Jour 41 – Dimanche 27 mai 2019 (suite et fin)
Je redémarre encore une fois le moteur, cette fois-ci pour un peu plus longtemps. J’arrive à l’entrée de Moran Junction où il faut présenter le pass. Heureusement, il n’y a pas encore trop de monde et il y a moins d’une dizaine de voitures qui attendent à la guérite de la Ranger. En deux minutes, je suis officiellement à l’intérieur du parc à nouveau.
Il est un peu dégarni celui-ci, mais il fait son effet quand même. Quelles belles bêtes ces bisons !
Un peu plus loin, je passe devant un panorama qui me plaît bien, mais difficile de s’arrêter. Je décide de faire demi-tour dès que je peux, quelques centaines de mètres plus loin. Je m’arrête en bord de route, dans les graviers, pour prendre la photo désirée. Rien d’exceptionnel, mais j’aimais bien cette « semi-rivière ».
Au moment de repartir petite frayeur, car la
voiture patine dans les graviers. Deux des quatre roues n’adhèrent pas et chassent les graviers… Je n’insiste pas trop et mets la marche arrière, braque dans l’autre sens pour essayer de dégager la
voiture, ouf, elle bouge. Je n’ai pas beaucoup de marge de manœuvre, la sortie va être quitte ou double : soit ça prend, soit je me retrouve à patiner et je devrai demander de l’aide pour ressortir. Je recule au maximum, remets la marche avant, décide d’avancer à fond et d’essayer de remonter le plus en biais possible pour que la roue avant puisse prendre sur la route. Je n’ai que quelques mètres devant moi avant le pont et la rivière donc pas de quoi prendre beaucoup d’élan. Je tente, j’approche de la route, je commence à patiner, je tourne le volant d’un coup sec et coup de chance, la roue avant arrive à attraper la route et à tirer le reste de la
voiture, ouf !

Bon, j’ai laissé quelques traces de pneus dans les graviers… Pour la suite, je vais éviter de m’arrêter sur le bas-côté.
Mon prochain arrêt dispose d’un vrai parking aménagé puisqu’il s’agit du célèbre Oxbow Bend. Ce coude dans Snake River doit son nom à sa ressemblance avec la forme d’arc des jougs de bœufs. Géologiquement parlant, un bras de rivière mort (traduction pas très jolie d’Oxbow) se forme lorsqu'un canal en méandre est coupé du courant principal, formant ainsi un étang. Même si le nom français du lieu est moche, le panorama reste quant à lui magnifique, peu importe la langue.
Rivière démembrée
C'est si beau, les bras m'en tombent
Le mont Moran culmine à 1800 m au-dessus de la vallée et doit son nom à un célèbre artistique : Thomas Moran. Plusieurs glaciers sont actifs sur la montagne. Le mont Moran est marqué par une intrusion basaltique typique des roches volcaniques, connue sous le nom de Black Dike. Lorsque l’eau est plus calme, on peut voir le mont Moran se refléter dans la rivière. Ce n’est pas le cas ici, il n’empêche que la vue reste plaisante pour la rétine.
ça reflète mon rang
Coin pour les gens heureux... ceux qui ont la pèche
Je reste plusieurs dizaines de minutes, le temps de bien profiter du point de vue, avant de repartir.
Quelques kilomètres plus loin, je vois un gros bouchon qui s’est formé, pas mal de monde dehors, des photographes qui sortent leurs téléobjectifs, des voitures sur le bas-côté… On sait ce que ça veut dire : animal !

Je décide de rejoindre la file de voitures garées et de finir de m’approcher à pied pour essayer de découvrir de quel animal il s’agit. A noter qu’avant de partir, je ne m’étais fixé aucun objectif de rencontres d’animaux sauvages. Trop aléatoire, trop peur d’être déçue, j’abordais
Grand Teton +
Yellowstone dans une optique purement paysagère, à tel point que je n’avais même pas d’envie particulière quant à une éventuelle rencontre animalière. Il suffira de quelques secondes et une file de voitures pour me faire totalement changer d’avis !

J’attrape mon appareil photo, et ni une ni deux, je m’avance vers l’attroupement présent. Des rangers sont déjà présents sur place pour veiller aux bonnes distances de sécurité et réguler le passage des voitures, car quelques mètres plus loin dans la plaine se trouvent… une maman grizzli et ses deux petits – qui ne sont, au passage, plus si petits que ça, car ils sont nés l’année passée.

Ils sont tranquillement à la recherche de nourriture, insensibles à tout l’intérêt qu’ils suscitent.
Au fil des minutes, ils s’approchent de plus en plus de la route. Les rangers font tantôt progresser les voitures très doucement pour continuer à faire circuler les visiteurs, tantôt mettent tout le monde à l’arrêt pour créer une ouverture pour laisser la possibilité à la petite famille de traverser la route. Ils jouent à cache-cache avec nous puisqu’ils deviennent invisibles à nos yeux dès qu’ils entrent dans la forêt, cachés par les branchages.
Une vingtaine de minutes plus tard, on retrouve les deux oursons tranquillement en train de jouer dans un tas de neige en bordure de route. Ils se chamaillent, font des roulés-boulés, sous l’œil attentif de leur mère qui hume les alentours. Les voitures sont maintenant totalement stoppées, ce que j’apprécie grandement : c’est le bien-être et le déplacement de l’animal la priorité, pas la circulation touristique. D’ailleurs, après de longues minutes les rangers commencent à plaisanter en disant que s’ils ne se décident pas à traverser, bientôt le parc sera en stand-by.
Finalement, la maman se place au bord de la route, inspecte les alentours, et décide d’emmener sa tribu de l’autre côté de la route. Une histoire d’herbe plus verte chez le voisin sans doute. Les petits suivent leur maman sans broncher et la petite famille disparaît rapidement dans la forêt dense. Je suis ravie et émerveillée de cette rencontre ! Je n’en attendais vraiment pas tant et ce magnifique moment me fait définitivement tomber en amour de ce parc (on n’est pas si loin que ça du Canada, je peux employer leurs expressions).
Ce moment m’ayant fait ‘’perdre’’ quasiment une heure, il est temps de manger. Néanmoins, le temps est à nouveau bien couvert et je suis glacée d’être restée debout sur place sans trop de mouvement pendant si longtemps.

Difficile donc, d’envisager de manger en extérieur. Tant pis, ce sera repas dans la
voiture sur le parking du Visitor Center de Colter Bay. Je passerai d’ailleurs ce temps de repas sous une nouvelle averse, heureusement que je ne me la prends pas dessus celle-ci !

La météo restant maussade, je fais une pause dans mon exploration et décide d’attendre que le Visitor Center réouvre (à 14 h de mémoire) afin d’y faire un petit tour. J’en profite pour terminer de compléter mon livret de Junior Ranger pour pouvoir le faire valider. Ma petite collection de badge s’agrandit !
Je reprends mon tour du parc en me rendant à
Jackson Lake Dam.
Jackson Lake est un lac naturel de plus de 100 mètres de profondeur, auquel un barrage a été ajouté.

Le barrage original en bois massif construit en 1906-1907 s'est effondré en 1910. Ce premier barrage a d'abord retenu l'eau avec une capacité de stockage de 370 044 556 m³.
En 1916, le Bureau of Reclamation a achevé la construction d'un barrage en béton qui a fait monter le niveau du bassin de 39 pieds, portant ainsi la capacité à 974 450 665 m³. L'augmentation du niveau de l'eau a inondé la forêt environnante, noyant de nombreux arbres. Des jeunes hommes du CCC ont aidé à déblayer les rives du lac Jackson et à brûler les tas de rémanents pendant la Grande Dépression.
En 1917, le canal fut dragué en aval pour augmenter encore la capacité du réservoir à plus de 1 km³. Au cours des années 1980, les ingénieurs ont drainé le réservoir et renforcé le barrage pour qu'il résiste à un tremblement de terre de magnitude 7,5 (à titre de comparaison Haïti était à 7.1 et 7.3, et le séisme de 1997 en Iran qui a tué 1 567 personnes, blessé plus de 2 300 et laissé 50 000 sans-abris pour plus de 15 000 maisons détruites était à 7.3). La résistance (estimée) de ce barrage est donc assez incroyable.

Le barrage en lui-même, bien qu’impressionnant, ne laisse pas imaginer une telle force, je trouve.

Des vannes de 2,5 tonnes au pied du barrage du lac Jackson contrôlent le niveau du réservoir en régulant la quantité d'eau libérée. Pour ce faire, les vannes sont relevées ou abaissées. Le réservoir n'est pas rempli lorsqu'il y a un danger d'inondation, ce qui laisse de la place pour stocker l'eau en cas de besoin. En été, l'eau est évacuée à un rythme contrôlé au profit de l'agriculture et des loisirs. Modernisé aujourd'hui, ce type de palan de porte a été actionné manuellement de 1911 à 1986. L'ouvrier du barrage déplaçait le chariot moteur le long de rails situés au sommet du barrage jusqu'à la vanne choisie. L'arbre d'entraînement du moteur du palan et le collier d'entraînement des réducteurs étaient engagés. Cette série d'engrenages servait à lever ou à abaisser la vanne. Je n’ose même pas imaginer être le bonhomme opérant ce mécanisme manuellement…
Ma pause sur place reste rapide, car au bord de l’eau il fait vraiment trop froid pour moi.
La suite logique du parcours me mène à Chapel of the sacred hearts. Cette petite chapelle appartient au groupe “Our Lady of the Mountains” et est leur chapelle estivale. Construite dans les années 30, elle a été rénovée en 2003. Des messes y sont célébrées régulièrement entre juin et septembre, pouvant accueillir jusqu’à 115 personnes. Elle est surtout connue pour son vitrail avec le cœur. Étant encore fermée lors de mon passage, je me contenterai d’une photo prise à travers une vitre (ou un trou de serrure, je ne sais plus).
Sacré coeur US
Un peu plus loin sur la route, on peut monter à Signal Moutain pour atteindre le
Jackson Lake Overlook offrant un magnifique panorama sur la vallée et les montagnes alentours. Culminant à 2350 m d’altitude, cette montagne n’a pas été formée en même temps que les Tetons. En effet, celle-ci s’est formée d’une part par la chute des cendres volcaniques issues d’une éruption de
Yellowstone et d’autre part – pour son sommet – par une moraine glaciaire formée par un glacier de la calotte de
Yellowstone. Ce même glacier a d’ailleurs formé le
Jackson lake.
Au sommet, la vue est sympathique, mais je ne pourrais m’arrêter qu’à un des deux points de vue aménagés, car les parkings sont minuscules et il n’est pas possible d’attendre qu’une place se libère sans bloquer la route. Je ne fais donc qu’un tour très rapide pour laisser la place à quelqu’un d’autre.
Une fois redescendue, j’arrive à potholes turnout, un arrêt permettant normalement de profiter des nombreuses variétés de fleurs et de plantes du parc. Pour moi, ce sera plutôt l’occasion de profiter des gros nuages noirs sur les montagnes.
Pour les ‘’potholes’’, on ne parle pas ici des nids de poule qu’on peut trouver sur la route. Le nom est issu des glaciers qui, à mesure qu’ils se retirent, laissent tomber des blocs de glace dans la vallée. Lorsque la glace fond, la dépression qui en résulte forme une petite zone forestière ou marécageuse entourée par une mer de Sagebrush (une variété de plante Armoise).
Faisant face à une nouvelle averse, je fais une pause dans ma
voiture. Bizarrement, je capte du réseau internet à cet endroit et je reçois des messages d’Anna qui prend de mes nouvelles. Elle m’apprend par la même occasion qu’un accident assez terrible s’est produit dans sa famille. Son neveu d’une dizaine d’années a eu un grave accident de bateau la veille, où il était dans l’eau et s’est fait happer par une pale de moteur. Il est actuellement dans le coma après plusieurs opérations vitales, et ils ne savent pas s’il va se réveiller ni l’étendue réelle des lésions (au cerveau, mais aussi au niveau de sa motricité, car la moelle épinière a été touchée).

J’en suis toute secouée… je prends plus d’une demi-heure à me remettre en route. Je décide de finir mon exploration du parc et de retourner à l’
hôtel. J’ai bien profité de la journée, la fatigue est présente et après cette nouvelle, j’ai envie d’être au calme.
A hauteur du parking de Jenny Lake, je vois un nouvel attroupement au bord de la route avec quelques Rangers. Je prends le temps de me garer correctement sur le parking avant d’aller voir ce qui se passe. Une femelle élan qui est tranquillement couchée dans les bois ! Les rangers nous disent de bien faire attention à ne pas s’en approcher, d’autant plus à cette période printanière.
Cet arrêt était le dernier de la liste pour aujourd’hui, mais sachant la famille d’Anna très croyante, je prends la décision de m’arrêter une nouvelle fois à la chapelle de la transfiguration qui se trouve sur ma route. Je ne crois pas forcément en un quelconque Dieu, mais je me dis qu’on ne sait jamais, et que si je peux aider d’une quelconque manière, je souhaite le faire. J’entre donc dans la chapelle pour faire une prière (sans doute de manière très maladroite, je ne connais absolument pas les codes) pour le neveu d’Anna.
Après ce dernier arrêt, je ressors du parc.
Sur la route, je fais un arrêt express à l’extérieur d’un petit musée ayant des sculptures sur son parking. Je prends quelques clichés et remonte en
voiture, direction l’
hôtel pour une nouvelle soirée au calme.
De retour à Driggs je passe au supermarché faire quelques courses pour les repas des derniers jours de voyage et m'en fait m'installer dans ma chambre.
Une photo de l'hôtel
La fenêtre de ma chambre
