J00 : vendredi 13 juin - Paris –> Phoenix
"L'attaque de l'olive"
Visite réalisée : Hole In The Rock.
Visite abandonnée : downtown
Phoenix.
La semaine est chargée et intense avant le départ. Je termine mon dernier jour de travail et mon dernier concert la veille et rentre chez moi à minuit. Sacrée foutue habitude d'être sous pression les veilles de départ. Pourtant ça fait des mois que pour éviter les émois du dernier moment on cogite sur l'organisation des bagages afin d'en optimiser le moindre contenu et contenant. Mises en condition pour l'embarquement, il faudra redistribuer les cartes à l'arrivée pour se lancer serein sur les American roads.
5h30 le réveil sonne sans pitié, ça pique un peu après la nuit noire teintée de blanc.
Mesdames et Messieurs merci d'attacher votre ceinture, décollage à 10h45. L'Airbus A 3500-900 s'élance dans le ciel pour un vol sans histoire, rangée du fond, rivé au hublot. Après le repas de schtroumpf d'un chef émérite je me dope à la mélatonine histoire de faire comme si j'étais déjà un phoenixois avant l'heure.
L'approche de
Phoenix nous met l'eau à la bouche en survolant les belles collines alentours avec une superbe vue du jardin botanique et le Hole in the rock. On devine bien l'ambiance d'un chaud début d'après-midi d'un été qui approche.
L'atterrissage est prématuré de 30 minutes, chouette ! L'ambiance AirFrance du moment est à la rigolade, le steward plaisante et nous balance un remix à la Carla bruni de "Laissez moi danser, tout l'été ...". Un air de joie façon "la croisière s'amuse" pour donner un bon goût de vacances, avec de vrais morceaux dedans.
Frais comme un gardon, on se présente donc au contrôle peu encombré et calme. Va t'on se prendre une bastos ou pire se faire refouler direct, incapable de répondre aux questions
Hollywood Chewing Gum ? Je vacille du haut de mes 1m67 et pourtant c'est notre tour.
"- Are you coming to visit the surrounding area guys ?"
"- Yeesss !"
'- You're welcome"
'- Thank you !"
Oui, juste les alentours, sur un petit rayon de 2 000 km, ça va. Ma prof de math me disait toujours que j'étais trop bavard dans mes explications, alors je me suis tu, et pas plus prolixe sur la chasse-poursuite qu'on avait projetée.
13h30 nos bagages en main remplis au max des kg autorisés, qui dit mieux, on se sent libérés. On se sent déjà bien, même très légers sur la ligne SKY T aérienne qui nous amène au centre de réservation des véhicules. La vue de la skyline de
Phoenix me fait frétiller de joie.
Nous préparons le dossier avec la souriante trentagénaire du comptoir
Alamo qui s'exclame "oh, Chevalier ! I like Maurice Chevalier ! I really love him". Euh... Philippe, rassure-moi, on n'a pas voyagé dans le temps quand même ?
Elle regrette de ne pas pouvoir accepter que chacun de nous paye une moitié de la somme.
Je prends donc le règlement total sur ma carte
Boursobank, houla, à ce rythme là je vais me retrouver au roof top ni une ni deux.
"Ah non, ce n'est pas une carte de crédit madame"... l'opératrice, une légère moue en coin de lèvres, devra donc prendre plusieurs minutes pour faire quelques actions supplémentaires mystérieuses, quand soudain "I wish you a good trip and be careful !" s'exclama t'elle radieuse en me tendant le sésame.
"-Phil, personne ne nous a suivi ? Ok c'est bon, on continue, allé direction le niveau inférieur pour récupérer la batmobile. T'as ton pétard ? "
"-Tu sais très bien que j'en ai toujours un au cas où... ".
"- Sacré Philou!"
Je ne comprendrai que deux mots dans le débit marshmallowesque du jeune gentil gars : Toyota or GMC ? Et là, flashback 2019, je me revois au ralenti chevauchant mon bolide Acadia domptant les bump. Après deux secondes d'absence, je dégaine direct : GMC !.
En approche de la bestiole, le gars tente de communiquer avec nous. Joker, il est dingue ce mec il pourrait parler en américain au moins. Je lui tends l'appli Interprète de mon portable qui me traduira n'importe quoi, ouais c'est bien ce que je pensais, une sombre histoire de dédales pour sortir de ce sordide bunker. C'est un guet-apens Phil ! Ouvre la caisse, vite, on se casse !
Mince, ya pas le manuel utilisateur dans la boîte à gants ! Coût d'oeil à droite, à gauche, ah voilà, j'interpelle un autre gars qui en cherchera un en vain. Tant pis, si ya une c... on improvisera. Et pour la rayure sur la portière comment on fait M'sieur ? Vous prenez une photo et vous la montrerez à la restitution. OO-Keyy ! Allé démarre ! Pied sur le frein et appui sur le bouton, la caisse s'ébranle, tranquille cool, c'est bon je maîtrise. Après une course poursuite haletante seul dans les niveaux du garage, nous nous frayons un chemin en mode furtif et regagnons la clarté du jour. Dans le rétro tout est calme, ouf, on les a semé.
J'avais bien écrit dans mon roadbook que la première journée serait relax, sirotant une bière sur le lit de l'
hôtel, après de supposées difficultés dans les étapes administratives. Mais comme on avait incroyablement de l'avance et que c'était cool, il nous fallait bien un vrai os à ronger. Le voilà donc.
Quelques jours avant de partir, un noyaux d'olive a attaqué furieusement Philippe au détour d'une traitre pizza, lui pourfendant la molaire en deux jusqu'à la racine, lui mettant la tête au carré. Le voilà bien avec un mal de chien, et le premier soin d'urgence ne sera que de courte durée puisque peu avant de rejoindre le tarmac il perdra le ciment de consolidation. La dent à la dérive, il contacte rapido l'assurance
Chapka "Vous avez demandez l'assistance
Chapka ? Merci de raccrocher. Veuillez nous contacter quand vous serez arrivé aux USA". T'inquiète Phil, on les aura.
Pendant que je chargeais frénétiquement les bagages dans le coffre, Phil obtenait un numéro de dossier assistance
Chapka et s'occupait de programmer Google Map pour un dentiste dans les alentours. Parti en chasse du sauveur dentaire au volant de mon bolide, je débrayerais joyeusement deux fois, histoire de faire oublier à Phil sa douleur pour un temps, et placer son stress ailleurs. Le cabinet ne reçoit pas les urgences le vendredi après-midi et nous envoie à un autre cabinet confrère mais à l'opposé de
Phoenix. Elle a l'air sûre de son coup alors on tente. Après 40 min de route et autoroute, le nouveau centre nous dit qu'il est trop tard et qu'un seul rdv est possible le lendemain à 11h. Arg !! Non mais c'est qu'on a un roadtrip à tenir nous ! On le prend mal mais on le prend quand même. Il est 17h et on dit adieu au downtown
Phoenix, trop tard et dangereux sans doute avec tous ces étrangers américains dingues sur la route à la sortie des bureaux. Je préfère rejoindre l'
hôtel près de l'aéroport puis faire un tour au Hole In The Rock, histoire de faire du repérage visuel des dangers de cette ville depuis cette cachette, et tenter d'appréhender une approche de la chose pourchassée.
Mais c'est sur le parking du
motel qu'on sent vite l'ambiance. "Phil, yen a qui on sorti des pétards !" Un gars enfumé déambule sur le parking, son pantalon sale au-dessous des fesses, le cheveu gras, un autre au regard agar fixe nos faits et gestes, là un rideau s'écarte pour nous observer telle une villageoise bretonne par temps pluvieux. Mais c'est quoi ce bin's ? " A bravo, beau choix d'
hôtel !" me dit le breton de Philippe.
Vite, déchargeons dans la plus grande indiscrétion. Tu me couvres et j'ouvre le coffre, et là, Paf ! L'effroi. Le monumental trou dans la raquette ! Je m'aperçois que la
voiture est plus petite que ce que j'avais prévu. "Phil, on nous en veut, on nous a volé une rangée de sièges !". Comment cela était il possible ? Quel apprentis que je fais, je ne m'en suis pas aperçu au moment de prendre la
voiture, occupé à temps de choses et à comprendre le gars. Trop tard maintenant, va falloir faire avec, sans cette rangée supplémentaire de sièges à rabattre. Pourtant j'avais réservé exactement la même catégorie dans les deux locations que j'avais fait en 2019. Je ne comprends pas. Nous avions eu une GMC Acadia et une Ford Explorer, mais là c'est une GMC Terrain. J'hésite, on tente de contacter
Alamo ? Il est tard, puis on commence à fatiguer, alors on bat en retraite, notre premier échec.
C'est ainsi que nous deviendrons imparables au jeu de Tetris, exigeant une organisation précise et parfaite des bagages et des affaires au volume grossissant au fur et à mesure du voyage.
18h, sur un banc au bord de l'extérieur de la piscine désertée, pour un picnic impromptu, bien mieux que dans la chambre trop sombre. Je veux de l'air de
Phoenix ! On nous zieute en dégustant notre alléchante salade-poulet inaugurant une longue série, achetée lors des premières courses au Wallmart. Le ciel se pare déjà de ses couleurs de miel, et au pied d'un groupe de palmiers on se dit que le rêve à commencé, on est libre et la route s'ouvre à nous ! On va pouvoir chasser la bête.
L'énergie de l'espoir étant revenu, on décide de reprendre la
voiture pour aller au Hole In The Rock à 6 minutes de l'
hôtel, en priant que personne n'arrive à ouvrir notre chambre et ne dérobe nos trésors.
Bonne initiative que d'aller voir le coucher de soleil à travers cette trouée parmi les nombreux phoenixois en couple qui se prennent en photo. La lumière y est douce et l'air serein, ça y est on fait notre première visite.
Avant de regagner la
voiture, nous faisons un tour auprès du lac entouré de palmiers.
De retour à l'
hôtel je suis complètement en forme et tel Zébulon ou Super Jaimie je reconditionne jusqu'à 23h tous les sacs pour le démarrage du road trip demain. Phil pénard qui boit sa bière pour oublier d'avoir mal me regarde du coin de l'oeil avec cet air consterné "mais il est dingue ce type". J'avais emporté des sacs légers vides pour en faire des sacs intermédiaires de vêtements du jour, un autre pour les ustensiles de cuisines, des serviettes de toilettes, etc. Nous aurons tout le long du voyage une sac de courses déjeuner/dîner et un sac de course pour les petit-déjeuners, installés au niveau des pieds de la banquette arrière et deux gallons d'eau casés dans les renfoncements sur les côtés du coffre arrière. Ah ben c'est comme ça, faut qu'ça pète avec moi.
Nous passons au final, dans le raffut de la clim en délire, une bonne nuit sans le gros coup de fatigue tant redouté. Peut-être que la stratégie de la mélatonine dans l'
avion a bien fonctionné.
Je suis satisfait car la journée intense s'est super bien passée, même avec l'imprévu dentaire et les attaques déjouées, et la Terrain n'a déjà plus de secret pour moi, parée à l'assaut pour demain, Ya Ya Yoo !
-> Nuit à l'
hôtel Howard Johnson by Wyndham, 108 €, bien cher pour ses alentours mais proche de l'aéroport et la chambre était spacieuse (parfait pour ouvrir tous les bagages en même temps).
Points + : l'accueil, l'aide et le sourire des américains.
Points - : notre côté encore un peu bleu avec la
voiture.