De retour d'un mois et demi aux Etats-Unis, je tiens tout d'abord à remercier toute l'équipe du site ainsi que tous ceux dont les posts sur le forum m'ont permis d'organiser ce voyage en très peu de temps. Mon voyage sortant néanmoins un peu des sentiers battus, il y a quelques points sur lesquels je n'ai pas pu trouver de réponses satisfaisantes et je compte notamment tâcher de rendre à cette communauté ce qu'elle m'a donné en faisant un article aussi complet que possible sur les possibilités de camper sans réservation, chose infiniment plus simple que ce qu'on m'annonçait. Mais avant de lancer ce thread sur les campings, voici un compte rendu du voyage.
La première partie que je poste aujourd'hui sera peut-être la plus amusante, mais ne sera pas celle qui fera le plus rêver. Pour les photos de lacs, de chutes d'eau, de geysers, de plages, de côtes battues par l'océan, de montagnes, de canyons, de séquoias, de buildings, de maisons victoriennes, de casinos mégalos, de villes illuminées, de rodéos, d'ours, de bisons, d'antilopes, d'élans... pour tout ça, et tout le reste... il faudra attendre la prochaine entrée. Aujourd'hui nous aurons : du suspense hitchckockien, de la bureaucratie kafkaien, de l'étude de moeurs, de l'aventure et bien d'autres choses encore (bon je m'emballe un peu).
En ce qui me concerne tout a commencé au mois de janvier quand A. et L. (vous m'excuserez de n'employer que des initiales étant donné que je n'ai demandé à personne la permission de parler d'eux) m'ont proposé d'aller à Vienne, projet tombé à l'eau quand ils ont décidé d'aller en Amérique du nord avant les deux ans de leur fils S., pour ne pas avoir à lui payer de billet d'avion. J'ai cru ce projet abandonné lui aussi, et nous nous sommes tout naturellement retrouvés à Londres. Mais le projet américain n'était que repoussé et A. et L. ont lancé un appel à ceux de leurs amis qui voudraient faire un bout de route avec eux, durant leurs quatre mois au Canada et aux Etat-Unis, de juin à octobre. J'ai accepté pour deux semaines, puis trois, pour finalement rester plus de six semaines.
Après deux ou trois mois de préparation intensive de mon côté (mes partenaires n'ont quasiment rien préparé et je me demande comment ils gèrent leur voyage maintenant que je les ai quittés), je suis parti de Lille le 11 juin au matin. Dans l'ensemble, je suis assez content d'avoir fait très peu d'erreurs dans une préparation aussi courte, mais il faut dire que les choses ne commençaient pas très bien. J'avais sans y prendre garde réservé un avion au départ d'Orly, alors que Roissy est beaucoup plus simple d'accès depuis Lille, et j'avais une correspondance à Londres Heathrow, pour laquelle je disposais d'une heure dix avant la fermeture des portes.
Le suspense commence quand mon premier vol est retardé, d'abord de 15 minutes, puis sans délai précisé. Le temps se fait très long. Selon le personnel au sol, le retard sera d'une demi heure. Enfin l'avion arrive, mais la préparation de l'appareil dure, même le personnel de la compagnie s'impatiente. Il devient évident qu'il y a plus de 30 minutes de retard. Après embarquement, l'avion doit encore attendre son tour assez longuement pour pouvoir utiliser la piste. Quand nous decollons nous avons... une heure dix de retard.
L'avion regagne vingt minutes sur le vol. L'enregistrement pour mon deuxième vol ferme à 17h10. Nous atterrissons à 16h50. Heureusement un employé de British Airways me prend en charge ainsi que deux français qui comprennent très mal l'anglais.
Nous devons repasser par la sécurité où se presse énormément de monde. Dans la cohue, j'en profite pour doubler tout le monde, mais les deux autres français ne suivent pas. Il nous faut ensuite retraverser tout le terminal dans l'autre sens, prendre un ascenseur, puis un métro, et encore un ascenseur, enfin remonter encore un couloir, et nous arrivons in extremis pour l'embarquement (je crois qu'ils l'ont laissé ouvert pour nous).
Le second vol s'est déroulé sans rien de notable et je suis arrivé à Calgary dans la soirée. Le passage des douanes n'a pas posé de problème, j'ai même pu le faire en français. Au Canada tout est bilingue, même au fin fond du Canada anglophone.
Le suspense a repris quand il a s'agit de récupérer mes bagages. L'employé de British Airways m'avait assuré que mes bagages seraient dans l'avion avant moi, mais ni les miens, ni ceux des deux autres français n'avaient réussi la correspondance, et j'ai dû non seulement faire la déclaration pour mon compte, mais également leur servir d'interprête. Comme il n'y a qu'un vol par jour, j'ai dû attendre le lendemain soir pour que ma valise me soit livrée au milieu de la nuit.
Une fois arrivé à Calgary, il me restait encore une heure de bus pour arriver chez C. Pour ce qui est du logement dans les villes, nous pratiquions le couch surfing, qui consiste à dormir chez l'habitant, via des réseaux sur internet de personnes prêtes à héberger des voyageurs. C. fut donc ma première hôtesse durant ce voyage et je tiens à dire que chacun d'entre eux a été absolument adorable, que j'ai recontré des gens particulièrement gentils et que cela a contribué pour beaucoup à la réussite de ce voyage.
Je suis donc arrivé vers 22h chez C. où étaient déjà arrivés A. et L. plus tôt dans la journée, et où se trouvait également un couple de couch surfers américains. Après avoir discuté quelques temps, je me suis couché, 24 heures après m'être levé et incapable de dormir (je ferais bien pire au retour).
Notre tâche à Calgary était d'acheter une voiture. D'après nos recherches, l'achat ne devait pas poser de gros problèmes, mais la possibilité d'assurer un véhicule sans habiter en Alberta restait le gros point d'interrogation. Les règles diffèrent selon les provinces et il est difficile d'obtenir des informations fiables à distances. Nous savions en tout cas que cela était possible en Colombie Britannique, où se trouvait déjà K, qui devait nous accompagner durant le voyage.
Finalement il nous a été possible d'assurer la voiture, mais nous avons dû payer très cher pour la couverture minimale et le courtier par lequel on est passé compte bien avoir à en faire le moins possible.
Pour ceux qui voudraient faire ce type de démarche, voici ce que j'ai compris : aucune assurance ne voudra vous assurer pour seulement quelques mois et si vous n'êtes pas résident en Alberta. Mais il y a une sorte d'assurance d'état qui est obligée d'assurer tous les véhicules. Nous avons dû passer par un courtier pour utiliser cette assurance, je ne sais donc pas si on peut y souscrire directement. On peut s'assurer pour six mois ou pour un an et résilier avant la fin. La police pour un an revient moins cher, mais ça fait plus d'argent à avancer. Si vous voulez faire quelque chose de ce genre, je vous conseillerait plutôt de partir de Vancouver ; tout cela semble beaucoup plus simple et moins cher en Colombie Britannique.
Nous avons acheté le véhicule dès le premier jour, un gros minivan Ford couleur caca d'oie. Sur ce point, je dois une nouvelle fois remercier C. qui a eu la gentillesse de nous prêter sa voiture pour faire les démarches. L'achat de la voiture n'a pas été très difficile dans la mesure où dans notre budget, on ne croulait pas sous les possibilités. Comme par ailleurs aucun d'entre nous ne s'y connait en voiture, ça ne servait à rien de chercher à comparer. Et pour finir nous espérions finir la papesrasserie dans la semaine pour pouvoir partir le samedi matin.
L'assurance nous a pris plus de temps car le courtier ne voulait pas de cartes de crédit et nous avons eu beaucoup de mal à retirer suffisamment d'argent. En Canada, les DAB prennent soit visa, soit mastercard, jamais les deux. Sans entrer dans les détails, il a fallu attendre le lendemain et l'arrivée de K. pour réunir la somme car nous avions dépensé tous nos dollars canadiens dans l'achat de la voiture. Tout cela nous a pris des heures.
Entre deux nous avions pu enregistrer la voiture, sans problème, si ce n'est que nous avons dû traverser toute la ville dans les bouchons et sans clignotant gauche, en espérant arriver avant la fermeture. Et nous étions prêts à partir dès le vendredi, avec un jour d'avance sur nos espérances.
Nous n'avons donc pas vraiment eu l'occasion de profiter de Calgary, mais en somme la ville ne demande pas vraiment beaucoup plus de temps que ce que j'ai pu lui consacrer.
Nous logions dans un quartier résidentiel nord américain typique dans une maison en plain pied sans mitoyenneté. Les rues sont calmes et vertes, les gens disent boujour dans la rue et conduisent à peu près tous des pick ups. Calgary est une ville riche grâce à l'industrie pétrolière, les transports en commun sont très peu développés et particulièrement chers. Du reste tout est cher ici et je crois que beaucoup de gens donnent des choses à C., elle a notamment été livrée d'un vieux piano tandis que nous étions chez elle.
C. ne ferme jamais ni sa maison, ni sa voiture, et laisse toujours ses clés dans la voiture. Elle se l'est d'ailleurs faite voler récemment (selon elle à cause de la pleine lune), mais la police l'a retrouvée intacte.
Elle a trois enfants, en garde parfois d'autres, et reçoit beaucoup de couch surfers. Outre notre petit groupe, elle accueillait également un couple d'américains voyageant en auto stop pour écrire de la poésie à la demande sur des machines à écrire des années soixante. L'avant dernier soir, il y avait également un canadien qui n'a pas desserré les dents tandis que nous passions une très bonne soirée où nous avons joué de la guitare et où les américains nous ont fait une démonstration de leur activité de poètes sur commande.
Le jeudi en fin d'après-midi, une fois les démarches terminées et les courses effectuées, nous pouvions enfin espérer pouvoir profiter un peu de la ville. C'est à ce moment que s'est déclenché un orage qui heureusement n'a pas duré. Nous étions tous épuisés, mais K. et moi avons quand même décidé de suivre la promenade menant jusqu'au centre ville en traversant la foret et longeant la Bow River.
Le centre ville de Calgary est plutôt agréable, mais il n'y a pas grand chose à y faire, et la ville est un peu morte le soir. En rentrant, nous avons dû rater un chemin qui aurait dû nous permettre de retourner sur les hauteurs et nous avons continué le long du fleuve. Quand nous nous en sommes aperçu, ayant à choisir entre les deux possibilités peu alléchantes de revenir sur nos pas ou de poursuivre jusqu'à la prochaine occasion de remonter, nous avons pris la décision qui s'imposait, et avons entrepris d'escalader à travers les bois une pente tellement raide et glissante à cause de la pluie que nous devions nous agripper aux branches et aux racines pour nous hisser, et en absence d'autres prises, nous devions enfoncer nos doigts dans la boue. Après une ascension qui a peut-être parue plus longue qu'elle n'était réellement, nous sommes arrivés tout prêt de notre but, ayant enfin l'impression d'avoir commencé à profiter du voyage.
Mais peut-être la vraie aventure commençait-elle le lendemain tandis que nous prenions la direction des Etats-Unis avec la crainte grandissante, à mesure que nous approchions de la frontière, de savoir la sauce à laquelle les douaniers allaient nous bouffer. Finalement le passage de douane est en fait passé tout seul, paradoxalement, beaucoup plus facilement qu'à l'aéroport lors de mon précédent voyage aux Etats-Unis, et même plus facilement que lors de l'entrée au Canada, malgré notre situation particulièrement tordue.
Et c'est ainsi que nous sommes entrés sur le territoire des Etats-Unis.
