J01 : samedi 14 juin – Phoenix
"Au pilori 44"
Visite réalisée : Desert Botanical Garden, Goldfield Ghost Town, un bout de l'
Apache Trail Road.
Visite abandonnée : aucune
7h du matin, ce sera l'heure du supplice presque quotidien.
Tout va bien, j'ai déjà une énergie redoutable et je charge les feuilles papier du road trip de cette journée dans les feuilles plastiques individuelles prévues à cet effet. Au départ, le classeur roadbook est regroupé de sorte que chaque ensemble de feuilles d'une journée est placé dans une feuille plastique, puis chaque jour venu je dispatche la journée dans plusieurs feuilles plastiques et ainsi de suite. Vous reprendrez bien un peu de café n'est-ce pas ?
Trop content de pouvoir prendre mon petit-dej sous les premiers rayons de soleil de
Phoenix, je sors sur la coursive de notre étage avec mon bol spécial
camping à ras bord, personne encore en vue. Quelle belle journée paisible nous attend, mais pourquoi donc mon pied est il mouillé ? Saperlipopette ! Mais mon bol est fendu jusqu'au tréfonds ! Opération exodus, transvasement urgent dans le 2ième bol. Il est fendu aussi ! notre sac en soute a du être compressé un max.
S'il y a bien une chose qui me contrarie c'est un petit-dej raté. Mais j'ai décidé que dans ce voyage rien ne me contrarierait et je m'y tiendrai. Ainsi je savourerai la mine réjouie les derniers restes dans un verre en regardant atterrir au loin la horde des prochains visiteurs. Oui c'était bien bon.
Allé un peu de couleur pour commencer la journée.
C'est parti, direction l'arracheur de dent à l'autre bout de
Phoenix, Rise like a
Phoenix disait la chanson. Arrivés tôt nous ferons des provisions au Safeway pour les prochains repas des jours à venir et trouver une glacière, mais notre butin ne sera qu'un maigre sac isotherme. Les Safeway sont surtout alimentaires, nous irons voir un Wallmart la prochaine fois.
L'accueil au cabinet est très pro, et tout se passe bien avec le chaleureux dentiste qui nous explique que la réparation n'est que temporaire et fragile, en attendant d'arracher la dent au retour à Paris. Mon Philou fait la tête, je le comprends et c'est pas le moment de lui passer le volant. L'assistante nous fera comme demandé par l'assurance
Chapka une facture détaillée de l'acte réalisé, avec compte-rendu de la radio et une phrase sur la nécessité d'agir en prévention. Il se trouve que ce qu'à fait le dentiste américain va tenir jusqu'au retour, les dentistes américains disposant de réputation des techniques les plus évoluées.
Nous voilà maintenant fin prêts à démarrer ce road trip sous les meilleurs auspices et nous sommes bien heureux de ce dénouement favorable, une affaire rondement menée malgré tout qui nous enlève un pignon de la dent (euh .. une épine du pied). On peut sereinement mettre les voiles, vivres en poche, et partir aux confins des terres américaines sur les traces de la bête.
Desert Botanical Garden
Il est 12h30 quand nous arrivons au parking presque vide du Desert Botanical Garden. Nous sortons, à l'ombre précieuse d'un tamaris, nos pilons de poulets, mon dieu qu'ils nous ont paru bon, on a tout dévoré.
Le hic c'est qu'ils nous attendaient pour 8h30 (le staff du garden, pas les pilons), heure à la fraîche prévue dans ma réservation prépayée. J'avais donc fait un message dès 7h pour les avertir d'un empêchement et du retard probable, mais je n'eu pas eu de réponse.
Le pilori des 44 degrés aura sans doute fait battre en retraite la plupart des visiteurs et c'est presque seuls que nous faisons une approche sécurisée du guichet. C'est sans problème qu'à l'accueil on nous acceptera, ouf.
Nous passerons un très bon moment de visite jusqu'à 15h30 dans ce superbe jardin, esseulés sous la chaleur intense. Et s'abriter à l'ombre d'un cactus sous un soleil au zénith, mieux vaut se piquer à un autre jeu. Il y a pourtant des filous qui tirent bien leur épingle du jeu.
Oh chouette ! Un passage ombragé, il ne doit faire plus que 42° !
Ainsi, maintenant à découvert, nous découvrirons la formule magique du jour : un cactus vu, une fontaine bue. Nous avons bu à tous les points d'eau qui se présentaient sur notre chemin, et il y en avait beaucoup. Ils sont bien ces américains ils prévoient tout.
Un petit moment de répit dans le Webster Hall climatisé, curieuse salle d'inspiration médiévale, doux seigneur je respire, avant de reprendre la visite en apnée.
Ce jardin nous a enchanté, avec ses variétés de cactus et ses recoins de végétation endémique. Nous en avons parcouru tous les secteurs.
Goldfield Ghost Town
Bien que nous arrivâmes à 16h30, le Goldfield Ghost Town était encore accessible (mais plus ses diverses activités de visites).
Ce beau village western en pente douce me saisit de suite par son authenticité.
Un air de poudre traine furtivement sous mes narines. "Phil, dis-moi, tu n'as pas oublié ton pétard au moins ? Ya pas grand monde et quand c'est calme ça sent le roussi". Lui ne sent rien.
J'entends l'écho d'une musique western derrière moi, je me retourne, rien, il fait seulement chaud, une porte de saloon bat. Lui n'entend rien.
Des gouttes perlent sur mon front, j'ai les lèvres sèches, un petit air fait tourbillonner de la terre de la route, ça siffle dans mes oreilles "Ouais, ça vient du Mammoth Saloon, tu vois ? Fais gaffe et tiens-toi prêt, je sens un truc louche". Lui ne voit rien.
Quand soudain Phil : "Attention ! Planque toi derrière la banque !"
Surgit alors de la droite de la chapelle The Church at The Mount une horde d'Amazones américaines prêtes à en découdre et qui fonce sur nous. J'en crois pas mes yeux.
"Ca va péter ! Vas te réfugier au Blue Nugget, je te couvre avec mon pétard" me dit Phil.

Aye Pepito, mes jambes à mon cou, je fuse devant la prison et je me rends au comptoir du bar, ne laissant qu'un tourbillon de poussière derrière moi.
Ouf on a évité l'affrontement, elles ne nous ont pas vu.
La menace écartée, assoiffé, on demande un breuvage pour reprendre des forces. Le gars me voyant rouge poivron me propose plutôt un bon cornet l'équivalent d'une pinte au parfum Superman, et sans crier gare, la véritable attaque vint de lui, ce traitre de super-héro.
Sous le pilori 44, soit l'équivalent de deux 22 long rifle, des gouttes assassines bleu, rouge, jaune fracassent dans un silence assourdissant mes chaussures, mon jean et ma chemise. Je me retrouve perclus d'impacts mortels pour ces fibres innocentes avant même avoir pu dévorer Superman. Lira celui qui ira : ici gît la parure du téméraire Alphan.
Apache Trail Road
C'est sous des apparats guignolesques que, sortis vivants du traquenard, on décide de poursuivre plus au nord l'
Apache Trail Road.
On ne pensait vraiment pas pouvoir bourlinguer sur cette belle route, mais on se lance dans l'aventure pour quelques miles jusqu'au Canyon Lake Vista, point de vue rassurant pour déjouer toute embuscade des Apaches dans ces montagnes de superstitions.
L'activité sur ce lac y est surprenante, les américains sont joyeux sur l'eau avec leur gros bateaux et des femmes téméraires plus très jeunes chevauchent à fond les ballons leur jet ski.
Sous le pont un regroupement serré de bateaux laisse percevoir la grande teuf, musique à fond et tenue très légère. Cela nous surprend un peu à vrai dire. Amusez-vous, inconscients ! Ne voyez vous pas le danger qui vous guète dans ces montagnes ?.
"Je suis certain qu'il se prépare un sale coup à notre passage".
"Tu as trop chaud" me dit Phil.
Lost Dutchman
On filera à toute berzingue sur le pont à une voie qui enjambe la rivière, avant d'arriver devant l'inquiétante montagne de Lost Dutchman.
"- T'as mauvaise mine dors un peu. Tu vacilles comme dans un pas de Waltz allemande" me dit Phil.
"- Ah, ah .. c'est malin".
Mais c'est pas faux, j'ai envie d'eau.
En tout cas c'est pas ici qu'on va trouver une quelconque trace de notre pourchassé.
On retrouve aussi des Cholla cactus qu'on avait découvert en 2019 dans
Joshua Tree Park, très esthétiques à photographier.
Le programme complet étant réalisé, il est temps de rentrer à notre
hôtel après cette bonne journée et de profiter de la piscine de ce bel
hôtel au style mexicain qui sera l'un des meilleurs que nous ayons fait.
L'appel de la faim de deux coyotes nous fait rejoindre le Rodeo Lounge dans le prolongement de l'entrée de l'
hôtel. Pizza au menu, miam, ça nous va, mais le cowboy au comptoir ne nous laisse aucune chance en nous tirant à bout portant : "Trop tard guys, la cuisine a fermé à 20h30". C'est 32, et je vois le sourcil de Phil se froncer, et quand ça fronce c'est pas bon signe, l'animal a faim.
"- Je rêve où il vient de nous envoyer une sifflante ?"
"- mais non Phil c'est juste un coup de larsen" tentant de le calmer.
"- j'en suis pas certain". Le ton monte à l'intérieur de ses pensées.
C'est vrai qu'on l'avait pas vu venir ce pruneau entre les deux yeux... L'homme au stetson poursuit : "mais ce soir c'est karaoké pour tout le monde ! Vous préférez faire chanter avec le micro ou avec le Remington ?". On s'en fout, nous on a faim.
"- Euh, Sorry on ne chante pas le ventre vide".
Pour sauver la mise je lance "on va plutôt prendre une bonne bière locale alors".
"Eh voilà les gars" en nous lançant les pintes "tout frais". Puis le cowboy derrière son comptoir ne nous quitte pas, nous fixant de son oeil bleu perçant à 40 cm. Phil tend la main pour prendre la pinte. "- Attends Phil, ya comme un problème". Je prends une inspiration profonde, la journée n'était donc pas encore terminée, ça va encore grabuger sérieux là.
"- Ce mec nous défie" chuchotais-je à Phil.
"- Moi je crois qu'il a des infos sur ce qu'on recherche".
"- Nooon Tu rigoles... sa pupille est trop dilatée, je lis le fond de sa pensée aussi facilement qu'un journal 20 minutes".
L'ambiance est tendue et si électrique que la sono grésille. Je comprends alors de mon oeil vert perçant le piège que nous tend ce cowboy : il attend le tip, ou bien il descend le type. À demi-mot "Range ton pétard Phil, c'est pas le moment, reste calme, ils sont trop nombreux, j'ai pas envie de finir en passoire. Je suis sûr que les vieilles sont aussi de mèche et bien armées jusqu'au dentier". Je sentais que des yeux silencieux se tournaient vers nous, le micro se tut. Ok, je cherche et sors lentement un billet de mon porte-feuille, oh du calme les gars, et paye les 20% en sus.
"Yeaaah" me dit le cowboy en me tendant son poing fermé, décrispant sa mâchoire, "tape là", et la fête reprit de plus belle.
On a évité une belle émeute, tant pis pour les dollars.
On fait un tour dans le bar et un client qui nous avait repéré nous dit de les rejoindre, "ne soyez pas timides, venez chanter !". Des chansons country américaines inconnues avec un public de connaisseurs ? mais ça va être compliqué ça. On va vraiment sortir avec du grain dans les fesses si on prend le micro.
On sort alors un peu sur la terrasse enguirlandée, accueillis par de gros rots de mâles que les femmes semblent apprécier dans la bonne humeur. Ca parle très fort, ça ricane, c'est joyeux, c'est comme ça, c'est Rodeo Lounge. C'est quand même cool l'immersion dans les coutumes locales.
Bon il est l'heure d'aller se reposer le ventre vide et l'esprit éthéré. En sortant le cowboy nous lance "Hey guys ! Thank you and come back next time !" C'est que demain nous serons loin vers le sud ...
Trop tard pour manger et la flemme, on explosera allongés sur le lit un paquet de chips, comme deux gros bofs.
-> Nuit à l'
hôtel Best Western Gold Canyon Inn & Suites, 124 €, super bien avec une agréable piscine.
Points + : l'ensemble des visites prévues plus le soin dentaire.
Points - : la chaleur intense.