi. L’idée germe toutefois de faire un mix solo/accompagnée, avec la possibilité de faire la première partie en solo, puis que Julia rejoigne pour la seconde partie (notamment Yellowstone). On en parle, mais cela reste très hypothétique, avec nos contraintes respectives : pour elle, ses dates de congés principalement, et pour moi de devoir ajuster le roadtrip pour potentiellement la chercher à l’aéroport, et la contrainte de mes dates que je lui impose. Dans tous les cas, je continue à tracer le schéma du roadtrip, je sais à ce moment-là que je partirai peu importe sa réponse.
50 jours de voyage permettent pas mal de latitude, je peux lister une multitude d’endroits à explorer sans trop me contraindre. Mon approche ? J’ai dans un premier temps arpenté roadtrippin de fond en comble, notant les lieux qui suscitaient mon intérêt, sans filtres. J’ai complété par des lectures de sites divers et variés sur l’Ouest américain, puis j’ai placé tous les points d’intérêts sur Google Map. Ceux qui étaient trop excentrés ont été virés s’ils ne représentaient pas un intérêt majeur. Pour les autres, j’ai gardé une option dessus en cas de temps disponible pour faire le détour (je pense notamment à White Sand Dunes & Great Sand Dunes).
J’ai ensuite catégorisé mes visites en ‘’impératifs’’ ‘’envie forte’’ ‘’bonus’’. Pour ce qui était des impératifs, il y avait la descente du Grand Canyon et un temps plus long à Zion. J’avais idéalement en tête de terminer par le Grand Canyon pour finir le séjour en apothéose, mais cela posait 2 problèmes : le premier sur le plan de la cohérence du parcours, le second cela m’obligeait à décaler mes dates pour ne pas arriver trop tôt dans l’année à Yellowstone. Le facteur ‘’fatigue de fin de voyage’’ aurait aussi pu poser un problème, mais ça, on ne le saura jamais puisque j’ai finalement opté pour le sens logique du voyage. Les Carlsbad Cavern ont sauté assez rapidement du programme, ainsi que la majorité du Colorado, ainsi qu’Havasupai. Le sens du trajet a été retravaillé plusieurs fois grâce à vos précieux conseils. En octobre 2018, le parcours est quasi finalisé, je lance les premières réservations et prends les billets d’avion.
J’informe dans la foulée ma direction que c’est le dernier CDD que je signe. Mes collègues sont au courant depuis un petit moment déjà et sont super contents pour moi et pour ce projet. Les semaines avancent, les préparatifs se font de plus en plus sérieux (demandes de permis pour certains sites, stress de ne pas en obtenir certains, etc.). La probabilité que je ferai ce voyage seule dans sa totalité se confirme. Plutôt que de me rajouter un stress, j’en suis presque soulagée, je peux penser à mes envies, sans prévoir pour quelqu’un d’autre.
Début avril, je termine mon contrat de travail. En quelques jours, j’organise le déménagement pour entasser mes affaires chez mon père, je ne défais même pas mes cartons et je prépare quasi directement ma valise pour les US. Le 15 avril, c’est le départ pour Francfort, et ce n’est qu’une fois sur place, la veille du ‘’vrai’’ départ, que je remets tout en question. Mes angoisses reprennent le dessus, je m’auto flagelle en me disant à quel point j’ai été stupide de m’imposer un tel truc alors que mon anxiété sociale me bouffe au quotidien, que je serai obligée de toujours prendre les devants toute seule, que j’en suis incapable, etc. Rien que l’idée de commander un Uber pour la première fois le lendemain matin pour aller à l’aéroport me paralyse. Je suis vraiment en train de tout remettre en question, de me dire que je ne monterai pas dans l’avion, que ça ne vaut pas le coup, etc. ‘’Heureusement’’, les nouvelles nationales vont capter mon attention et me faire sortir de ma spirale anxieuse, puisque Notre Dame se met à brûler. Je ne dormirai que très peu dans la nuit, entre stress, angoisse, tristesse, et un peu d’excitation aussi.
Le lendemain matin, réveil très tôt, je commande mon Uber, me rends à l’aéroport, monte dans le premier avion pour Chicago. L’escale me stresse un peu avec le passage à la douane (en 2017, ça ne s’était pas très bien passé) et la peur d’avoir un temps trop court pour choper le prochain vol. Finalement, tout se passe très bien. Le douanier est même très sympa et me souhaite de bien profiter de mon voyage. J’atterris en un morceau à Las Vegas dans l’après-midi, avec mes bagages. Le dernier gros stress du jour pour moi va être de récupérer la voiture, même si tout est booké et payé. Heureusement, l’organisation à l’américaine est top, tout est très bien indiqué, le monsieur qui prend ma réservation en charge est super sympa. Je retrouve avec plaisir l’amabilité américaine et la facilité de discussion. En quelques minutes, je récupère la voiture. Le temps d’y installer le GPS, de montrer une dernière fois mon permis, et c’est parti, le roadtrip peut commencer !

Les premiers kilomètres sont un peu laborieux. Entre la pédale de frein ultra réactive, les autoroutes aux voies multiples, les sorties qui s’enchaînent, le GPS qui rame un peu, le trafic, etc. La fatigue commence aussi à peser et je prends sur moi pour aller faire les premières courses afin de pouvoir débuter véritablement l’aventure dans des conditions optimales dès le lendemain matin. Je retrouve donc Walmart (qui n’était franchement pas dingue à Vegas, surtout pour le rayon camping), et me dirige vers mon premier Airbnb du séjour. Une bonne douche, préparation des affaires pour le lendemain, organisation de la voiture et au lit ! Le stress retombe, je suis sur place, je peux enfin me mettre en mode ‘’profitage’’.
Dès le lendemain matin, je vais découvrir l’un des gros avantages d’être en solo : choisir mes horaires. Pas besoin de se caler sur le rythme de quelqu’un d’autre, je peux commencer la journée aussi tôt (ou tard) que je le souhaite. J’expérimente la conduite en pleine nuit aux US et je suis surprise du nombre de voitures présentes sur la route si tôt le matin. Il est vrai que je suis dans une grande ville, mais j’ai été étonnée quand même. Au fil des miles, j’apprivoise la voiture qui est finalement très confortable à conduire et qui me permettra d’avaler les nombreuses centaines de miles pour les 50 prochains jours.
Ma première visite a été pour Valley of Fire, un petit state park, mais non des moindres. D’ailleurs, ceux-ci seront une très bonne pioche tout au long du voyage. Moins fréquentés que les National Parks, ils n’en sont pas moins magnifiques et les visites y sont souvent plus libres. En effet, dans la majorité de ceux visités, j’ai pu vagabonder sans devoir rester sur des sentiers préétablis. Non pas que cela me pose problème dans les NP, je suis même totalement pour ces aménagements qui permettent de préserver la faune et la flore du passage touristique. Il n’en reste pas moins appréciable de pouvoir découvrir avec plus d’autonomie des lieux qui ne nécessitent pas ces régulations. Par ailleurs, j’ai globalement préféré les campings dans les SP, où les infrastructures sont très bien tenues et où les douches sont souvent présentes et inclues dans le tarif de la nuitée.
Les premiers jours du voyage ont été un peu particuliers, entre la joie d’être de retour aux US après des mois d’anticipation, et l’impression de ne pas en profiter comme il se doit. Je me suis mise énormément de pression au début : ‘’profiter à fond de chaque journée’’, ‘’suivre le programme établi’’, ‘’rester dans les lignes du roadbook pour ne pas se confronter à des stress inutiles’’, etc. Dès le premier jour par exemple, je m’en suis voulu de faire une pause dans l’après-midi et donc de ne pas profiter du parc à fond, alors que je venais de faire un long voyage, de me lever à 4 heures du matin et de faire une randonnée toute la matinée.
J’ai également rencontré très rapidement les premiers imprévus du voyage, et la nécessité d’y faire face toute seule, sans personne à qui demander l’avis ou l’approbation. Je pense notamment aux campings de Joshua Tree qui étaient complets lorsque j’y suis arrivée et la nécessité de trouver un logement de dernière minute. Dans les faits, rien de bien compliqué avec la magie d’Internet, mais je me suis mis énormément de pression quant au fait dépenser de l’argent ‘’non prévu’’, au point de me faire rater une demi-journée de visite à cause de la contrariété que cela a entraîné pour moi. Dans mon quotidien j’aime prévoir, me renseigner au maximum avant de m’engager en terrain inconnu. La routine me rassure et me permet de garder une ligne de base à laquelle me raccrocher lorsque je perds pieds émotionnellement. Ce voyage m’aura appris à lâcher du lest, et bien que cela ait été très dur au début, j’en tire la leçon que de belles choses peuvent survenir dans la spontanéité.
Durant les premiers jours du voyage, les matinées étaient souvent bien vécues, avec des randonnées, des visites, de l’énergie, l’envie d’explorer et de découvrir, etc. A l’opposé, la fatigue survenant en début d’après-midi entraînait la nécessité de faire une pause et je m’en suis voulu de ne pas profiter à fond de chaque instant, de ne pas exploiter chaque minute de ce voyage.
Pourtant, qu’est-ce que le temps perdu ? Qui suis-je pour le définir ainsi ? Quelle arrogance, de croire que l’on peut perdre quelque chose qui ne nous appartient pas. Le temps ne se gagne, ni ne se perd, il se vit. Il est rempli de paradoxes, s’étirant à l’infini lorsque chaque seconde nous paraît durer une éternité, ou filant à la vitesse de l’éclair, les heures disparaissant en l’espace d’un instant. Pourquoi seuls les moments extraordinaires mériteraient qu’on leur porte toute notre attention ? Ne peut-on pas s’extasier dans chaque seconde ? Aimer l’ordinaire ?

Ici, à l’autre bout du monde, sans aucune attache, libre de mes mouvements et mes choix, je me suis sentie prisonnière de moi-même, de mes doutes, mes injonctions, mes règles, mes limites. Les sentiments contradictoires de savoir que je pouvais tout affronter seule, et la lassitude de le faire. Peut-être que ces premiers jours étaient la prémisse de tout ce qui allait se jouer durant ce voyage. L’angoisse ressentie sur cette longue route solitaire en ligne droite, l’horizon s’étendant de manière rectiligne à l’infini, une métaphore de ma peur de vivre une vie qui serait déjà toute tracée. Je me suis sentie claustrophobe dans l’immensité, et j’ai aussi détesté retrouver la civilisation, ne parvenant à me connecter au train-train quotidien. J’ai ressenti le sentiment de ne pas être à ma place, et d’être perdue face à ce qu’elle devrait, ou pourrait être.
Ce voyage allait être l’opportunité pour moi d’aller par-delà les limites que je m’étais fixées. Lever le voile sur des peines précieusement sellées. Me confronter à moi-même, me remettre en question et plonger au plus profond de mon être. Je ne sais pas si je crois au karma, à la destinée, ou même si les choses arrivent au bon moment. Peut-être que les choses arrivent, tout simplement, et que nous en créons l’impact souhaité. Toujours est-il, que c’est durant cette période de questionnements, à plusieurs milliers de kilomètres de chez moi, emplie d’un sentiment de solitude profonde, que j’ai rencontré Anna. Quand je me suis fixé l’objectif d’aller à la rencontre des gens lors de ce roadtrip, loin étais-je de m’imaginer à quel point celui-ci allait être atteint.
Anna, c’était d’abord une simple réservation d’un Airbnb tout autre, mais dont la réservation a été annulée par l’hôte deux jours avant ma venue, m’obligeant à trouver un plan B. Quand j’ai reçu un message d’Anna le jour de mon arrivée, me demandant si je souhaitais dîner avec eux le soir venu, mon premier réflexe a été de dire ‘’non merci’’. Prenant encore mes marques avec les US, parler aux locaux restait un challenge de chaque instant, ma timidité me demandant des efforts décuplés pour aller à la rencontre des gens. Heureusement, l’avantage de devoir écrire une réponse plutôt que de la dire en quelques secondes est que cela nécessite une réflexion et n’est ainsi plus un automatisme. Le temps pour mon cerveau de se remémorer mon défi social, et ainsi de répondre ‘’oui, merci beaucoup, à bientôt’’. L’organisation de ce voyage aura voulu que je passe deux nuits sur place, un des rares Airbnb où ça aura été le cas. Ce timing m’a donné l’opportunité de passer plus de temps auprès de toute la famille, où j’ai été accueillie à bras ouverts.
Opter pour des Airbnb plutôt que des hôtels a été une incroyable opportunité de faire des rencontres. Bien que celle avec Anna ait été un véritable coup de cœur, j’ai pu rencontrer d’autres personnes sympathiques et intéressantes au cours du séjour. Bien sûr, en étant une femme seule à l’autre bout du monde, je suis restée vigilante sur les réservations : bonne notation, réservations multiples déjà faites, prendre idéalement des hôtesses féminines ou en famille (même si ça n’empêche rien). Pour moi, le bénéfice/risque de loger en Airbnb penche largement en faveur du Airbnb.
Au-delà de la rencontre humaine avec Anna et sa famille, ces deux nuits un peu plus posées en mode ‘’vie familiale du quotidien’’, m’ont aussi permis de me recentrer un peu sur moi et de me rendre compte à quel point je perdais de l’énergie en ne mangeant pas correctement. En effet, entre le décalage horaire, l’excitation et le stress, le fait d’être accaparée par la découverte, la faim se faisait rarement ressentir et sur le début du voyage, j’ai grignoté plus que je n’ai mangé. Avec du recul, ce sera un point de vigilance à avoir pour un prochain voyage, car il est nécessaire de reprendre de l’énergie en ingérant de la nourriture correcte – d’autant plus que de manière générale, j’ai un régime alimentaire globalement sain. Entre l’esprit camping/repas tiré du sac et la malbouffe USienne, j’étais bien loin de mon alimentation normale et je pense que cela a grandement contribué à ma fatigue des premiers jours.
Entreprendre cette aventure en solo a également soulevé un autre point clé : celui de la motivation lorsqu’on voyage seul.e. En effet, pas toujours facile de continuer à se pousser à aller plus loin, à continuer les visites, à explorer encore un peu plus lorsque la flemme s’installe et qu’il n’y a personne à côté pour nous pousser. Ceci a encore une fois été particulièrement vrai en début du voyage, où je n’ai clairement pas exploité chaque journée pleinement. Néanmoins, l’inverse est vrai également : les jours où je souhaitais continuer au-delà du programme imaginé, ou modifier l’ordre de certaines visites, etc. je n’avais que mes envies à prendre en compte, ce qui était très appréciable.
Avec le recul, je pense que la plus grosse difficulté du voyage en solo pour moi a été le temps qu’il m’a fallu pour réellement me ‘’mettre dedans’’ et profiter pleinement des visites. Le temps de lâcher prise sur les aléas, mais aussi de retrouver des lieux qui ont été beaucoup plus attractifs à mes yeux et m’ont fait renouer avec mon amour pour les paysages nord-américains. Le déclic est survenu au bout d’une quinzaine de jours, lorsque j’ai retrouvé les roches rouges du Canyon De Chelly, puis de Canyonlands. Attention, cela ne veut pas dire que je n’ai pas apprécié les visites précédentes, il y en a d’ailleurs certaines que j’ai vraiment adoré, mais le stress et l’adaptation était encore prédominants dans mes journées.

Voyager en solo, aller à la rencontre de lieux déserts (comme De-Na-Zin par exemple), a provoqué des émotions très fortes. Le sentiment accru d’être insignifiante face à l’immensité du monde. Les questions qui s’enchaînent : Quelle est ma place sur terre ? Mon rôle ? Mon impact ? Le sens de ma vie ? L’emprise que j’ai dessus, ce que j’ai envie d’en faire ?
Se perdre, errer, vagabonder dans de tels lieux m’a confrontée de plein fouet à l’éphémérité de la vie. Ici, il suffirait d’un faux pas, littéralement, pour se retrouver bloquée et potentiellement se mettre en grand danger. Cela force à respecter la vie et pousse à la remise en question : si tout s’arrêtait ici et maintenant, quel serait mon sentiment ? Pourrais-je dire que j’ai profité de mon temps sur Terre ? Que je suis fière de qui je suis devenue ? Aurais-je des regrets ? Serais-je en paix ? Que laisserais-je derrière moi ?
La vie est si longue et si courte à la fois. Nous sommes immenses et insignifiants, dans un paradoxe éternel. Immense par les millénaires d’évolution génétique qui se sont enchaînés pour parvenir à nous créer tels que nous sommes aujourd’hui. Insignifiants par notre taille face à la grandeur infinie de l’univers et de l’espace-temps dans lequel nous existons. Durant ce périple, j’ai traversé les Etats, avalé des milliers kilomètres, contemplé des paysages qui s’étendaient à perte de vue sur 360° sans y apercevoir une seule trace humaine. Pourtant, je n’ai été témoin que d’une part infinitésimale de monde.
Quelle importance donne-t-on aux choses ? Cette question m’a poussée à un nouveau paradoxe, celui de me recentrer sur moi-même, dans une profonde introspection, tout en m’ouvrant au monde, m’imprégnant de tout ce qu’il avait à m’offrir. J’ai pris le temps de vivre les moments de ce voyage. De m’arrêter pour exister dans l’instant. Ouvrir mes sens à ce qui m’entoure, et les laisser inscrire ces moments en moi pour m’en souvenir, viscéralement.

Durant ce voyage, j’ai appris à danser sous la pluie – littéralement et figurativement. A accepter de ne pas toujours tout contrôler et à trouver du plaisir dans les aléas. A miser sur la spontanéité et la surprise des plans B, C ou D.
J’ai aussi perdu la notion du temps. En 50 jours de voyage, rares étaient les jours où je savais exactement au combientième j’en étais, ou combien il m’en restait. J’ai aimé pouvoir barouder de la sorte, sans mettre la pression des « déjà X jours écoulés » ou « plus que Y jours restants ».
J’ai aimé allier des moments physiques de randonnées, et des moments plus posés. Prendre le temps de participer aux présentations proposées par les rangers, de regarder les vidéos des visitor centers, de lire les panneaux explicatifs. Bien qu’ayant déjà bien préparé les visites en amont en termes de recherches historiques, on trouve toujours des informations complémentaires sur place, ou encore des anecdotes des personnes vivants sur place, ajoutant ainsi une richesse aux lieux devant lesquels nous pourrions autrement passer en en ignorant totalement la mémoire.
Alors que j’ai été envoûtée par de nombreux parcs et paysages, j’ai eu beaucoup de mal à apprécier les visites de villes, ou même de petits villages plus intimes. J’ai par exemple aimé l’architecture du Nouveau-Mexique, mais seuls quelques endroits m’ont plu, la plupart restant de simples points de passage pour moi, ne me laissant pas de souvenirs impérissables. J’ai détesté Las Vegas, j’ai tiré un trait sur des visites de villes initialement prévues. Globalement j’ai trouvé que malgré le nombre plus important de personnes présentes, les échanges humains y ont été beaucoup plus rares. C’est en effet dans les parcs, au détour d’une randonnée, ou dans les points de chute où j’ai passé la nuit, que j’ai fait les plus belles rencontres. Dès les premiers jours sur le pas de la porte au motel de Joshua Tree, ou au détour d’un sentier où il n’y avait pas foule, à chaque fois, j’ai eu l’opportunité de discuter pendant plusieurs minutes avec les personnes croisées. J’impute cela à deux facteurs. Le premier étant celui d’être seule qui attise la curiosité des gens, et qui m’a sans doute rendue plus accostable comparativement à un groupe. Le second étant celui d’aller dans des lieux moins courus. Encore une fois, on entame bien plus facilement la discussion en croisant une seule personne, que lorsqu’on en croise à la queue-leu-leu. Il y a aussi eu certains facilitateurs de conversations, comme lorsque les gens avaient des chiens qui venaient à ma rencontre, que je rencontrais quelqu’un d’autre qui prenait des photos sans déclencher à l’aveugle, mon K-way TWOLHA, ou encore des passages difficiles de randonnée où l’entraide était toujours très présente. J’ai été très facilement inclue dans des conversations – ou plus. Je pense notamment à l’invitation au restaurant lorsque j’ai rebroussé chemin à White Domes, qui s’est même transformée en invitation à dormir chez Patty quelques jours plus tard. J’ai partagé des petits-déjeuners lors de nuits en camping privé, passé toute une randonnée à trois plutôt que seule, retrouvé une randonneuse dans un bar en fin de journée. On m’a offert des repas partagés, cuisiné des scones (merci Hans), proposé des joints (merci mais, non merci), offert un petit chien en ballon pour me tenir compagnie sur la route, rendu mon téléphone laissé dans les espaces communs d’un camping…
Et bien entendu, la connexion bouleversante avec Anna (et sa famille). Outre la première rencontre des deux premières nuitées qui a créé la première étincelle de notre amitié, nous avons poursuivi les échanges par des discussions très profondes par messages durant les jours suivants mon départ de leur maison. Pour en avoir reparlé plusieurs mois plus tard, nous avons le sentiment réciproque de s’être rencontrées au bon moment. Grâce à cette relation hors normes, j’ai eu la confiance nécessaire pour me tourner vers elle lorsque je me suis retrouvée en difficulté durant le voyage.

Avant d’entamer la rédaction de cette conclusion, j’ai relu le carnet, mais j’ai sauté les étapes du Grand Canyon. A la fois, parce que les souvenirs sont encore tellement vifs que je n’ai pas besoin de me reposer sur des traces écrites, mais aussi parce que j’ai besoin de me tenir un peu à distance des mots que j’ai écrits pour ne pas m’y perdre. Les journées vécues dans ce parc ont été intenses en émotions. Entre l’anticipation et l’excitation immenses qui se sont progressivement amplifiées avant de retrouver ce parc qui compte tant pour moi, le projet fou de faire la randonnée au fond de ses entrailles, l’assurance quelques jours plus tard de pouvoir me confronter à ce challenge lorsque j’ai obtenu le précieux sésame pour le camping de Bright Angel… Puis la redécouverte puissante de ce paysage après avoir fait durer pendant plusieurs heures l’approche jusqu’au bord du précipice. Le réveil après un semblant de nuit dans la voiture, les derniers préparatifs, l’électricité palpable dans la navette de bus qui emmène ses passagers jusqu’au départ de la randonnée. Le défi physique de porter pour la première fois un sac aussi lourd et de faire un dénivelé aussi important. La découverte d’un tout autre Grand Canyon que celui que l’on appréhende par ses sommets. La répétition d’un mantra pour continuer à marcher, un pas après l’autre, malgré les épaules douloureuses (pain is a dream). Le sentiment grisant d’apercevoir le pont traversant le Colorado pour la première fois après plusieurs heures de marche. L’euphorie d’arriver au camping et de choisir son emplacement, de planter la tente dans un environnement époustouflant et de s’y prélasser en profitant des sons environnants. L’ambiance partagée au fond du Grand Canyon, avec ce sentiment de faire partie d’un petit groupe privilégié pouvant passer la nuit ici. Encore une fois, les moments de partage si précieux. Le réveil en pleine nuit pour remballer ses affaires et entamer la remontée appréhendée. Les premiers kilomètres à la lampe frontale, vivant le Grand Canyon dans une tout autre ambiance, les sens étant décuplés dans la nuit. Entendre plus qu’apercevoir le Colorado qui s’écoule inlassablement à quelques mètres. Deviner l’empreinte d’un animal sauvage dont on pourrait être la proie. Voir les premiers rayons du soleil éclairer le sommet des falaises rocheuses qu’il faudra lentement remonter durant les prochaines heures. Vivre ces instants pour soi toute seule pendant toute la première partie de la randonnée. Profiter de chaque son, chaque relief, chaque odeur ; l’humidité de la rosée, l’air frais de la nuit. Mon âme s’est envolée et a virevolté tout autour de moi, me connectant à la vie de la nature environnante.
La fatigue physique demandant de se pousser mentalement sur les derniers kilomètres, et le sentiment d’accomplissement incroyable en atteignant le sommet sous les encouragements des visiteurs présents le long des derniers lacets. Le calme qui m’a enveloppée lorsque j’ai regagné ma voiture et continué à visiter lentement les alentours.
Puis la dégringolade. Le rêve éveillé qui a volé en éclats.
Avant de partir, je ne craignais pas les dangers de partir seule en tant que femme. Je savais statistiquement et personnellement, que le risque d’agression d’un inconnu était bien moindre comparativement à une personne proche. J’avais la croyance erronée (au mieux) ou la fierté stupide que s’il devait arriver quelque chose, je ne ‘’serais pas à ça près’’ et que je saurais gérer. La vie a parfois une manière bien curieuse de nous confronter à nos erreurs. Peut-être avais-je besoin de cette claque pour ouvrir les yeux sur ce qu’il en était vraiment de ma ‘’guérison’’. Avec le recul, je prends conscience que rien de grave ne s’est passé au Grand Canyon. Alors attention, je ne cautionne en aucun cas ce qui s’est passé et je ne cherche pas à la banaliser ; il est grand temps que les choses changent par rapport à tout ça. Cependant, j’ai en apparence bien géré les choses, et aurais pu les gérer jusqu’au bout. Je n’ai jamais été réellement en danger, étant toujours dans des lieux avec pas mal de gens autour et j’aurais aisément pour alerter n’importe qui de la situation. Le réel danger a été moi-même, et ma réaction émotionnelle. J’ai paniqué, à la fois en prenant conscience que je ne serais pas capable de gérer un nouveau trauma, n’étant encore absolument pas remise des précédents, malgré tout ce que je voulais bien me dire jusqu’ici. J’ai également eu peur de ce qu’allaient être mes réactions à postériori, n’ayant pas toujours géré ces moments de difficultés de manière très saine, privilégiant des comportements auto destructifs. C’est en après-coup que je me rends compte à quel point ce voyage, et les mois de thérapie le précédent, m’ont fait évoluer. Pour la première fois, je me suis retrouvée dans un environnement me permettant de – et où je me suis moi-même autorisée à – me tourner vers quelqu’un pour m’aider. Cela a même été une réaction quasi-immédiate, en tout cas, j’ai automatiquement pensé à la possibilité de joindre Anna. J’ai tout de même tergiversé un peu avant d’effectivement agir en ce sens, et merci encore à Cessie d’avoir fait l’intermédiaire et d’avoir transmis le message à Anna. Après avoir pris connaissance de mon message, celle-ci n’a d’ailleurs pas hésité une seule seconde à me dire de venir, me demandant simplement dans combien de temps je serai chez elle.
Passer ces quelques jours avec elle a véritablement marqué un tournant dans ma vie. J’ai pu me sentir en sécurité, prendre le temps de m’apaiser dans un environnement bienveillant, et me recentrer émotionnellement pour repartir sur de nouvelles bases. Elle m’a inclus dans son quotidien, sans jamais me mettre la pression, et nous avons partagé de très chouettes moments de discussion et de vie quotidienne. Cela m’a permis de me ressourcer et de reprendre des forces, entraînant la décision de retourner au Grand Canyon comme je l’avais prévu sur la rive nord, et de ne pas rester sur cette mésaventure.
Ce retour dans le parc a été une tornade émotionnelle, dont je suis ressortie avec de nouvelles perspectives. Là-bas, j’ai déconstruit quelques-uns de mes piliers fondateurs, me laissant entourée de débris instables. J’ai implosé, faisant voler en éclats certaines de mes certitudes, me laissant écorchée vive. J’ai éclaté en sanglots, laissant les entrailles du canyon emporter mes larmes au soleil couchant. J’ai vécu le plus beau lever de soleil de ma vie en ce lieu, avec lequel je resterai à jamais intimement liée.
Je l’ai quitté changée et ai poursuivi ce voyage de vie avec une envie encore plus forte d’exploration.

Quelques jours plus tard, je retrouvais Zion, mon autre grand coup de cœur de l’Ouest américain (d’ailleurs, pour la petite anecdote, quelques mois plus tard, je devais adopter une petite chienne que j’aurais appelée Zion, mais elle est malheureusement morte quelques semaines après sa naissance). Là aussi, j’ai redécouvert le parc, pris le temps de l’explorer au maximum malgré une météo largement défavorable. Cela ne m’a que renforcée dans l’envie d’y retourner encore une fois.
La dernière grosse partie du voyage a été consacrée aux deux géants : Grand Teton et Yellowstone. J’ai clairement hésité avant de les mettre au programme, craignant d’être déçue par ces parcs, me demandant s’ils n’étaient pas survendus. Heureusement, je me suis dit qu’en 50 jours de voyage, ce serait dommage de ne pas saisir l’opportunité de faire ce ‘’détour’’ par le Nord. L’énergie se dégageant de ces deux parcs est indescriptible. L’ambiance que j’ai retrouvée à Grand Teton, avec une météo catastrophiquement chargée, a rendu les lieux mystiques. A Yellowstone, j’ai littéralement vibré, tous les sens y étant appelé. J’ai ressenti la puissance géothermique sous mes pas, et j’ai été transportée par la proximité de la vie sauvage. Je frissonne encore au souvenir des hurlements des loups partant à la chasse, ou à l’adrénaline de se retrouver presque nez à nez avec un ours.

Le voyage s’est terminé en apothéose, avec le concert de Lady Gaga. Incapable de retenir mes émotions, j’ai (enfin) tout lâché. Je me suis laissé inonder par mes joies et mes peines. J’ai cessé la lutte contre mes émotions et les ai accueillies comme un cadeau, une opportunité de vivre pleinement.
Epilogue
Deux ans et demi après le retour en France, je continue à apprendre de cette incroyable aventure. Les premiers mois après le retour ont été parmi les plus compliqués de ma vie. J’ai traversé une longue période de dépression sévère, où malgré la thérapie, l’hygiène de vie, les médicaments, rien ne semblait me raccrocher du côté de la vie. J’ai longuement préparé mon départ de ce monde, rédigeant avec soin des lettres pour celles que je laisserais derrière. J’ai anticipé une deadline – ayant encore l’impératif d’être là pour le mariage de ma meilleure amie où j’étais témoin.
J’ai réussi à passer ce cap, et à retrouver progressivement goût à la vie. J’ai décroché un nouvel emploi où j’ai rencontré de chouettes collègues. Nous avons vécu les débuts de la pandémie ensemble, ce qui a rapidement resserré nos liens. Malheureusement, cela s’est soldé par un échec cuisant. J’ai vécu 72 heures terribles, où j’ai eu peur de ce que j’aurais pu m’infliger. Heureusement, je ne suis pas impulsive, et j’ai passé ce cap.
Aujourd’hui, j’apprends toujours à me connaître et à vivre avec moi-même. J’ai accueilli une petite chienne dans ma vie, qui a clairement changé mon quotidien et m’impose de rester du côté de la vie. Elle remplit mon cœur d’amour et de joie chaque jour.
Je continue à me lancer dans des projets et des défis, tâtonnant au rythme de mes envies. Je suis partie à l’autre bout de la France pendant plus d’un an, et revient en Alsace dans quelques jours. J’aime la routine autant que le changement, j’ai envie de me poser autant que j’ai envie de liberté. J’accepte ces polarités.
Rédiger ce carnet m’a fait prolonger le voyage. Le rythme d’écriture s’est allongé au fil des mois, avec le regret de voir le forum délaissé face à la situation mondiale. En relisant rapidement mon carnet, je me suis rendu compte à quel point les commentaires se sont fait de plus en plus rares au fil des publications, ce qui a été un peu dommage (je ne parle pas en termes de ‘’vues’’, mais par rapport à la richesse des échanges que l’on retrouve sur les carnets en temps normal).

Mes envies pour la suite ? Pour l’instant, difficile pour moi de me projeter concrètement dans un retour aux US. A la fois par rapport à ma situation de vie (ne pas imaginer laisser Asha, ne pas savoir où j’en serai professionnellement et personnellement dans quelques mois) et la situation ‘’covidienne’’ irrésolue pour l’instant.
Néanmoins, les projets sont là, même s’ils ne sont pas pour dans l’immédiat. Premièrement, je penche très clairement en faveur d’un nouveau voyage en solo. Pour ce qui est de la durée, au-delà des contraintes logistiques (possibilité de congés, etc.), je ne sais pas encore quelle durée est-ce que je privilégierai, tout dépendra du projet.
Dans tous les cas, je sais qu’il sera important de bien le réfléchir en termes de flexibilité (oui, j’ai pris goût à la spontanéité et à la magie des rencontres/opportunités au fil des jours), mais aussi de réservations de permis pour certains lieux. Il faudra aussi que je sois vigilante quant à la balance entre explorations physiques et temps plus lights. J’ai en effet quelques projets un peu plus ambitieux en termes de randonnées. Pour en citer les principaux :
J’ai clairement envie de refaire la randonnée au fond du Grand Canyon, cette fois-ci en version RIM to RIM, avec un départ sur la rive nord, et un temps plus long passé au fond pour pouvoir randonner en bas aussi.
J’aimerais bien tenter les Narrows à Zion sur 2 jours, il me semble qu’il y a la possibilité d’y bivouaquer avec un permis. Toujours à Zion, j’ai très envie de faire le west RIM trail, et de refaire le Subway (en solo). J’ai aussi une revanche à prendre avec certaines randonnées en interne.
Je veux remettre la randonnée avortée des White Domes au programme, ayant bien aimé la première partie.
J’aimerais aussi prévoir une ou deux randonnées en bivouacs dans des coins pas trop fréquentés, histoire de me mettre au défi un cran plus haut. Peut-être aux alentours de Canyonlands, Capitol Reef et Sedona ?

Pour les nuitées, la météo pourrie de 2019 m’aura servie de leçon. Pour le prochain voyage, je prendrai une voiture un peu plus grande, pour pouvoir y rabattre les sièges et y dormir confortablement si les nuits en camping sont trop fraîches pour être faites en tente (ne pas avoir pu profiter des couchers/levers de soleil dans les parcs est clairement le plus gros regret du voyage). Cependant, je souhaite clairement prévoir en amont un mix entre camping et AirBnb.
Bien entendu, rendre visite à Anna est dans le top des priorités aussi ! D’ailleurs, nous continuons à échanger régulièrement… comme quoi, toutes les rencontres aux US ne sont pas ‘’superficielles’’. J’ai aussi continué à parler pendant quelques mois à David, le fils de Patty chez qui j’avais logé à Zion, mais j’avais moins accroché avec sa personnalité. Je n’ai échangé que quelques mails avec Loren avant que la correspondance ne cesse.
Pour ce qui est de nouveaux lieux à découvrir, j’ai envie de pousser l’exploration vers le Nord, avec une incursion au Canada. Je pense notamment à Glacier, Banff, Jasper, toute cette région-là (qui me permettrait de justifier un nouveau passage par Yellowstone/Grand Teton). Cela m’imposerait une durée de voyage suffisamment longue pour pouvoir les intégrer à un passage en Utah/Arizona, parce que clairement, pour moi, il est actuellement inenvisageable de faire un voyage dans l’Ouest sans aller vers les roches rouges (et oui, au Grand Canyon).
Enfin, pour un projet beaucoup plus conséquent et sur le plus long terme, j’ai l’espoir de pouvoir un jour me sentir suffisamment en forme pour faire le fameux Pacific Crest Trail.
272 pages word plus tard et 4 comptes Flickr créés pour héberger toutes les photos pour le carnet, il est maintenant temps de le clôturer. Merci de m’avoir suivie dans mes aventures (en direct ou en différé), j’espère que ce carnet vous aura plu.
Au plaisir de pouvoir échanger quelques ultimes commentaires sur la conclusion de ce voyage.

Point final.
Anaïs
USA :
Les classiques de l'Ouest en 3 semaines pour un premier road trip entre amies : 3 semaines dans l'Ouest - L'aventure en camping - Septembre 2017
51 jours en solo dans l'Ouest : Rock the Blues Away
Around the world :
Dolomites septembre 2022 : Au pays de la Fiat Panda et du poker routier
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Les classiques de l'Ouest en 3 semaines pour un premier road trip entre amies : 3 semaines dans l'Ouest - L'aventure en camping - Septembre 2017
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lou1507
- Ours trop mimi
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- Inscription : 03 oct. 2017, 13:39
- Site internet : https://www.myatlas.com/LJL51
Re: Rock the Blues Away
Bonjour Anais et encore merci pour ce magnifique carnet.
Déjà deux ans et demi... je me souviens pourtant quand je regardais tes vidéos ou photos sur Facebook le matin, cela ne me parait pas si loin.
C'est une expérience totalement hors du commun, mais aussi très intime que tu nous as fait partager à travers ce carnet et j'espère qu'aujourd'hui les heures sombres sont un peu oubliées au profit des plus beaux souvenirs ( quelles superbes photos encore !).
Je te suivrai avec intérêt si tu repars en voyage solo ou pas aux USA, même si j'avoue suivre plus facilement les carnets européens en ce moment, n'ayant pas de projet américain dans les 2-3 années à venir ( à moins qu'on se décide pour New York en 2023...)
Merci encore pour le partage !
Déjà deux ans et demi... je me souviens pourtant quand je regardais tes vidéos ou photos sur Facebook le matin, cela ne me parait pas si loin.
C'est une expérience totalement hors du commun, mais aussi très intime que tu nous as fait partager à travers ce carnet et j'espère qu'aujourd'hui les heures sombres sont un peu oubliées au profit des plus beaux souvenirs ( quelles superbes photos encore !).
Je te suivrai avec intérêt si tu repars en voyage solo ou pas aux USA, même si j'avoue suivre plus facilement les carnets européens en ce moment, n'ayant pas de projet américain dans les 2-3 années à venir ( à moins qu'on se décide pour New York en 2023...)
Merci encore pour le partage !
USA
Carnet 2019 : 26 jours à la découverte des mystères de l'Ouest
EUROPE
Budapest en duo, février 2019
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Jo89
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Re: Rock the Blues Away
Je n’ai pas encore tout lu car tu as été prolixe mais en tout cas, je retiens que c’est depuis la Belgique que tu as commencé à consulter Roadtrippin

À bientôt pour la suite
À bientôt pour la suite
Mes carnets:
D'Est en Ouest en passant par le centre
USAmazing, 6200 km à l'Ouest
Washington, j'aurais voulu dormir chez Potus et Flotus
USAmazing le retour, 7800 km à l'Ouest
USAmazing clap 3ème... 4200 km à l'Ouest
New Amsterdam février 2015 (New-York City)
D-Day 75th Anniversary - une semaine en Normandie autour du 6 juin et une rencontre avec les Rossies
D'Est en Ouest en passant par le centre
USAmazing, 6200 km à l'Ouest
Washington, j'aurais voulu dormir chez Potus et Flotus
USAmazing le retour, 7800 km à l'Ouest
USAmazing clap 3ème... 4200 km à l'Ouest
New Amsterdam février 2015 (New-York City)
D-Day 75th Anniversary - une semaine en Normandie autour du 6 juin et une rencontre avec les Rossies
Re: Rock the Blues Away
Bonjour Anais,
Le voici donc ce point final a ton carnet, ou devrais je plutôt ton récit de la grande aventure que tu as vécu! Deux ans et demi déjà que le voyage a eu lieu
Comme le dit Lou', j'ai moi aussi l'impression que tu as commencé il n'y a pas si longtemps que ça. Je ne dirais pas que c'était hier mais presque
Je me rappelle encore quand tu parlais de ton projet sur le forum. Partir aussi longtemps, wow quel projet
Je voudrais en tout cas à nouveau te remercier pour ce carnet! Comme je l'ai déjà écrit (enfin je crois
), c'est vraiment un carnet de référence sur les voyages dans l'ouest! Les lieux visités, les photos, et surtout le récit! Il est vraiment passionnant, et je dois avouer que souvent le rythme de publication ne suffisait pas ...
Je dois également reconnaitre que la crise sanitaire a aussi parfois freiné la lecture. Je fais partie de ceux qui ont été moins assidu au fil du temps
Le manque de perspective de retour, et l'occupation au quotidien (en télétravail j'ai bcp plus bossé
) font que je lisais parfois plusieurs journées d'un coup plutôt qu'à chaque publication
Mais tjrs avec ce même plaisir
Et là où je voudrais te remercier plus spécifiquement c'est pour avoir été aussi franche avec tes émotions! Tu as bcp de recul sur toi même, et tu as le don de pouvoir mettre des mots sur tes émotions! Je dois reconnaitre que de mon côté c'est quelque chose que je n'arrive pas à faire (de manière générale, je ne suis pas vraiment émotif d'ailleurs, sans que je sache si c'est bien ou pas
). Et justement en te lisant, même si nos expériences sont totalement différentes, j'ai reconnu certains éléments et ça m'a rappelé des émotions. Je pense en particulier à tes premiers jours de voyage et cette sensation de devoir profiter à fond, sans savoir finalement ce que cela veut dire
Et il y en a d'autres évidemment, et je pense que c'est le tour de force de ton carnet: parvenir à faire ressentir et/ou évoquer des émotions aux lecteurs
Un grand merci
Si je peux permettre, je voudrais te poser 2 questions sur ton voyage, ou plutôt ton retour. Tu n'es évidemment pas obligée de répondre car c'est assez personnel
La première c'est comment tu as géré ton retour à la "réalité"? Je te pose cette question car au retour de mes voyages aux USA, je ressens comme un vide. Souvent mes parents me déposent chez nous, on parle quelques minutes, ils s'en vont, et cela sonne comme la fin du voyage. Et là je me retrouve dans cet environnement si familier mais qui, pourtant, me semble si étranger. Et je ne sais pas quoi faire. Comme si je n'avais plus rien à faire
Pr contrer cela, je reprends le boulot le plus vite possible. Et généralement le vide part bien vite, et laisse place à la routine d'avant voyage, même au fond mon boulot a une certaine vacuité. Mais je crois que si après le voyage, je devais retrouver une activité, cela serait vraiment très, très dur
Je ne suis pas sur que ce serait quelque chose que j'oserais tenter !
Ma deuxième question, et elle est pet être rélié à la précédente, c'est par rapport au titre de ton carnet. Je me trompe peut être, mais je l'ai interpreté comme "chassez le blues". Comme si ce voyage était aussi une tentative pour toi de chasser ton blue. C'est d'ailleurs un peu le message de ton premier post, avec la recherche d'un nouveau départ. En lisant l'épilogue j'ai néanmoins l'impression que sur ce point, le bilan est plutôt mitigé
Je remarque que ce que j'écris ici n'est pas une question
Mais je suis juste intrigué par le titre de ton carnet, et l'épilogue assez douloureux
Encore une fois tu n'es bien sur pas obligée de répondre. C'est vraiment personnel, et je comprends tout à fait
Je suis en tt cas content que tu aies de nouveaux des projets USA
Je comprends que ça va être assez difficile de prévoir le prochaine roadtrip! Pas d'un pt de vue logisitque mais Grand Canyon - Banff Jasper et co c'est le très grand écart
Mais dans la vie tout est possible, et je suis sur que tu réaliseras tes envies dans le futur (fut ce celles là ou bien d'autres car elles évoluent bien sur
)
Encore une fois un grand merci et au plaisir de lire un futur carnet, fut il etatsuniens ou autres
(ou à une future rencontre roadtrippin car tu étais l'organistrice et iniatrice de celle en Alsace
)
Le voici donc ce point final a ton carnet, ou devrais je plutôt ton récit de la grande aventure que tu as vécu! Deux ans et demi déjà que le voyage a eu lieu
Je voudrais en tout cas à nouveau te remercier pour ce carnet! Comme je l'ai déjà écrit (enfin je crois
Et là où je voudrais te remercier plus spécifiquement c'est pour avoir été aussi franche avec tes émotions! Tu as bcp de recul sur toi même, et tu as le don de pouvoir mettre des mots sur tes émotions! Je dois reconnaitre que de mon côté c'est quelque chose que je n'arrive pas à faire (de manière générale, je ne suis pas vraiment émotif d'ailleurs, sans que je sache si c'est bien ou pas
Si je peux permettre, je voudrais te poser 2 questions sur ton voyage, ou plutôt ton retour. Tu n'es évidemment pas obligée de répondre car c'est assez personnel
La première c'est comment tu as géré ton retour à la "réalité"? Je te pose cette question car au retour de mes voyages aux USA, je ressens comme un vide. Souvent mes parents me déposent chez nous, on parle quelques minutes, ils s'en vont, et cela sonne comme la fin du voyage. Et là je me retrouve dans cet environnement si familier mais qui, pourtant, me semble si étranger. Et je ne sais pas quoi faire. Comme si je n'avais plus rien à faire
Ma deuxième question, et elle est pet être rélié à la précédente, c'est par rapport au titre de ton carnet. Je me trompe peut être, mais je l'ai interpreté comme "chassez le blues". Comme si ce voyage était aussi une tentative pour toi de chasser ton blue. C'est d'ailleurs un peu le message de ton premier post, avec la recherche d'un nouveau départ. En lisant l'épilogue j'ai néanmoins l'impression que sur ce point, le bilan est plutôt mitigé
Encore une fois tu n'es bien sur pas obligée de répondre. C'est vraiment personnel, et je comprends tout à fait
Je suis en tt cas content que tu aies de nouveaux des projets USA
Encore une fois un grand merci et au plaisir de lire un futur carnet, fut il etatsuniens ou autres
(ou à une future rencontre roadtrippin car tu étais l'organistrice et iniatrice de celle en Alsace
Le Grand Cercle pour un premier voyage aux USA
New York pour un retour aux USA
La Floride (et les Bahamas), pour le rêve américain !
Chicago et Yellowstone, pour un retour dans l'Ouest
La Nouvelle-Angleterre pour un retour dans l'Est !
Californie et Arizona, pour 5 semaines de découverte!
Around the world : Sud-Est Angleterre, Escapade italienne
New York pour un retour aux USA
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- stseiya
- Eléphant de mer pépère
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Re: Rock the Blues Away
coucou Anaïs merci pour ta franchise et de partager avec nous toutes tes émotions (quelque chose que je suis bien incapable de faire, je ne me pose pas autant de questions sur moi même). Assez chamboulé d'apprendre ce à quoi tu as pensé à ton retour, on est là devant son écran, on réponds sur les carnets, on plaisante et en réalité on ne sait pas ce qu'il se passe dans la tête de la personne de l'autre côté de l'écran !
On s'est pourtant déjà rencontré en vrai et pas mal discuté mais je n'ai pas ressenti ce côté plus noir, tu avais pleins de projets. J'espère que ta chienne t'aide à faire passer ces idées noires !
J'apprends que tu rentres chez toi, tu ne t'es pas habituée au Lot ? nous y sommes allés en vacances et de mémoire c'est un peu comme le Jura niveau animation.
Concernant les futurs projets on a un peu les mêmes, je pense faire des randos avec un bivouac sur place pour profiter des sunset et sunrise (Yant Flat, white dome, coyote gulch). Par contre le PCT c'est plus de 50 jours qu'il faut prévoir, nous ce sera pas avant notre retraite !
Pour le prochain voyage nous irons dans le nord mais j'ai renoncé au canada pour revenir faire un saut voir les roches rouges de l'Utah, par contre pas de passage au GC de prévu
tu verras si tu te penches un jours sur le nord ouest des USA tu verras que c'est pleins de merveilles !
Au plaisir
On s'est pourtant déjà rencontré en vrai et pas mal discuté mais je n'ai pas ressenti ce côté plus noir, tu avais pleins de projets. J'espère que ta chienne t'aide à faire passer ces idées noires !
J'apprends que tu rentres chez toi, tu ne t'es pas habituée au Lot ? nous y sommes allés en vacances et de mémoire c'est un peu comme le Jura niveau animation.
Concernant les futurs projets on a un peu les mêmes, je pense faire des randos avec un bivouac sur place pour profiter des sunset et sunrise (Yant Flat, white dome, coyote gulch). Par contre le PCT c'est plus de 50 jours qu'il faut prévoir, nous ce sera pas avant notre retraite !
Pour le prochain voyage nous irons dans le nord mais j'ai renoncé au canada pour revenir faire un saut voir les roches rouges de l'Utah, par contre pas de passage au GC de prévu
Au plaisir