9h00 du mat, et déjà la Cima road se gondolait de chaleur. L’écran du Bronco affichait 35 °C, pays de dingos ! Je filais plein sud et volais de DIP en DIP, rien à secouer du 55 miles par heure. J’écrasais l’accélérateur au rythme de la fréquence 99,7. Brian Johnson s’époumonait sur un morceau dans l’air du temps : Highway to hell. Welcome to Mojave.
Amboy, j’y étais 2h00 plus tard. C’est là que j’avais rencard, au Roy’s. Le coin est sympa. Un café qui n’en était plus un, quelques baraquements, du sable, du soleil et cette fichue 66. Un lieu de rencontre parait-il, mais j’étais le seul gus à siroter une bière à l’ombre de l’auvent. Mon date n’était pas là, à savoir s’il viendrait. Dans l’aprem, plusieurs motards s’étaient arrêtés. Certains avaient rempli les réservoirs de leur Harley, d’autres leur estomac, avant de repartir dans un nuage de poussière. J’avais imaginé les fontes de leur bécane remplies de drogue. Un remake de Easy Rider, mais les types n’avaient pas la gueule de Peter Fonda ni Dennis Hopper. Fallait bien que je m’occupe !
Puis, un pick-up Chevrolet tout déglingué était venu se garer à côté du Bronco. Un vieux sans âge en était descendu et s’était assis face à moi. De sa tronche indescriptible, je n’avais remarqué que le bleu de ses yeux. Deux points brillants d’intelligence.
— C’est toi le journaliste français ? m’avait-il demandé.
— Ça se pourrait !
— Alors grimpe dans ta chiotte et suis-moi. Ici, les murs ont des oreilles.
Ça puait l’embrouille à dix bornes, mais comme je n’avais rien de mieux à faire, je l’avais suivi. La 66 remontée jusqu’à une section fermée, on avait bifurqué sur droite puis roulé sur une piste jusqu’à l’infini. Une bicoque en planches était apparue au détour d’une dune, si jamais je devais crever là, jamais personne ne retrouverait mes os. Le vieux m’avait invité à rentrer. Contre toute attente, l’intérieur était cosy, vieillot, mais cosy. Il avait attrapé deux canettes de Bud, puis s’était affalé dans un sofa. J’en avais profité pour sortir un carnet et un crayon.
— Range ton matos ! Tu écoutes et tu fermes ta gueule, OK ?
C’était demandé si gentiment que je ne pouvais pas refuser.
Pourquoi Amboy et le Roy’s ?
J’avais un compte à régler avec ce coin. Un premier passage en 2019 s’était soldé par un peu de frustration. Un vent à décorner les bœufs, du sable qui volait, un ciel chargé, nous n’avions pu nous arrêter que quelques minutes. Impossible de tenir debout, impossible de prendre de photo… Pourtant, la brutalité de ce coin m’avait marquée, si bien que trois de mes romans débutent ou finissent au Roy’s. Alors, une autre visite s’imposait. Ce coup-ci, bonne pioche pour la météo. Grand soleil, chaleur torride, exactement comme j’imaginais l’endroit. Le petit magasin vend des souvenirs, on y trouve de tout à des prix assez élevés, même des cartes postales. D’ailleurs, un de mes personnages m’a n’en envoyé une. Un bureau de poste se trouve de l’autre côté de la 66, il n’est ouvert que le matin de 9h00 à 12h00.
À l'entrée de la Cima Road, en venant de Las Vegas.
Cima Road
Teutonia Peak Trail. Désastre du feu dans la forêt de Joshua Tree. Quelques arbres encore debout en arrivant à la base du Teutonia Peak. Rando facile.
Plus loin, un coyote traverse devant la voiture. Arrêt brutal! Prise de photo difficile, l'animal n'arrête pas de bouger alors que je lui demande de poser.
Des trains, on en a vu des paquets!
La 66 coupée au niveau de Kelbaker Road.
Derrière les panneaux "Road Closed", un sign 66 très photogénique.
Le voilà enfin!
Bien sûr, le Bagdad Café avant d'arriver à Barstow.
Nuit à Barstow, au Quality Inn. Bon motel. Super petit dej au menu dans la salle du resto. Copieux et bon.