22 juin 2025
Le grand frisson de la douane
9h00 : On se réveille au KOA de
Niagara Falls, frais et dispos. Le décalage horaire a enfin capitulé.
On décolle vers 9h avec une petite escale "zen" à Albion Falls pour quelques photos. C’est le calme avant la tempête, car aujourd’hui, c’est le grand jour : on entre aux USA par Detroit.
Dans les RV, l’ambiance est... électrique. Chacun a sa petite angoisse : JL redoute des préjugés liés à ses origines, Eli imagine déjà son
camping-car désossé par les douaniers, et Laetitia est à deux doigts de l'hyperventilation. Mon job ? Jouer les commandants de bord imperturbable alors que, secrètement, je me demande aussi à quelle sauce on va être mangés.
Les enfants, eux, s’en foutent et terminent leur nuit.
Petite pause rando de 30 minutes au Standard Tube Park pour évacuer le stress, puis direction le Chuck Armstrong Park pour le pique-nique. On vide le frigo, on se fait des sandwichs de compète à l'ombre d'un arbre, et on discute stratégie.
Je passerai en premier. J’avais vu des vidéos YouTube où ça semblait être une formalité, mais avec le retour de "l'Orange Mécanique" au pouvoir et le durcissement des lois sur l’immigration, l'ambiance avec Donald n'est plus vraiment à la "Bienvenue chez Mickey".
On s'élance sur le l'Ambassador Bridge. Seulement 3 ou 4 véhicules devant nous. Je me présente au guichet.
L’agent est sec, froid, mais poli. Je pense que c'est gagné... et là, le ton change. « Gardez vos mains en évidence. Ne bougez plus. » Il monte dans notre RV, inspecte les placards, ressort, et appelle un collègue. On nous dirige vers une zone réservée. On doit tout laisser dans le véhicule, ne prendre que nos passeports et suivre deux agents armés. Ambiance film d'action, mais sans le pop-corn.
On atterrit dans un local de douane. Au mur : les photos de la Gouverneure et de D. Trump. Autour de nous, chinois, indiens, africains, le monde entier attend en silence, sauf un groupe de jeunes un peu trop bruyants à mon goût, et semble-t-il, au goûts des agents. JL et sa troupe nous rejoignent peu après, parqués dans une salle annexe.
Et là, c’est le drame. L’attente s'éternise. Une envie pressante devient... urgente. Très urgente. Je vais voir l’agente. Grosse erreur n°1 : je demande si je peux retourner à mon RV pour utiliser mes toilettes. Je me fais sermonner comme un gamin. Je me résigne donc aux toilettes du local. Il y a une file d'attente interminable. Après un temps certains, un jeune entre devant moi et décide visiblement de s'y installer pour la semaine. L'agente voit ma tête (je devais être vert), me demande depuis combien de temps le jeune s’y trouve. J’ai peut-être exagéré, mais du coup, elle tape à la porte : « Sortez immédiatement ! ». Le pauvre gars sort, se fait embarquer manu militari dans un bureau par des agents furieux, et moi, je m'engouffre dans les toilettes pour la "grosse commission" la plus rapide de l'histoire de l'humanité. Deux minutes chrono. Record battu.
Après un interrogatoire poussé et quelques regards sombres, on récupère enfin nos passeports. À côté, un touriste se fait cuisiner car il a "oublié" une arme dans son coffre... Je crois qu'il n'est pas ressorti de sitôt. Pendant ce temps, JL discute tranquillement avec un agent afro-américain. Les deux rigolent. Comme quoi, tout est une question de feeling ! Finalement, après une heure de sueurs froides, nous voilà officiellement sur le sol américain.
35 minutes plus tard, on pose les roues au Detroit KOA d’Ypsilanti. C’est magnifique, au bord d’un lac. La tension retombe d'un coup. JL et moi retrouvons nos 10 ans et on se jette avec les enfants sur la structure gonflable dans l'eau sous l'œil blasé des mamans qui préfèrent rester au sec.
Notre emplacement sous les arbres est parfait. Le voisin nous offre du bois, le BBQ crépite et le coucher de soleil est sublime. On trinque à cette victoire : on a passé la frontière !
Demain, on attaque l'Amérique pour de vrai. Cap sur le lac Michigan !