Reprise du faux carnet
Barstow
Cathy
C’est rassasiée que je sors du DiNapoli’s. Leur pizza « God Father » a tenu tous ses engagements, et le supplément de piment rouge m’a remis la caboche à l’endroit. Je ne suis plus fatiguée. La nuit est tombée maintenant, apportant un peu de fraîcheur à cet enfer, le moment propice pour un dernier verre. Je regarde ma montre, 9:30 pm.
« Allez ma poule, trouve-toi un bar et envoie-toi un truc explosif. Tu l’as bien mérité après cette journée. Mais quand tu seras au lit, tu me promets de ne pas faire joujou avec les trucs que tu as dans ta valise ! De quels trucs tu parles ? Allons, tu sais très bien ! »
Je me marre toute seule en tournant la clé de contact de ma bagnole. Ces pili-pili balancent la sauce ! Mes promesses ? Pff, je ne les tiens jamais !
Plus loin, je stoppe devant le Hooz on First. Un rade aux façades décaties qui arbore des pancartes à l’effigie de je ne sais quel corps militaire. Pas trouvé mieux. Je me dis qu’au moins, je ne risque rien avec ce genre de client. Je franchis la porte lorsque de nouveau, j’ai ce sentiment qu’on m’observe. Je tourne la tête, un SUV sombre passe, feux éteints, de l’autre côté de la route.
L’intérieur est blindé. Partout des vétérans se jettent des Bud en racontant leurs exploits passés. Certains sont habillés en treillis, d’autres sont en jeans avec une chemise « American Flag », d’autres encore, torse nu, exhibent leurs cicatrices. Tous se poussent à mon passage, les quelques sifflets sont vite éteints, un gars au comptoir m’offre son tabouret. Je lui adresse un petit sourire en remerciement, il fait mine de s’évanouir. Le barman s’approche.
— Que vient faire une poupée comme vous dans cet endroit ?
Quelle question !
— Je viens boire un verre !
— Hmm… Vous ne ressemblez pas à ces touristes en manque d’authenticité qu’on voit parfois.
— C’est que je n’en suis pas une. J’suis là pour un job.
— OK ! Qu’est-ce que je vous sers ?
— J’aime pas les cocktails pour fillette.
Il rigole.
— J’ai de la « Pepper Tequila » en provenance directe du Mexique ça vous dit ?
— J’ai eu ma dose de piment pour ce soir. Servez-moi un Jack !… Vous avez du Gentleman ?
Il lève le pouce.
— Un double, alors !
Deux minutes s’écoulent, le whisky fait son effet. D’habitude, j’ai besoin d’une dose plus importante pour venir te rejoindre, pas ce soir. La fatigue mêlée au brouhaha peut-être. Je glisse un quater dans le juke-box, appui sur un bouton. Cette chanson me transporte ailleurs et dévoile un morceau de mon côté face. Tant pis ! Cette chanson a aussi une répercussion à laquelle je ne m’attendais pas. Dès les premières notes de « Hold my hand », le silence se fait parmi les rangs, et tous les regards convergent vers moi.
La musique s’évapore sur les paroles de Lady Gaga, lorsque deux types, habillés comme des croque-morts, entrent. Ils déparent en noir et blanc, et eux non plus, n’ont pas la gueule du touriste lambda, mais plutôt celle de gus du FBI ou une connerie d’agence dans ce style. Les mecs du SUV ! Instinctivement, je recule jusqu’au comptoir, le barman le remarque. D’un signe de la tête, il indique à des vétérans de former un rideau devant les « undertaker », j’en profite pour m’éclipser.
Dehors, je relève la plaque d’immatriculation du SUV. C’est un mastodonte de Suburban. Puis, je me tire. J’ai pas envie de retourner à l’
hôtel, si ces types me suivent, c’est là qu’ils iront en premier. Mais d’un autre côté, pourquoi on me suivrait ? Je ne suis là que pour assurer l’interrogatoire avant défense de ce dingue de Finch. Personne ne me connaît dans ce bled et je ne connais personne. « Une fois de plus, tu te fais un film, ma poule. »
Je décide de rouler un peu, histoire d’épurer mon angoisse sur une route sans fin. J’vais enquiller la 40 puis la 66, et m’enfoncer dans le désert. Me perdre peut-être… À l’angle de la 15, un panneau attire mon attention : P&J Private investigations. Demain, avant de retourner au poste, je m’y arrêterais. Ce Suburban appartient bien à quelqu’un.
Direction Saguaro Est, aujourd’hui. Toujours sous le soleil et des températures à faire exploser les thermomètres. On y est enfin, depuis que je casse les pompes à Pascale avec Ces fameux Saguaros. Tout le voyage prend appui sur les deux parcs de Tucson, et on ne va pas être déçus.
Un peu de monde sur le parking du visitor center Rincon Mountain, on y achète des souvenirs puis on va griller sur la Cactus Forest drive. Que dire à part que c’est génial ! C’est pas compliqué, on y a passé la journée entre les randos et les points de vue.
See you
